Australie : 60 ans de censure littéraire expliqués dans un ouvrage

Clément Solym - 27.03.2012

Edition - International - Nicole Moore - Censure - Australie


En 2005, une historienne de la littérature a découvert près de 800 boîtes contenant des milliers d'ouvrages censurés par le gouvernement australien entre les années 20s et 80s. Nicolas Moore décida donc d'étudier les raisons de ces censures ainsi que les ouvrages en question, dont les résultats sont exposés dans son livre The Censor's Library (UQP, 2012).

 

La bibliothèque des censeurs

 

Les 793 boîtes poussiéreuses reposaient dans les bureaux des Archives nationales à Sidney, avant que Nicole Moore ne mette la main dessus. Un trésor d'Histoire(s), que les Australiens ne furent jusqu'à récemment jamais autorisés à lire.

 

Cette collection fantomatique, qui comprend par exemple des exemplaires du Karma Sutra ou dans un registre différent, des comics des années 50s, révèle ainsi les positions du gouvernement, et dans une moindre mesure les sujets sensibles des mœurs d'une société, concernant la sexualité, la politique et le concept de race. « Le principal motif de censure en Australie était « l'obscénité outrageante » (…) plus de 90% des ouvrages furent censurés pour obscénité et le reste pour sédition ou blasphème », a expliqué Nicole Moore à ABC. 

 

 

 

Censure partiale

 

La censure n'était pas systémique. L'historienne explique qu'il n'existait pas de directives officielles pour censurer ou non un livre. Les décisions étaient prises arbitrairement par des agents de douane. « Les agents des douanes étaient en première ligne. Ils fouillaient les sacs des gens et regardaient les colis importés par les librairies », a-t-elle affirmé.

 

Les livres sélectionnés par ces agents étaient ensuite soumis à un comité d'experts en littérature, ayant pour mission d'évaluer la valeur littéraire des œuvres. Ainsi, selon leur jugement, LolitaLady Chatterley ou The City and The Pillar restèrent longtemps inconnus aux yeux de la plupart des lecteurs australiens.

 

Les contrôles diminuèrent avec l'arrivée de Don Chipp au poste de ministre responsable des douanes à la fin des années 60s, et plus encore sous le gouvernement Whitlam en 1972, anti-censure.

 

Chine : l'Australie d'aujourd'hui, en pire ? 

 

Cette politique passée fait écho à celle exercée aujourd'hui par le gouvernement chinois, qui lui pratique une censure systémique redoutable contre les opposants au parti. Comme l'a rappelé le poète chinois en exil Bei Ling très récemment, de nombreux Chinois n'ont pas accès aux ouvrages d'auteurs jugés dissidents par le parti communiste, et ne les connaîtront peut-être jamais.

 

Si un soutien de la communauté internationale, d'un « village globalisé » et connecté, pourrait s'imposer comme un rempart de taille face à ces mesures liberticides, les organisateurs du Salon du livre de Londres, eux, semblent bien s'en laver les mains (notre actualitté). 



 




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