Australie : contre le Kindle, les libraires vendent Kobo

Nicolas Gary - 28.11.2013

Edition - International - Australie - Kindle Store - librairies indépendantes


L'ouverture ce mois-ci, du Kindle Store en Australie a provoqué la colère des libraires australiens, qui, par réaction, se sont mis à promouvoir le Kobo, pour lutter contre le lecteur ebook d'Amazon. L'Australian Booksellers Association, qui recense 600 acteurs de la librairie fustige leur nouveau concurrent, considéré comme une sérieuse menace...

 

 

Le Kobo Touch

 

 

C'est la fin du petit commerce, des chaînes de librairies, des boutiques en ligne : en somme, c'est la fin du monde, avec pour perspective, le monopole d'Amazon, tant redouté. Le consommateur, qui prendra pour un bienfait les remises pratiquées par l'acteur américain, oublie qu'une fois devenu l'unique vendeur de livres sur le territoire, ce dernier aura la main mise sur le marché, déplore l'ABA. 

 

Son directeur, Joel Becker, explique à The Australian que le mouvement de soutien à Kobo, détenu par la société japonaise Rakuten est l'unique riposte. Seul Kobo offre aux revendeurs une solution de vente en ligne permettant de lutter contre la domination tant redoutée d'Amazon. Et puis, on ne se retrouve pas dans un écosystème propriétaire avec Kobo, comme ce peut être le cas avec le Kindle. Tout ebook acheté n'est pas perdu, puisqu'il est téléchargé...

 

L'autre point essentiel, réside dans l'attractivité tarifaire : sur le long terme, cette solution de dumping présumé n'est pas viable. « Beaucoup de livres sont vendus en deçà de leur coût, ce qui est formidable, pour le moment, pour les clients. Mais une fois qu'ils disposeront de toutes les parts de marché, ils ne continueront pas de vendre à perte. Cela crée une attente irréaliste quant à ce que devrait coûter un livre », insiste Joel Becker.

 

L'environnement propriétaire...

 

Un revendeur de Sydney, la librairie Pages & Pages, avait envisagé d'enterrer la hache de guerre, en proposant à ses clients la reprise de leur ancien Kindle contre un Kobo, et un bon d'achat de 50 $ AU. Jon Page, le directeur général, explique que sa boutique dispose de multiples appareils Kobo, permettant de lire des fichiers achetés sur une multitude de plateformes, y compris des oeuvres avec DRM. Alors qu'a contrario, un livre Kindle n'est lisible que dans l'environnement Kindle.

 

Soulignons un fait : si Amazon s'est appliqué à déployer une multitude d'applications et de solutions de lecture, pour que l'on retrouve son fichier sur appareils Android ou iOS, ordinateurs de bureau et autres, il n'en reste pas moins qu'on est là dans une prison dorée. Et donc, un environnement verrouillé pour les lecteurs, qui ne pourront jamais en sortir. 

 

« J'ai regardé avec beaucoup de considération les partenariats que Kobo a mis en place avec des associations de libraires à travers le monde. Et je suis très heureux que l'Australian Booksellers Association compte désormais parmi ces partenaires », poursuit Jon Page. « Nous avons signé tout de suite. » 

 

L'animosité contre Amazon se généralise à travers le monde, alors que, dans le même temps, Apple qui a été condamné aux États-Unis pour entente, ne semble pas un concurrent si détesté. Et pour cause : sa politique tarifaire sur les livres numériques est loin d'être aussi agressive, et surtout, la firme de Cupertino ne vend pas de livres papier. À ce titre, les détaillants se sentent plus en mesure de rivaliser...