Australie : l'importation de livres conduirait à réduire de moitié l'édition

Clément Solym - 23.06.2016

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En Australie, les éditeurs ont des sueurs froides : la Commission de la Productivité fédérale a décidé d’une réforme sur le commerce de livres, susceptible de plonger le continent dans un sacré chaos. Il s’agit de réformer les règles d’importation de livres pour favoriser le commerce, explique la Commission. Mais les éditeurs doutent. Sérieusement.

 

Sydney Harbour, Australia

Kevin Gibbons, CC BY SA 2.0

 

 

Auditionné par la Commission, Michael Robotham, auteur australien, a tenté de faire entendre raison aux fonctionnaires. Selon son éditeur, HarperCollins Australia, le gouvernement fédéral s’apprête à faire très mal à l’industrie. Sa décision de s’ouvrir aux importations de livres en Australie provoquerait une réduction de moitié du nombre de livres australiens annuellement publiés. 

 

Et plus difficile encore, sur le long terme, les accords passés entre éditeurs et libraires permettant de renvoyer les livres – les fameux retours – pourraient disparaître. James Kellow, directeur général de HarperCollins, faisait partie des personnes auditionnées cette semaine : pour lui, il ne fait aucun doute que les décisions de la Commission engendreront une forte contraction du marché.

 

Il s’est appuyé sur l’exemple de la filiale néo-zélandaise de son groupe : avant les modifications de la législation sur l’importation, HaperCollins New Zealand publiait 45 livres annuellement avec 40 employés. Aujourd’hui, elle compte 9 salariés et une production de 15 à 20 ouvrages. Personne ne pourra dire si une amélioration qualitative s’est fait sentir, mais les données restent inquiétantes.

 

Une menace culturelle et identitaire

 

De fait, l’Australie et la Nouvelle-Zélande étaient parvenues à résister, bon gré mal gré, à la montée en puissance d’Amazon sur le territoire. Le livre numérique – en tant que cheval de Troie du marchand américain – était également contenu. Mais pour la Nouvelle-Zélande, l’abrogation de la loi a provoqué des remous...

 

Ainsi, Michael Robotham tentait de faire valoir que l’identité culturelle de l’Australie serait conséquemment menacée dans le cas de cette réforme. Et de rappeler que les livres ne devraient pas être traités comme des marchandises traditionnelles, en ce qu’ils portent une valeur identitaire forte. Les arguments économiques devraient alors se casser les dents... ou pas.

 

Nikki Gemmell témoignait également : avant son quatrième ouvrage, elle ne gagnait presque rien sur ses ventes. Et comme l’écriture est un métier précaire, pour les auteurs, la disparition d’une partie de la production locale conduira sans aucun doute à ce que les éditeurs cessent de prendre le risque de publier des auteurs locaux. 

 

Si la vice-présidente de la Commission, Karen Chester, a plusieurs fois souligné que des mesures transitoires seraient proposées au secteur pour sa mise en conformité, ces dernières n’ont pas convaincu. D’autant plus que la Commission reste arc-bouté sur sa position d’une libre importation nécessaire. (via SMH)

 

Au cours des dernières semaines, toute la profession s’est mobilisée contre la réforme envisagée, y compris le secteur de la librairie. Des auteurs ont même menacé de quitter le pays si jamais ce changement intervenait. « C’est un gouvernement qui n’a aucun respect pour nous, et aucun respect pour ce que nous faisons. Voici un gouvernement qui méprise les livres et considère avec hostilité la civilisation qu’ils représentent. Peut-être espère-t-il un silence grandissant, qui prospérera. Assurément, il ne se préoccupe plus que d’une chose : le pouvoir », avait asséné l’auteur Richard Flanagan.

 

L’actuelle législation prévoit un délai de 30 jours pour que les éditeurs locaux puissent commercialiser une édition de livre anglosaxon. Passé ce délai, les revendeurs peuvent recourir à des importations parallèles.