Australie : le gouvernement met libraires et éditeurs dos-à-dos

Cécile Mazin - 26.11.2015

Edition - International - Australie industrie - éditeurs lecture - importations livres


Le commerce du livre n’est pas des plus simples en Australie. Toute la chaîne du livre vit au rythme de parutions anglo-saxonnes pour bon nombre importées, tout en cherchant à préserver le tissu d’éditeurs australiens. Et la ligne rouge devient de plus en plus complexe à établir.

 

Martha Street Seaford Adelaide #dailyshoot #Australia

Les Haines, CC BY 2.0

 

 

Le gouvernement fédéral a choisi d’annuler les restrictions portant sur l’importation parallèle de livres, qui devrait apporter un changement fort. Qu’en est-il aujourd’hui ? Simple : la loi donne aux éditeurs australiens une période de trente jours pour faire valoir leurs droits en rendant l’ouvrage disponible sur le territoire. Au terme de cette période, les revendeurs ont la possibilité d’importer, depuis des fournisseurs étrangers, des exemplaires dudit ouvrage.

 

Toute la question, débattue sans fin depuis des années, porte alors sur la compétitivité des librairies, astreintes aux délais qui protègent les éditeurs locaux. Or, l’avènement d’internet a accéléré un mouvement déjà existant, par lequel les consommateurs les moins patients ont pris l’habitude de commander leurs lectures, sans passer par la librairie. 

 

La suppression de l’actuelle législation, Parallel Importation Restrictions, ou PIRs, rendrait alors une certaine compétitivité aux librairies, en regard des fournisseurs internationaux. Et pour les clients, cela garantirait des prix plus bas, tout en assurant la disponibilité des livres. 

 

"Perdre la voix australienne"

 

En face, le président de l’Australian Publishers Association, Michael Gordon-Smith, parle d’une mesure « triste et décevante ». Sur le long terme, elle aura des conséquences sur la production des éditeurs australiens, les imprimeurs, et les auteurs. « C’est une mauvaise décision, pour les lecteurs australiens, si elle est maintenue. [...] Le changement va rendre la vie beaucoup plus difficile pour les éditeurs nationaux et nous allons perdre, chez les auteurs, la voix australienne. »

 

C’est qu’en diminuant les mesures protectrices dont jouissent les maisons, le gouvernement prend le risque de voir le chiffre d’affaires fondre. Et par conséquent, les investissements sur les auteurs locaux diminuer. Pour les petits éditeurs, le marché se durcira drastiquement, jusqu’à devenir impraticable, affirme-t-il.

 

« L’APA continuera de plaider contre ce projet, et tentera de faire comprendre au gouvernement le copyright et les lois sur la propriété intellectuelle. »

 

Côté imprimerie, la conséquence logique sera que l’on ne passera plus par des services d’opérateurs nationaux. Plusieurs sociétés ont en effet réalisé des investissements massifs dans des systèmes d’impression numérique, pour assurer une production plus rapide de livres. Et notamment à travers des solutions d’impression à la demande, pour assurer des commandes plus efficacement. 

 

Tim Wilson, directeur de l’Intellectual Property and Free Trade Unit, ne partage cependant pas la vision des éditeurs. Faire disparaître la PIRs n’aurait, estime-t-il, pas d’impact direct sur la vente de livres. L’Australie devrait, à ce titre, suivre l’exemple de la Nouvelle-Zélande – et ce dernier aurait montré que, pour l’industrie du livre australienne, les avantages possibles sont grands. 

 

(via ProPrint)