Australie : le prix des livres va poser problème

Camille Cornu - 07.12.2015

Edition - Librairies - Australie - prix du livre - importations


Le prix du livre, comme toute l'industrie australienne, était protégé de la concurrence par les lois qui limitaient les possibilités d'importation. Le gouvernement a annoncé dernièrement une possible révision de ces mesures, menaçant le monde du livre d'une petite révolution qui pourrait nuire aux éditeurs locaux, mais bénéficier aux libraires. 


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Cimexus, CC BY ND 2.0

 

 

La suppression de l’actuelle législation, Parallel Importation Restrictions, ou PIRs, représenterait un apport de compétitivité dans le monde du livre, et plus spécifiquement pour les librairies, en regard des fournisseurs internationaux, assure le gouvernement. Et pour les clients, le changement législatif garantirait des prix plus bas, tout en assurant une plus grande disponibilité des livres. Voilà la théorie...

 

Sophie Higgins est à la tête du marketing et des marchandises chez Dymocks, une chaîne de librairies australienne qui y possède 65 boutiques. Elle a confié que ses ventes avaient augmenté de 7 % sur la même période l’année dernière, et elle prévoit que 2015 sera la meilleure année pour les ventes de livres depuis 2011 : « Je n’ai jamais vu une liste de Noël aussi diversifiée. D’habitude il y a quatre ou cinq titres que tout le monde va acheter. Mais cette année, il y en a pour tous les goûts », a-t-elle expliqué à Smh

 

Mais cet élan d’optimisme apparaît alors que l’industrie du livre se trouve à un tournant : il se pourrait que les réformes à venir fassent perdre du crédit aux législations qui tentent de maintenir l’industrie éditoriale locale. 

 

Le cadre législatif est intriqué dans des « restrictions d’importations parallèles » qui interdisent aux libraires d’importer des livres moins chers que les versions australiennes. Si un de ces livres était indisponible sur le territoire, un libraire pouvait le signaler, offrant aux éditeurs un délai de trente jours pour faire valoir leurs droits.

 

Alors que les Australiens sont prêts à payer leurs livres 35 centimes de plus que les Américains, la suppression de cette législation permettra aux libraires de retrouver une vraie compétitivité, aux livres d’être plus vite disponibles et aux prix de baisser. La loi ne pouvait finalement avantager que les éditeurs. 

 

Scott Morrisson, responsable des finances au gouvernement australien, a accepté le mois dernier de revoir ces lois sur les « importations parallèles ». Si les modifications sont apportées, elles pourraient être appliquées dès la mi-mai et provoqueraient une petite révolution dans le milieu éditorial australien. 

 

Richard Flanagan, auteur australien de The Unknown terrorist en 2007, (La fureur et l’ennui, trad. Renaud Morin, 2008, Belfond) a qualifié cette décision de « vandalisme idéologique digne de l’ère Abbott ». Son collègue Christos Tsiolkas a estimé qu’« en résultat, moins de notre fiction sera publiée et les éditeurs seront moins aventureux ».

 

Le directeur de l’association australienne des éditeurs, Michael Gordon Smith, s’est confié à Proprint, dénonçant la mesure comme « triste et décevante », assurant qu’elle aurait un effet négatif sur le long terme pour les auteurs, éditeurs et imprimeurs australiens. 

 

« C’est une décision malheureuse pour les lecteurs australiens, et si cela va plus loin il y aura de mauvais résultats pour l’industrie du livre (...) Ce changement rendra la vie dure aux éditeurs locaux, et la voix australienne disparaîtra de la littérature. »