Australie : un engagement historique des libraires contre le gouvernement

Nicolas Gary - 03.06.2016

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La tension monte encore d’un cran entre le gouvernement australien et les représentants de l’industrie du livre. Certains auteurs, déjà furieusement remontés, avaient fait parler la poudre, et menaçaient de quitter le pays. Mais les approches gouvernementales pour faire évoluer le marché continuent de soulever l’indignation et la colère... Et cette fois, ce sont les libraires qui se joignent aux revendications.

 

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Les Haines, CC BY 2.0

 

 

Petit rappel des faits : à ce jour, une mesure de protection des éditeurs australiens est en vigueur. Lors de la publication d’un titre américain ou britannique, les maisons disposent de 30 jours pour produire une édition locale de l’œuvre. Passé ce délai, les libraires et autres revendeurs peuvent passer par une importation directe, sans restrictions. 

 

On aurait pu croire que les libraires se sentaient lésés dans cette histoire, mais l’Australian Booksellers Association a décidé de rejoindre les organisations déjà engagées. Ainsi, aux côtés de l’Australian Publishers Association, l’Australian Society of Authors, l’Australian Literary Agents Association et la Print Industry Association of Australia, les libraires prennent le parti de défendre l’interprofession. 

 

« C’est un gouvernement qui n’a aucun respect pour nous, et aucun respect pour ce que nous faisons. Voici un gouvernement qui méprise les livres et considère avec hostilité la civilisation qu’ils représentent. Peut-être espère-t-il un silence grandissant, qui prospérera. Assurément, il ne se préoccupe plus que d’une chose : le pouvoir », avait asséné l’auteur Richard Flanagan 

 

Les libraires australiens en renfort

 

Avec près de 7000 nouveautés produites annuellement, le marché de l’édition en Australie représente près de 2 milliards $ AU. Or, la Commission de la productivité a décidé de mettre un grand coup de pied dans cet ensemble. En suggérant que le prix des livres australiens – une fois que l’éditeur local a produit son édition – est trop élevé, elle a souhaité ouvrir le secteur plus largement. Au profit du consommateur, sur le court terme, mais certainement pas avec la vision de ce que l’avenir pourrait être. 

 

Michael Gordon-Smith, président de l’Australian Publishers Association, avait assuré que ce mouvement finirait par détruire l’industrie elle-même. « Ces changements ne seraient pas bons pour les lecteurs ni pour les détaillants australiens. » Simplement parce qu’une ouverture du marché aurait pour conséquence de faire chuter le nombre de livres produits au niveau local : l’imprimerie et l’édition seraient les premières victimes, et par la suite, les auteurs et les libraires. 

 

Pour Joel Becker, directeur de l’ABA, il importe de travailler de concert avec l’interprofession « pour explorer de nouvelles options afin d’améliorer la compétitivité des prix et la disponibilité des stocks pour les consommateurs australiens. Les deux organisations sont totalement convaincues de l’importance du droit d’auteur territorial australien, dans sa capacité à apporter une valeur, et une offre de qualité aux lecteurs australiens ». Et sur le long terme, une force réelle pour l’industrie... 

 

Les limitations qui frappent l’importation et que le gouvernement souhaite lever seraient en réalité des menaces directes pour l’industrie. Gordon-Smith souligne que les données sur lesquelles s’appuie le gouvernement sont tout à la fois biaisées, datées et donc erronées.

 

 Ce que [le gouvernement] dit, c’est que, sans l’industrie du livre – qui n’est rien de plus qu’un parasitele marché serait en train de mieux fonctionner. Nous pourrions tous aider l’économie en nous trouvant un vrai travail, comme devenir des stagiaires non rémunérés pour des banquiers d’affaires​ », s’étranglait Richard Flanagan.

 

Dans leur communiqué, Gordon-Smith souligne combien « cette collaboration de l’industrie est sans précédent. Elle démontre la force du soutien pour les écrivains australiens et leurs écrits, et présente une chance de continuer à améliorer nos performances, sans risques inutiles pour quiconque. »