Auteur, éditeur, agent littéraire : le livre, une industrie en mutation

David Pathé Camus - 18.10.2019

Edition - Société - industrie livre mutation - agent littéraire métier - auteur éditeur


DOSSIER – L’industrie du livre a pu croire qu’elle jouissait d’un certain confort — on se souvient encore qu’en 2008, alors que la crise financière frappait dru, l’édition française affirmait que cela n’allait pas si mal. Mais le monde change, merci monsieur Dylan, et celui de l’édition aussi. David Pathé-Camus, dans un grand dossier sur le rôle des agents littéraires, revient sur les évolutions actuelles, essentielles à saisir.
 

Là, plus de solution ? Avancer ou faire demi-tour ?
 
 

Comme disent les Anglo-saxons : « Size matters. » Autrement dit, la taille compte. En grossissant, les groupes d’édition font des économies d’échelle et accroissent leur pouvoir de négociation avec leurs fournisseurs — au premier rang desquels les auteurs — et revendeurs.
 

Plus c'est grand, plus on le voit de loin
 

Cette course à la taille engendre un phénomène de concentration tel qu’en 2017 les 5 plus gros éditeurs français (Hachette, Editis, Média Participations Lefevre Sarrut et Madrigall) représentaient 77,0 % du CA total de l’édition (chiffres Livre-Hebdo). Si l’on prend les 10 premiers groupes français, toujours en 2017, ce pourcentage monte 88,9 %. Autant dire qu’il vaut mieux ne pas se fâcher avec l’un de ces énormes groupes si l’on veut continuer à faire des affaires – et les agents n’ignorent pas que dans la plupart des cas ils ne négocient en réalité qu’avec une dizaine de groupes, quand ce n’est pas avec seulement deux (Hachette et Editis) lorsque les enchères atteignent des sommets.

Comme je l’écrivais en préambule de ce dossier, « (…) l’édition constitue un petit monde » : si petit, à vrai dire, que j’estime à cent ou deux cents le nombre d’interlocuteurs réguliers d’un vendeur (agent) en France. Ajoutez à cela le fait que ces mastodontes de l’édition détiennent tous leurs propres structures de diffusion-distribution — bien sûr parmi les principales en France — et vous aurez une idée de leur importance. Il est pour ainsi dire impossible de se passer de l’un de ces énormes groupes si l’on veut offrir à un auteur succès et visibilité.


À cette échelle, les conditions financières que ces mégaéditeurs proposent aux auteurs et autres « petites mains de l’édition » (relecteurs-correcteurs, préparateurs de copie, traducteurs, apporteurs d’ouvrages, illustrateurs, etc.) ne sont pas définies par les « éditeurs » eux-mêmes, mais par leurs dirigeants.
 

Publisher, éditor et... auteurs
 

Je mets « éditeurs » entre guillemets, car il s’agit d’un abus de langage : je devrais dire « directeurs d’ouvrage » ou « directeurs de collection », et distinguer — à la manière des Anglo-saxons — l’éditeur (« publisher »), qui est le patron d’une maison d’édition, du directeur d’ouvrage (« editor »), qui est son employé chargé de travailler sur les textes. Si je voulais aller plus loin, d’ailleurs, je ne dirais même pas « éditeur » (« publisher »), mais « logisticien » : je n’ai rien contre la logistique, au contraire, mais ce terme illustre bien, je trouve, l’importance considérable de la gestion des stocks au sein de ces énormes groupes.
 

Il est d’ailleurs intéressant que le rapport 2019 du SNE consacre toute une partie (fascinante au demeurant) aux « TONNAGES DE LIVRES TRANSPORTÉS PAR LES DISTRIBUTEURS » (202 900 tonnes pour le flux aller et 50 370 tonnes pour le flux retour [les invendus] en moyenne sur la période 2015-2017).



Où sont passés les tuyaux... la corde et puis la grande échelle...

 

Et il n’est certainement pas anodin que la nouvelle présidente d’Editis (deuxième éditeur français derrière Hachette Livre), nommée fin septembre 2019, soit l’ancienne patronne de Presstalis (ex NMPP), à savoir : « Une société commerciale (…) chargée de distribuer des imprimés à travers un réseau de points de vente » (source Wikipédia). Ce qui compte, finalement, ce n’est pas tant combien d’exemplaires de ses livres un auteur a vendu, mais combien de tonnes.
 

Distribution, diffusion, le nerf de la guerre
 

Lorsqu’un auteur de best-sellers négocie un nouveau contrat avec l’un de ces mastodontes, les négociations tiennent toujours compte de son poids en matière de diffusion-distribution. La structure des plus grosses maisons d’édition ne leur permet pas seulement de vendre des centaines de milliers d’exemplaires : elle le leur impose. 
 

Face à ces groupes, hyper spécialisés dans la commercialisation des ouvrages et l’exploitation de leurs droits dérivés, les auteurs n’ont d’autres choix que de se regrouper — et d’opposer le groupe au groupe. Les agents, qui représentent des « pools d’auteurs », le savent depuis longtemps, et il est logique qu’ils aient décidé, en mars 2016, de se rassembler au sein de L’Alliance des agents littéraires français (AALF), puis d’intégrer le Syndicat des agents artistiques et littéraires (SFAAL) pour grossir encore.

Pour faire poids au puissant lobby qu’est le Syndicat national de l’édition (si puissant que son action auprès des pouvoirs publics a même débouché en 2012 sur une loi modifiant le code de la propriété intellectuelle [CPI] : la tristement célèbre « Loi relative à l’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle », ou ReLIRE, finalement retoquée en novembre 2016 par la CJE au terme d’une procédure initiée par quelques auteurs et défenseurs de leurs droits), il n’y a d’autre choix que de se fédérer. Pour les auteurs, qui voient leur rémunération et conditions de travail se dégrader année après année, la situation est de plus en plus difficile.
 

Il n’est donc guère étonnant que le mouvement #Payetonauteur ait vu le jour en mars 2018, guère étonnant qu’un nouveau regroupement d’auteurs (La Ligue des auteurs professionnels) se soit constitué en septembre 2018, et sans doute n’est-ce pas un hasard si ces articles sur les agents littéraires paraissent en cette rentrée littéraire 2019, et pas un hasard non plus si après Pierre Astier en 2006, moi-même en 2015, et Olivier Rubinstein en 2016, de plus en plus d’éditeurs (« editors ») deviennent « agents littéraires » afin de pouvoir continuer à exercer une activité en passe de devenir, comme aux USA, de plus en plus marginale au sein des grands groupes d’édition : accompagner l’auteur et son texte au plus près.
 

 

Précédemment : Le côté obscur de l'édition


Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu


Commentaires
Cette série de "dossiers" ressemble tout de même énormément à du prosélytisme pour les agents littéraire et par conséquent à de l'autopromotion. Nous irons ailleurs si nous voulons quelque chose de mieux que des mots de tribun à la limite du populisme.
Au nom de qui parlez-vous avec ce "nous"? Etes-vous le représentant d'un syndicat d'auteurs ou d'éditeurs ? Ou vous prenez-vous pour Jules César qui donnait du "nous" pour parler de sa seule personne ? Une chose est sûre, si vous voyez du prosélytisme dans ces articles tous passionnants et si rares de la part d'un agent littéraire, c'est qu'il vous faut revoir votre propre ego.
Michel Anterso, deux remarques:



Tout d'abord, il est une réalité que vous ne pouvez nier: la concentration massive des maisons d'édition en groupe, puis des groupes en groupe supérieur (cf. « [...] Cette course à la taille engendre un phénomène de concentration tel qu’en 2017 les 5 plus gros éditeurs français (Hachette, Editis, Média Participations Lefevre Sarrut et Madrigall) représentaient 77,0 % du CA total de l’édition (chiffres Livre-Hebdo). Si l’on prend les 10 premiers groupes français, toujours en 2017, ce pourcentage monte 88,9 %. [...] »)



Loin de l'image d'Épinal (l'éditeur artisan, lisant lui-même les manuscrits reçus par voie postale), il y a un monde dur, sans pitié aucune pour les personnes à la base même de la littérature: les écrivaines et écrivains.



Pour défendre leurs droits, l'agent littéraire, presque inexistant en France il y a encore quelques années, est devenu nécessaire.



Seconde remarque, et non la moindre: vous vous méprenez.



Quel professionnel se refuserait à présenter les avantages et les inconvénients (articles à venir, en l'occurrence) de son métier?

Nul prosélytisme, nul populisme, dont je vous invite à revoir les définitions.



Le tribun, dans la Rome antique, était le défenseur de la plèbe contre les familles patriciennes.

Métaphoriquement, l'agent est le défenseur des écrivaines et écrivains contre les maisons d'édition, dont il fait converger les intérêts respectifs.
Pour le coup, cet article-là est dense, informatif, synthétique et ne se perd pas en cours de route. Merci !
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