Auteur hybride : entre papier et ebook, une opportunité d'avenir

Nicolas Gary - 16.10.2018

Edition - Société - auteur hybride édition - écrivains droits numériques - exploitation livre papier


Auteur hybride : derrière cette notion se cache une réalité connue des écrivains. Certains découvrent en effet l’expérience que mènera Samantha Bailly en poussant des cris d’orfraie. Reste dans la réalité de ce concept existe depuis quelque temps maintenant...


Mexican-American workers on strike. California, 1933.
domaine public (auteurs partis en quête d'un modèle économique ?)


 

C’est avec le processus d’autopublication simplifié par Amazon que l’idée d’une double exploitation des droits papier et numérique est apparue. Les premiers hybrides auraient donc pu apparaître dès 2007, avec le lancement de Kindle Direct Publishing.

 

Auteur hybride : JK Rowling, édifiant exemple
 

Par auteur hybride, on désigne un écrivain dont les livres sont confiés pour leur format papier à une maison traditionnelle, tandis qu’il prend en charge l’exploitation en ebook. 

 

La notion surgit dans les territoires anglo-saxons un peu avant les années 2000 quand se posent les premières réflexions. Sans refaire l’histoire de l’édition, on pourrait sans peine affirmer que JK Rowling fut la première à frapper fort, extrêmement fort, en la matière.

 

En effet, en lançant en 2011 le site Pottermore, la romancière, détentrice des droits numériques, ouvre une plateforme qui centralise la vente de ses ebooks. Elle qui avait toujours refusé de se lancer dans l’aventure numérique, au risque de voir ses ouvrages largement piratés, se lance seule – comprendre, sans éditeur. 

 

Les sueurs froides n’ont pas manqué à cette époque. Mais le terme d’hybride est encore en construction et en France, il mettra un peu plus de temps encore à apparaître. À compter de 2014, des auteurs comme Laurent Bettoni, issus de l’autopublication, et qui finissent par signer avec un éditeur classique font leur apparition. 

 

La vague est connue, les mêmes noms reviennent : Aurélie Valognes, Agnès Martin-Lugand et bien d’autres. L’industrie du livre s’empresse alors de rattraper le temps perdu.

 

Nés dans le numérique, toutes et tous ne reprennent pas la voie de l’indépendance. Pourtant, dans le même temps, on s’interroge : quid d’un statut d’auteur-entrepreneur ? Le Labo de l’édition avait proposé une rencontre sur ce thème... en février 2015. Bien avant que les États généraux du livre ne lèvent le voile sur la précarité qui sévit.

Avec des moyens moindres, et une perspective bien plus poussée, François Bon anime depuis des années son Tiers livre (1997, de fait), proposant une multitude de portes d’entrée. Offre d’abonnement, impression à la demande, livres numériques, le tout appuyé par une très importante activité sur les réseaux et notamment en vidéo. 

 

Conserver ses droits numériques, pourquoi pas ?
 

Car, dans l’ombre, une forme re résistance s’est organisée : Édouard Brasey compte parmi les précurseurs de cette double exploitation, consciente et pleinement assumée. 

 

« J’avais tenté l’expérience de Samantha Bailly dès mars 2012, avec un roman, Le Dernier pape et la prophétie de Pierre, sorti en 2013 en version brochée chez Télémaque, mais dont j’ai conservé les droits numériques et que j’exploite toujours sur les différentes plateformes », indique-t-il à ActuaLitté. 

 

Et d’avancer quelques chiffres : depuis mars, l’exploitation du livre a généré : 

8 773 téléchargements sur Amazon 

2 216 téléchargements sur Kobo-Fnac 

 

Près de 11 000 téléchargements au total, représentant ainsi autour de 18 000 € de revenus. 

 

Son prochain roman, À Fleur de peau, un thriller publié sous le pseudonyme de James Barnaby, a été vendu en exclusivité France Loisirs à près de 40 000 exemplaires en version club en début d’année. « Il sort en version brochée chez Marge Noire/De Borée le 18 octobre prochain, en même temps qu’en version numérique dont j’ai conservé les droits. Il est d’ores et déjà en précommande. »

 

Et pour assurer une commercialisation efficace, l’auteur a choisi de passer par un prestataire extérieur, Néobook, ainsi que le diffuseur Immatériel. « Chacun prend 10 % de droits, ajoutés aux 30 % des plateformes. Il me revient donc 50 % de droits au lieu des 70 % [proposés par Amazon avec l’offre KDP]. Cependant, mon roman sera sur toutes les plateformes sans exception. Le livre sera au prix unique de 4,99 € au lieu de 21 € en broché. »

 

Agissant de la sorte comme l’éditeur de ses propres livres, il a monté une structure d’autoentreprise. « Je garde la main sur la communication de mon livre via les réseaux sociaux et toucherai chaque mois 50 % des recettes au lieu de 15 à 20 % au maximum chez un éditeur classique, lors de la reddition des comptes produite avec un an de décalage. Je compte donc désormais conserver mes droits numériques et les exploiter ainsi. Je suis convaincu que ce statut d'auteur hybride constitue une belle opportunité d'avenir. », conclut-il.
 

Contrat d'édition en France : le numérique, oui, mais bon
 

L’exploitation des droits numériques était d’ailleurs au cœur de discussions entre les organisations d’auteurs et le Syndicat national de l’édition. Le 21 mars 2013, le CPE, Conseil Permanent des Écrivains et le SNE signaient un accord sur le contrat d’édition à l’ère du numérique. 

 

Dans ce dernier, numérique et papier étaient mêlés, indissociables, alors que les auteurs avaient postulé pour deux contrats distincts. Certes, une partie distincte dans les contrats concerne désormais l’exploitation numérique. De même, l’éditeur se retrouve avec l’obligation d’exploiter l’ouvrage en format ebook, quand il en détient les droits. 

 

Pour autant, une éditrice jeunesse rappelait récemment les faits : « Contractuellement nous produisons, parce que l’auteur pourrait céder ses droits à une autre maison. Mais faire un PDF ne présente pas grand intérêt et une application coûte terriblement cher. Le numérique, en jeunesse, c’est uniquement pour les romans ados ou Young Adult. Et encore… »

 

Le numérique qui ne rapporte rien, la rengaine est connue. Elle rejoint d’ailleurs la manipulation de chiffres qu’opère régulièrement l’Association of American Publishers. Indiquant dans ses résultats économiques trimestriels que les ventes d’ebooks sont en berne, l’AAP laisse entendre que la tendance serait à la chute. En réalité, si cette tendance existe, elle est avant tout constatée chez les éditeurs traditionnels – ils sont près de 1100 à composer l’AAP. 

 

Mais côté auteurs hybrides ? Autopublication ? Rares sont les informations disponibles. Mais difficile de croire, la nature ayant horreur du vide, qu’une place ne soit pas à prendre. Ou prise. 




Commentaires

Bravo pour la pertinence de ton article et merci de te souvenir de précurseurs tels qu'Édouard Brasey et moi-même, entre autres, parmi les auteurs hybrides. L'aventure a commencé pour moi en 2012, et mon activité d'accompagnateur littéraire m'a ensuite permis de révéler quelques auteurs, dont Agnès Martin-Lugand, que tu évoques. Preuve que le numérique peut apparaître comme un excellent moyen de rencontrer son lectorat. C'est pourquoi le procès que quelques-uns intentent aujourd'hui à Samantha Bailly est incompréhensible et totalement injuste. Je la soutiens pleinement dans sa démarche.

Aucun auteur ne cherche à nuire aux éditeurs et aux libraires en exploitant lui-même ses droits numériques. Au contraire, il cherche à intéresser le plus de lecteurs possible à son œuvre. Cela ne peut que profiter au livre papier, si cher à tous, y compris à ceux qui lisent en numérique, l'un n'excluant absolument pas l'autre. Le numérique n'est qu'un support de lecture comme un autre, et s'il peut permettre aux auteurs qui savent l'exploiter de vivre plus décemment en percevant des droits supplémentaires sur leur création, je ne comprends pas qui cela peut gêner.

Le monde de la musique a saisi depuis longtemps tout le potentiel qu'il pouvait tirer du numérique. Il est surprenant qu'une partie de l'édition "traditionnelle" n'y voie que la manifestation du Malin et condamne ses suppôts au bûcher.

Tu parles également de l'impression à la demande, et il s'agit là encore d'une technologie numérique au service du papier, puisqu'elle permet au livre d'exister sous cette forme sans encombrer les rayonnages des librairies, déjà bien chargés, et de réduire considérablement les coûts de stockage des éditeurs.

Nous voilà donc à une époque où tout le monde pourrait être satisfait – les lecteurs, les auteurs, les éditeurs et les libraires – mais où, finalement, les tensions n'ont jamais été aussi grandes entre tous.

Ne pourrions-nous pas discuter sereinement ensemble, dans l'intérêt commun, au lieu de faire comme si le numérique n'existait pas ou ne comptait pas ?
Je partage entièrement le commentaire de Laurent Bettoni qui a en effet été un précurseur en ce qui concerne l'ouverture de l'édition numérique aux auteurs. Il conseille en ce sens de nombreux primo-romanciers qui me rapportent d'excellents échos de son travail. L'opposition entre écrit et numérique n'est qu'une combat d'arrière-garde entretenu par ceux qui ne veulent pas regarder vers l'avenir.

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.