Auteurs et éditeurs : les relations empirent en France, dans l'édition

Nicolas Gary - 20.03.2015

Edition - Economie - relations éditeurs auteurs - baromètre SCAM SGDL - finances droits respect


Pour la sixième année, le Baromètre des relations entre auteurs et éditeurs, présenté par la SCAM et la SGDL, avec la Charte des auteurs jeunesse, fait état du ressenti de 1800 auteurs, soit 80 % de plus qu'en 2013, quand fut présentée la 5e édition. Les relations entre les auteurs et leurs éditeurs ne s'améliorent pas vraiment : 6 sur 10 considèrent qu'elles sont insatisfaisantes, voire conflictuelles.

 

 

 

 

En 2013, le constat était encore tolérable : moins d'un tiers des auteurs était insatisfait de leurs relations avec leurs éditeurs, ou à défaut, une partie d'entre eux. Mais pour 2015, les statistiques explosent. Avec 2 à 5 éditeurs pour la moitié des auteurs, ils en comptent 6 à 10 pour un quart et plus de 10 pour 20 % des auteurs. De nombreux interlocuteurs, alors que moins de 10 % des auteurs ont signé l'intégralité des contrats qui leur furent proposés. 

 

« En 2015, 60 % des auteurs estiment que leurs relations sont insatisfaisantes, voire conflictuelles : avec tous leurs éditeurs (20 %) ; la majorité de leurs éditeurs (15 %) ; ou certains de leurs éditeurs (25 %). En revanche, 40 % des auteurs estiment que leurs relations sont satisfaisantes, voire excellentes, avec tous leurs éditeurs », affirme le Baromètre 2015. 

 

Au cours des trois dernières années, les relations se sont détériorées, estime un auteur sur 3, et 60 % considèrent que rien n'a changé. Moins de 10 % trouvent que les relations sont meilleures. Quatre points majeurs posent encore question : 

 

• Les contrats proposés par l'éditeur : Sur cette question, les opinions sont relativement stables au cours des dernières années. Près de 60 % des auteurs sont satisfaits de la relation avec leur éditeur au moment de la signature du contrat (note de 6 à 10) ; un peu plus de 20 % n'en sont pas satisfaits (note de 0 à 4).

• La collaboration avec l'éditeur sur le travail de création : Dans ce domaine aussi, la relation semble plutôt positive. Les auteurs globalement satisfaits sont plus de 60 %, contre 30 % d'auteurs insatisfaits (ce qui reste significatif...). L'évolution par rapport aux précédents baromètres est d'ailleurs plutôt favorable. Tient-elle à une relation plus privilégiée dans le secteur jeunesse ?

• L'exploitation commerciale par l'éditeur : Si en 4 ans le taux de satisfaction a augmenté de 8 points (42 % d'auteurs satisfaits du travail de leur éditeur en 2015, contre 34 % en 2010), les auteurs sont encore 42 % à être toujours insatisfaits.

• La communication et la promotion effectuées par l'éditeur : Près de la moitié des auteurs continuent de se dire insatisfaits de leurs relations avec leurs éditeurs sur cette question. Ils sont toutefois près de 40 % à en être satisfaits.

 

Alors qu'en 2013, le nouveau contrat d'édition a été présenté, sa mise en application a quelque peu changé la donne. Aujourd'hui, 40 % des auteurs passent par une aide pour la relecture, contre 13 % qui la confient à un juriste ou un avocat. Seuls 2 % passent par un agent littéraire. En 2009, 98 % des auteurs négociaient seuls leurs contrats.

 

Dans l'ensemble, sur 2015, 69 % des auteurs perçoivent moins de 10 % de droits d'auteurs – ils étaient 59 % en 2013. Mais l'adjonction des auteurs et illustrateurs jeunesse a nécessairement fait diminuer le montant. Une explication, certainement pas une justification.

Le taux de 10 % du prix de vente ne s'applique qu'à un quart des auteurs (23 %, contre 31 % en 2013) et ils ne sont plus que 7 % (ils étaient encore 10 % en 2013) à percevoir un taux supérieur à 10 % du prix public de vente. Autre chiffre inquiétant : en 2015, presque 19 % des auteurs sont rémunérés à un taux inférieur à 5 % du prix public de vente alors qu'ils n'étaient que 15 % en 2013, proportion pourtant déjà alarmante. 

 Sur les questions numériques, 60 % des auteurs perçoivent moins de 10 % du prix de vente public, qui est heureusement moins élevé que celui du papier. Sauf que 27 % touchent moins de 5 %. 

 

« Pour la majorité des auteurs (65 %), les contrats proposés par les éditeurs pour l'édition numérique sont le plus souvent insuffisamment clairs et explicites et les taux de rémunération proposés insuffisants compte tenu du prix de vente des livres numériques, le plus souvent inférieur à celui de l'imprimé. »

 

L'exploitation numérique est totalement ignorée pour 58 % des auteurs, qui n'ont pas eu connaissance des nouvelles dispositions du contrat d'édition 2.0. Et 80 % d'entre eux n'ont pas vu leur éditeur les intégrer.

 

 

 

 

Toujours dans les catastrophes, seuls 49 % disposent d'un à-valoir avec son contrat, et 29 % n'en perçoivent que quelques fois, et 22 % jamais. 75 % des à-valoir versés, sont inférieurs à 3000 €, contre 3200 en 2013. « Aujourd'hui, 38 % des auteurs concernés par un à-valoir ont perçu pour leur dernier contrat un à-valoir inférieur à 1.500 euros et 28 % d'entre eux, un à-valoir supérieur à 3.000 euros. » 

 

Les auteurs soulignent enfin que, à 70 %, ils exercent une autre activité (scénariste, journaliste, enseignant-chercheur). Pour 65 % d'entre eux, les revenus liés aux parutions pèsent pour moins d'un quart de leurs revenus. Et pourtant, 30 % sont exclusivement auteurs. 

 

Techniquement, les écrivains déplorent aussi que les éditeurs ne leur rendent pas les comptes qu'ils doivent, bien que cela s'améliore : 55 % des auteurs reçoivent les redditions de compte. Quant au versement des droits, 18 % ont écrit à plusieurs reprises pour les réclamer (20 % en 2013). Et pour rester dans l'obscurité, seuls 28 % des auteurs savent que leur œuvre est exploitée à l'étranger, de même que 29 % savent que leur ouvrage est parti au pilon. « Aucune amélioration notable n'est, semble-t-il, intervenue sur ces questions depuis cinq ans. Qui plus est, lorsque leurs œuvres ont été exploitées à l'étranger, 59 % des auteurs n'ont jamais reçu de droits ! »

 

La solution serait donc de rester en gestion collective : 

> 65% des auteurs ont perçu des droits pour le prêt public, dont 19% via la Scam, 38% via la Sofia et 8% via les éditeurs;
> 53% ont perçu des droits de reprographie, dont 26% via la Scam, 7% via les éditeurs et 20% via un autre organisme;
> 42% ont perçu des droits de copie privée numérique, dont 16% via la Scam, 22% via la Sofia et seulement 4% via les éditeurs; 

 

Il ne manque plus qu'une donnée à établir : combien d'auteurs sont désomrias disposés à se séparer de tout ce qui ressemble à un éditeur, pour continuer à travailler, tout en gagnant de l'argent, dans de meilleures conditions ?