Auteurs et libraires : deux voix à faire entendre, communément

Cécile Mazin - 01.12.2015

Edition - Librairies - auteurs libraires - répartition prix livre - La Charte


Voilà une dizaine de jours, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse diffusait des marque-pages pour expliquer la sous-rémunération des créateurs dans cet univers. Pépins, miette ou croûte, l’objectif était de montrer ce qu’il reste aux auteurs, dans la répartition du prix de vente. Et la chose n’a pas été particulièrement appréciée... des libraires.

 

 

 

Les marque-pages jouaient sur la note humoristique, avec un peu d’acidité, à travers des slogans simples : « Si le livre était une pomme, les auteurs gagneraient... les pépins. » Le tout décliné avec une baguette, un fromage, une pizza, et toujours la même conclusion. 

 

Mais dans le découpage – le fameux camembert de répartition – pour un livre à 15 €, voici ce que la Charte proposait :

 

5,5 % de TVA à l’État

6 % pour l’auteur et l’illustrateur

12,5 % à l’imprimeur

21 % à l’éditeur

23 % au distributeur

32 % au libraire

 

Et présentés de la sorte, beaucoup ont cru lire que le libraire était finalement celui qui s’en sortait le mieux. Assaillie de courriers, et courriels, la Charte déplore l’incompréhension qu’a suscitée son document. « Les libraires sont des partenaires essentiels pour les auteurs, de la même manière que les auteurs donnent matière au travail des libraires, et cette relation est garante de la pérennité de nos métiers, nous en sommes, tout comme vous, convaincus », assure-t-on.

 

C'est le Syndicat de la Librairie française, SLF, qui s'est ému de la présentation qui était faite de la répartition de la valeur dans la chaîne du livre. Les pourcentages présentés sont des données communément admises, certes, et, comme précisé, ne prenant pas compte des charges inhérentes à chacun. « Dès lors, nous sommes surpris par votre réaction, qui pourrait laisser entendre que nous souhaitons cibler les libraires comme responsables de la faible part dévolue aux auteurs… »

 

La Charte semble d’autant plus légitime à s’interroger, que l’on retrouve sur le site du ministère de la Culture des données permettant d’avoir une fourchette proche. Et qui n’a pas fait bondir les libraires – à moins qu’ils n’en aient pas pris connaissance.

 

Ce qu’il faudrait expliquer, en réalité, c’est que si 25 à 38 % du prix du livre représentent la marge brute du libraire, sa marge nette est autour de 1 %. Autrement dit, le libraire représente une forte valeur, mais ne capte certainement pas l’ensemble de cette valeur. Comme le souligne le SLF dans son courrier, le libraire touchera au bout du compte... le noyau de l'olive, si l'on reprend l'image de la pizza.

 

Ainsi, la Charte affirme que de la cause des deux professions est semblable et il n’y aurait qu’un simple pas pour arriver à s'entendre. « Vous libraires, comme nous, étouffez à cause d’une surproduction qui rend vos métiers de plus en plus difficiles et nos revenus dérisoires. Comme nous, vous souhaitez défendre une littérature de qualité. » 

 

Et de conclure : « Vous pouvez nous aider, comme nous sommes heureux de participer à des dédicaces organisées dans les librairies, comme nous défendons la libraire, au sein de notre association et du Conseil Permanent des Écrivains, face à la menace de disparition de la librairie indépendante dans le cadre d’une économie numérique de plus en plus envahissante. Nous espérons que vous entendrez cet appel sincère et motivé et nous sommes d’accord pour discuter ensemble des manières possibles pour faire entendre nos voix. »

 

 

 

  Courrier du SLF à La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse by ActuaLitté