Auteurs indépendants : inventifs, entrepreneurs... ou résignés

Clément Solym - 17.04.2013

Edition - International - autoédition - publication numérique - commercialisation


De même que le Salon du livre de Paris dispose de sa Scène Numérique, de même, la Foire du livre de Londres possède la Digital Zone, qui s'apparente parfois à la Twilight Zone. Mais au cours d'une table ronde, cet espace a donné l'occasion d'échanges autour de deux thèmes majeurs : l'auto-édition et ce qu'elle a pu retirer de la commercialisation numérique des livres. 

 

 

 

 

La Digital Zone, telle que le présente Publishers Weekly, n'était qu'un espace étroit, avec peu de place, et quelques rares exposants, voilà encore cinq ans. Désormais, elle accueille nombre d'intervenants, au point d'être l'un des lieux les plus fréquentés dans la Foire. Et probablement le plus populaire. 

 

Les auteurs connaissent les acteurs en mesure de leur apporter un réel soutien, comme Smashwords, fondé par Mark Coker. Pour l'écrivain Ian House, qui a achevé son premier livre, la solution de cette plateforme commercialisant les titres d'auteurs et d'éditeurs indépendants est une approche idéale, et qu'il recommande volontiers.

 

Pour d'autres, ce sont les solutions d'Amazon qui ont été les plus pertinentes : Dee Alimi a publié un recueil de poèmes par ce biais, et prévoit d'ajouter trois autres livres, notamment un ouvrage jeunesse, racontant l'histoire d'un tigre végétarien. 

 

Le New York Times en raconte un peu plus sur cette approche de la vente, qui n'a aujourd'hui plus rien de nouveau. David Mamet, sollicité par nos confrères, y va franco : « J'ai fait cela, strictement, parce que je suis radin. Et parce que dans l'édition, c'est comme Hollywood : personne ne met en place le marketing qu'ils vous promettent. » (voir notre actualitté

 

En réalité, l'auteur autoéditié devient véritablement le chef d'une entreprise dont il est le premier matériau vendu. En rupture complète avec le modèle de commercialisation du livre, tel qu'on le connaît, il nécessite une véritable implication de la part de l'écrivain.

 

Un romancier français, qui préfère garder de bonnes relations avec son éditeur parisien, nous le précise : « Aujourd'hui, mon éditeur me demande de faire tout le travail de promotion sur internet, d'avoir un blog, de faire de la communication. Il sait que j'apprécie internet, et dernièrement, une des attachées de presse est tombée des nues, parce qu'elle a découvert que je communiquais avec des journalistes via Facebook ou Twitter. Alors, je me dis que mon meilleur représentant, c'est encore moi. »

 

Des arguments qui lui font également envisager l'autoédition comme une porte de sortie, ou une échappatoire : « C'est toujours compliqué, parce que malgré tout, j'ai l'envie de voir mon livre dans les librairies, de pouvoir profiter de rencontres et de dédicaces. Pour le moment, Amazon ne me propose pas une attachée de presse. Mais d'abord, ils ne tarderont pas à le faire quand ils auront compris l'enjeu, et surtout, si la seule différence entre une maison classique et le marchand se situe là, alors... »

 

Pour revenir outre-Atlantique, il faut reconnaître que l'essor du livre numérique a profité de l'enthousiasme des auteurs indépendants, qui ont eux-mêmes su largement tirer profit des outils mis à leur disposition. Un catalyseur réciproque, qui est encore loin, en France, d'être aussi puissant. Se positionnant comme des entrepreneurs, ces indépendants font preuve d'une inventivité insolite, pour mettre en avant leur ouvrage. 

 

L'agence Trident Media, dirigée par Robert Gottlieb, dispose dans son portefeuille d'auteurs, d'indépendants. Une approche tout à fait logique, estime-t-on : Trident apporte une réelle valeur ajoutée dans le marketing et entretien également avec les éditeurs numériques des relations régulières. Un authentique travail d'agent, qui favorise la découverte...

 

Évidemment, la majorité des auteurs indépendants ne trouveront jamais un public fulgurant, même si quelques contre-exemples sont là pour rappeler que l'exception confirme la règle. Mais le modèle est de plus en plus prisé, et la solution de l'indépendance, dans le cadre numérique, est une option que l'on hésite bien moins à envisager.