Auteurs jeunesse : la mobilisation va monter en puissance

Nicolas Gary - 28.08.2018

Edition - Société - charte auteurs illustrateurs - bureau Charte 2018 - auteurs jeunesse


L’élection annuelle de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a eu lieu, conduisant à la composition d’un nouveau bureau, voté à l’unanimité. Samantha Bailly se lance dans sa deuxième année en tant que présidente, tandis que la rejoignent deux nouveaux vice-présidents. 


La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Sandrine Bonini (illustratrice) et Guillaume Nail (auteur) sont donc nommés vice-président.e.s. Nicolas Digard (auteur et scénariste) est trésorier, tandis qu’arrive Marie Caillet (autrice) en tant que secrétaire générale. La Charte poursuit les nombreux chantiers lancés l’année dernière, avec le dynamisme qu’on lui connait. 

 

L’association se développe selon trois axes : le rayonnement de la littérature jeunesse, la défense des droits des auteurs et illustrateurs ainsi que la mise en place d’outils de professionnalisation. Une rentrée qui s’annonce très chargée pour la Charte, qui compte mettre la notion de « métier » au cœur de ses préoccupations, et ce de façon visible et audible. 

 

Dans la continuité de #PayeTonAuteur, tout laisse à penser que la mobilisation va monter en puissance, et que l’association sera encore une fois en première ligne autant pour monter au créneau que pour faire des propositions constructives.

 

 

Samantha Bailly — présidente

 

« Il nous paraît fondamental de valoriser l’importance des auteurs et illustrateurs jeunesse au sein de la société. Au contact des jeunes lecteurs, allant de la maternelle à l’université, nous jouons un rôle essentiel dans l’éveil de la curiosité intellectuelle, l’acquisition d’une culture riche et diversifiée, ainsi que dans le développement de la sensibilité, de la créativité et de l’esprit critique. 

 

La professionnalisation est, je crois, la clef d’un certain nombre de problèmes rencontrés par les auteurs et illustrateurs jeunesse. Dénoncer les injustices est une chose, la seconde étape est de donner des informations et outils aux auteurs et illustrateurs afin de pouvoir exercer leur métier de façon éclairée.

 

En parallèle des travaux en cours sur les questions de rémunération, comme l’étude du secteur jeunesse ou les mouvements #payetonauteur, nous sommes cette année dans une urgence sociale sans précédent, ayant comme échéance le 1er janvier 2019. De nombreuses réformes vont nous placer dans une situation d’extrême fragilité. Jamais on aura vu un bouleversement aussi profond de notre régime, et mise en danger aussi nette de notre métier.

C’est donc bien le métier d’auteur que nous allons continuer de défendre, ainsi que l’idée d’une rénovation de notre statut spécifique dans le sens d’une amélioration. Bien des projets en cours, de nombreux défis qui se déroulent devant nous, mais cette adversité a généré une solidarité inédite entre auteurs de tous secteurs. Nous continuons donc nos myriades de projets, avec détermination et solidarité. »

 

Guillaume Nail — Vice-président Auteur.ice.s

 

« À mes débuts en littérature jeunesse, j’ai su gré à la Charte de répondre présente quand j’avais besoin d’elle. Aujourd’hui, j’ai à cœur de lui donner en retour — et à travers elle d’aider la grande famille — oui, car c’en est une — des auteur.ice.s et illustrateur.ice.s jeunesse. Sur l’urgence sociale, notamment — en œuvrant pour que soient préservés l’exception culturelle française et le statut spécifique de nos professions.

Mais aussi en agissant pour la valorisation de la littérature jeunesse et de ses acteur.ice.s : meilleure reconnaissance, tant financière que symbolique (coucou les à-valoir et les pourcentages) du travail effectué
; mise en avant de la diversité de cet univers (portraits Dans les petits papiers de…); professionnalisation des artistes en devenir (concours Émergences!). Et enfin, cerise sur le gâteau : poursuivre le grand chantier Égalité et Diversité de la Charte, pour en finir avec les inégalités, quelles qu’elles soient.
 

Enfin, il me semble essentiel de poursuivre la collaboration avec tous nos partenaires (maisons d’édition, bibliothécaires, professeur.e.s-documentalistes, libraires, lecteur.ice.s, etc.) afin de conserver à la Charte; association qui représente les auteur.ice.s sa place au cœur de la chaîne du livre. Car, on ne le répétera jamais assez, Pas d’auteur.ice.s… Pas de livres. »

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Sandrine Bonini — Vice-présidente - Illustratrice

« Illustratrice, je suis tombée dans le livre jeunesse et la bande dessinée quand j’étais petite. 

 

Bien entendu, la question de savoir comment ces auteurs et autrices que j’aimais tant vivaient de leur métier ne m’a pas tellement effleurée jusqu’à ce que je me retrouve confrontée moi-même au quotidien de cette profession. Au début — comme pour beaucoup, je suppose — le plaisir d’être publiée a occulté les questions pratiques et le tabou lié à la rémunération. Et puis, au fil du temps et des publications, le sentiment d’injustice face au déséquilibre manifeste entre la position de l’auteur et la chaîne du livre est devenu omniprésent. 
 

Je le recroisais de plus en plus souvent, ce sentiment : dans les contrats parfois fantaisistes que je signais, pendant mes rendez-vous téléphoniques tragi-comiques avec la banque ou les impôts, dans les heures passées sur ma table à dessin et même parfois simplement en allant acheter des crayons et du papier.

 

En intégrant en janvier dernier le Conseil d’Administration de la Charte des Auteurs Jeunesse, puis son bureau, j’ai souhaité que cette indignation prenne corps pour de bon et qu’elle se transforme en actions concrètes. L’énergie incroyable de l’association ainsi que le tourbillon qui a emporté la Charte en ce début d’année ont aisément achevé de me convaincre du pouvoir commun que les auteurs maitrisent pour défendre leur statut et leur métier. 

Et quel pouvoir, celui qui permet d’écrire ou de dessiner, de raconter des histoires vraies ou fausses selon l’humeur, qui sait faire preuve d’humour même dans les situations les plus extrêmes et qui, de surcroît, ne se repose jamais. 

Un pouvoir surnaturel, en somme, et nous avons bien raison de l’utiliser ensemble. »

 

Marie Caillet — Secrétaire générale

 

« La publication de mon premier roman remonte à 2010, mais il m’a fallu plusieurs années, entre écriture, échanges avec d’autres auteurs et découverte de la Charte, pour appréhender les différentes facettes du métier d’auteur. Métier schizophrène qui demande d’alterner en continu entre introspection créative et apprentissage juridique. 

 

Un tel apprentissage ne se fait pas sans mal. Comme beaucoup de mes pairs, j’ai dû partir de zéro et me défaire de certains mécanismes : la peur de négocier, la vision de la publication comme un privilège, un certain syndrome de l’imposteur à défendre mes propres droits, etc. C’est un travail immense que des associations comme la Charte permettent de rendre plus accessible, grâce à de nombreux documents pédagogiques et une assistance juridique. 

 

Aujourd’hui, cela fait un an que j’ai rejoint le conseil d’administration de la Charte. Je poursuis mon investissement de bénévole en tant que secrétaire générale, une implication qui me tient à cœur pour participer à la professionnalisation des auteurs jeunesse ainsi qu’à leur défense sur divers niveaux (sphère éditoriale, pouvoirs publics, etc.). En ces temps de grand dynamisme éditorial, mais aussi d’incertitude pour l’avenir de notre statut, j’espère voir la solidarité entre auteurs se poursuivre et se renforcer pour une véritable valorisation de notre métier. »

 

Nicolas Digard — Trésorier

 

« En tant qu’écrivain, j’ai été mon premier pire ennemi. Avec le recul, je ne cesse de m’étonner de comment j’ai été conditionné durant mon enfance, puis mes études et comme j’ai souvent moi-même renforcé ces préjugés romantiques qui m’ont posé tant de problèmes par la suite. Je me suis souvent excusé de demander de l’argent pour écrire des livres. J’ai trop attendu avant de me renseigner sur les contrats, d’apprendre à les lire et à les négocier, persuadé que c’était une telle chance d’être publié qu’il fallait faire profil bas.

 

Grâce à la Charte, j’ai appris qu’auteur était un métier, un métier atypique, mais un métier. C’est donc au sein de la Charte que j’ai décidé d’agir. Agir pour la formation juridique des auteur.ice.s et illustrateur.ice.s jeunesse. Agir pour une meilleure reconnaissance de la littérature jeunesse.

Agir pour que création et savoir-faire ne soient pas sans cesse opposés. Agir pour que nous ne soyons pas considérés comme de simples fournisseurs de contenus. Et enfin, agir pour faire valoir les spécificités de nos professions auprès des pouvoirs publics et éviter que les réformes actuelles ne fassent disparaître un métier vital pour notre culture.
 »




Commentaires

... et qui pour défendre les auteurs et illustrateurs de romans et de romans graphiques "adultes" ? Pourquoi vouloir tronçonner les auteurs en fonction des cibles de lecteurs/trices que visent leurs ouvrages (enfants, ados, adultes) ? Ça n'est pas fragiliser le statut d'auteur que de le diviser en catégories ? Ensemble on est plus fort pour défendre nos droits, non ? Attention à ne pas céder à la tentation de "communautarisation" des auteurs et des illustrateurs, tendance globale et très à la mode dans notre société actuellement, tendance qui commence à engendrer des fractures multiples et ouvertes : D'où qu'il vienne, où qu'il aille, un auteur, un illustrateur, est à considérer de la même façon, sinon nos adversaires se feront un plaisir d'accentuer les divisions que nous aurons nous-mêmes instituées pour asseoir encore plus leur implacable règne sur les créatifs et les consciences, et nous n'auront dès lors que nos yeux pour pleurer...
Tout à fait d'accord... Mais il faut aussi connaître le conteste historique de la création de cette charte :

http://la-charte.fr/la-charte/l-association/article/historique

smile
En effet, merci pour le lien, mais j'insiste quand même sur la nécessité d’œuvrer ensemble dans le même sens. La chaîne de l'édition est solidaire, chaque maillon défend ainsi son pré-carré sans rogner sur celui d'à côté. Notre pré-carré à nous autres, auteurs, illustrateurs, est à étendre. Nous devons donc entrer en négo avec les autres copropriétaires de notre oeuvre smile D'ap^rès moi, le gâteau est à partager en 5, à parts égales = 20%.

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