Auteurs jeunesse : “On parle de nos livres, jamais de notre condition sociale”

Antoine Oury - 28.11.2016

Edition - Société - Carole Trébor - La Charte auteurs jeunesse - SLPJ Montreuil


Ce 30 novembre s'ouvriront les portes du Salon du Livre et de la Presse jeunesse à Montreuil, le coup d'envoi de plusieurs jours d'événements, de rencontres et d'expositions autour de la littérature pour la jeunesse. Carole Trébor, présidente de la Charte, revient avec nous sur les préoccupations sociales des auteurs, qui auront aussi leur place au SLPJ.

 

Fred Bernard pose pour la campagne de La Charte

 

 

Après quelques jours de diffusion de la nouvelle campagne de La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, consacrée aux revenus des auteurs, la satisfaction est de mise. Auprès des professionnels, ce traitement léger d'une réalité économique qui ne l'est pas vraiment a séduit. « Elle fonctionne très bien, elle est amplement partagée par les professionnels, ce qui est déjà bien : lors des rencontres en médiathèques, les professeurs, les élèves, mais aussi les bibliothécaires ne savent pas combien nous touchons par livre », explique Carole Trébor, auteure de U4 (Nathan) et Lumière (Rageot Éditeur).

 

La campagne de La Charte a été conçue « de manière collective », explique la présidente. « Martin Page avait partagé une photo de son quotidien de père, en précisant que cela faisait aussi partie de la vie de l'auteur, et Antoine Dole, il y a environ un an, nous avait proposé une campagne autour du nombre de livres à vendre pour s'acheter des objets courants : en réunissant les deux idées, la campagne est née, avec ce côté décalé apporté par des photographies professionnelles. »

 

L'objectif de la campagne est d'alerter les professionnels de la chaîne du livre, mais aussi le grand public, du niveau de rémunération des auteurs de livres jeunesse. « On parle de nos livres, de notre talent, de notre art, ce qui est évidemment appréciable, mais dès que l'on évoque notre situation sociale, nous faisons face à un silence et à un déni hallucinants », souligne Carole Trébor. D'où la nécessité d'une campagne qui fait parler d'elle...

 

3000 brochures seront envoyées aux médiathèques et bibliothèques, avec une distribution sur le stand de La Charte au SLPJ, tandis qu'une version en ligne sera aussi diffusée. 20 portraits d'auteurs réalisés dans le cadre de cette campagne seront aussi présentés à Montreuil. « L'exposition circulera dans les établissements de prêt, qui permettra aussi de faire changer le regard sur les auteurs, en les montrant en colère. » Sans se départir de leur humour, malgré tout.

 

Participation de Clémentine Beauvais à la campagne de La Charte

 

 

Les rémunérations, un sujet permanent

 

« Cette différence de rémunération est le fait d'usages, et non d'une quelconque légitimité économique » nous déclarait Carole Trébor... l'année dernière, quelque temps après le SLPJ. Autant dire que les avancées sont rares et le combat difficile. Le faible pourcentage de droits d'auteur versé aux auteurs jeunesse persiste dans le monde du livre : ils perçoivent en moyenne 7 %, contre 10 à 12 % pour les auteurs de littérature générale.

 

Sauf que ce pourcentage est à diviser selon le nombre de coauteurs, ce qui est fréquent en jeunesse, et qui n'a que de faibles chances d'évoluer : « Un auteur de littérature “adulte” pourra toucher 12 à 14 % une fois la barre des 80.000 livres vendus franchie, ce qui n'est pas le cas en jeunesse. »

 

 

 

« Nous voudrions changer ce pourcentage injustifié à travers des négociations », souligne Carole Trébor. « Des libraires soulignent que cela n'est pas normal, des éditeurs de livres pour adultes aussi. Nous sommes actuellement en négociation sur la transparence et les redditions de compte, mais ce débat doit avoir lieu et nous attendons les États Généraux de la littérature jeunesse pour en parler. »

 

La voie interprofessionnelle est privilégiée pour le moment, mais le recours à une autorité extérieure n'est pas exclu. Pour ce qui est du Médiateur du livre, il faudra alors passer par une mise à jour de la législation : en l'état, il est en effet impossible pour les auteurs de saisir cette autorité...

 

L'éditeur Thierry Magnier, président du groupe jeunesse du Syndicat national de l'édition depuis février 2016, avait annoncé le projet d'États Généraux de la littérature jeunesse, « pour mettre à plat cette chaîne [du livre] et peut-être faire en sorte que tout le monde s’y sente bien ». « Vu les blocages auxquels nous avons été confrontés dans les discussions, nous attendons pouvoir réunir tous les maillons de la chaîne du livre jeunesse », précise Carole Trébor.

 

Participation de Vincent Karle à la campagne de La Charte

 

 

L'autre sujet important, revenu sur le tapis avec la décision de la Cour de Justice de l'Union européenne, est le prêt numérique et la rémunération des auteurs : « Si des nouveautés sont disponibles le Jour J en numérique en bibliothèques, cela va avoir un impact sur les livres papier, les librairies et donc la rémunération des auteurs. » Les discussions sont en cours, précise la présidente de La Charte, preuve que le paiement des auteurs n'a jamais été arrêté pour le prêt numérique et le système PNB mis en place jusqu'à présent.