Autodafé aux Pays-Bas, pour un titre avec le mot Nègres

Clément Solym - 29.06.2011

Edition - Société - brûler - livre - titre


La contestation prend parfois des tournures étranges, comme vient de le démontrer le sort réservé au livre du Canadien Lawrence Hill. Traduit en néerlandais par Negerboek [NdR : le Livre des nègres] a reçu un chaleureux accueil. On dirait même brûlant...

Sur la place du mémorial d'Oosterpark, consacré à l'esclavage, ce sont quatre exemplaires du livre qui ont été purement et simplement brûlés, parce que les personnes d'origine surinamaise se sentaient viscéralement insultées par le titre.

Un livre d'histoire

Publié voilà trois mois aux Pays-Bas, le livre originel, The Book of Negroes, utilisait pourtant intentionnellement le terme péjoratif, non pas pour affirmer une volonté ni une pensée racistes...

Les protestants et membre de la Eer en Herstel Slachtoffers van Slavernij in Suriname, une fondation présidée par Roy Green (ci-dessous), avec pour vocation de faire respecter la mémoire et l'histoire, ont décidé de brûler le livre, à moins que l'on ne finisse par en changer le titre.


« Nous sommes bouleversés par le titre de votre livre, car le nom que vous lui avait donné est insultant pour la communauté noire. C'est une injure », explique le président. Or, ce n'est pas même le contenu du livre qui est mis à l'index, mais simplement le titre - et de fait, le marketing leur donne raison. Le livre a en effet été publié sous différents titres selon les marchés où il est commercialisé. Ainsi, c'est Someone Knows My Name aux États-Unis, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Ou Aminata au Québec.

L'auteur, pour sa part, est simplement « horrifié », à l'idée que l'on ait brûlé des livres, et peu importe que ce soient les siens. « Je ne cherchais pas à faire du sensationnel ni de la provocation, en l'appelant The Book of Negroes. Je l'ai intitulé de la sorte pour attirer l'attention sur un document historique oublié depuis longtemps et une immigration lointaine. Il n'y a rien qui puisse justifier de brûler un livre. C'est un acte haineux d'intimidation... C'est quelque chose qui étouffe tout dialogue, ainsi que les notions de liberté de lire et d'écrire », conclut-il.

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