Autoédition : Amazon contraint les auteurs à des prix bas

Clément Solym - 11.03.2013

Edition - Economie - auteur indépendant - autoédition - commercialisation


L'auto-édition par le biais d'Amazon vient d'exprimer ses premières limites. Une partie des auteurs qui oeuvrent dans des secteurs de niche ou produisent peu, est manifestement impactée par la politique de règlement de la firme de Seattle. Qui sanctionne ceux qui refusent de commercialiser leurs ouvrages à des prix cassés. La fin d'un rêve bleu ?

 

 

 

 

Le modèle économique pour un auteur autoédités est depuis longtemps installé : à la manière de ce qu'Apple a toujours proposé aux développeurs commercialisant leurs applications, 70 % du prix de vente reviennent au créateur, et 30 % sont conservés par la firme. Mais à condition que le prix de vente soit fixé entre 2,99 $ et 9,99 $.

 

Pour tout ouvrage supérieur à cette fourchette, les auteurs ne percevront que 35 cents. L'arithmétique a ses raisons, que le business ignore. 

 

Mais il semble que cette politique tarifaire n'ait pour autre vocation que de maintenir une tarification faible chez les autoédités. Et faire en sorte que le Kindle reste un appareil aux contenus attractifs pour les clients. Cependant, une pareille approche va provoquer de lourdes pertes chez les auteurs, et surtout, mettre des éditeurs indépendants, passant par le système d'auto-édition, au pied du mur. 

 

En effet, sur 1,8 million de titres numériques commercialisés sur la plateforme Kindle, un quart est proposé à un tarif supérieur à 9,99 $, bien que l'on ignore combien sont autoédités. Pour les maisons qui passent par un modèle classique, la question ne se pose pas, mais tout le monde n'est pas dans ce cas. 

 

Pour Richard Fitt, directeur de Authors Online, spécialisé dans la commercialisation des titres autoédités, la politique d'Amazon est préjudiciable aux auteurs de niches. « Pour le public, leur attitude est merveilleuse, parce qu'ils vendent des livres bon marché, mais pour quelqu'un qui doit discuter avec eux, c'est un véritable cauchemar. Tout ce qui les préoccupe, c'est de maintenir des prix bas », rapporte The Telegraph.

 

Même son de cloche chez la Society of Authors, alors que sa directrice, Kate Pool dénonce l'emprise que la firme peut aujourd'hui avoir sur les auteurs. Après avoir séduit, alléché, appâté, et incité les auteurs à commercialiser seuls leurs ouvrages, la société possède désormais une main-mise radicale, au point de pouvoir faire céder les uns et les autres. Et contraindre à  des prix de vente... imposés.

 

« Nous sommes tracassés par la domination croissante dont Amazon dispose. Cela commence à changer notre perception globale de ce que sont les livres, et le public risque de voir [cette industrie] en termes d'articles bon marché, plutôt que de voir des prix qui reflètent le temps et les recherches nécessaires pour sa rédaction. »

 

Une approche dramatique, évidemment, sur le long terme, mais qui pourrait aussi participer à une fuite progressive des créateurs, vers d'autres plateformes - et donc, favoriser le développement du format EPUB. Doux rêve, évidemment, mais pas que. Pour l'heure, la crainte est de voir les auteurs spécialisés dépossédés de leurs oeuvres, et soumis aux diktats financiers d'Amazon. De là, un simple conseil : ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. 

 

Situation injuste, avec peu de solutions pour les auteurs toutefois.