Autoédition : attention aux "pratiques plutôt frauduleuses"

La rédaction - 06.01.2014

Edition - Société - autoédition - livre numérique - commercialisation


ActuaLitté avait fait paraître les résultats d'un sondage mis en ligne voilà quelques semaines, portant sur l'autoédition. Notre intention était de sonder, fût-ce partiellement,  les pratiques d'achats de livres numériques, et comment été perçus cette mise en vente sur les plateformes aujourd'hui connues. Mathias Lair nous a fait parvenir en réaction un texte qu'il nous a paru intéressant de publier, rappelant qu'il existe un pan toxique à l'autoédition.

 

 

 Guatemala-1621 - Temple of the Great Jaguar

archer10 (Dennis), CC BY SA 2.0

 

 

Le compte d'auteur a connu ses années de gloire, il a enrichi plus d'un « inéditeur ». Hélas, son image s'est dégradée, elle s'est trouvée associée à des pratiques plutôt frauduleuses. Si le compte d'auteur est encore pratiqué aujourd'hui, c'est de manière endémique. Il a laissé place à des formules « améliorées » : un vrai contrat d'édition assorti de clauses illégales (fourniture de la maquette par l'auteur, renonciation aux droits d'auteurs sur le premier mille…). On sait que l'harmattan est un vent qui vient du désert, il obscurcit l'atmosphère, et provoque des épidémies de méningite…

 

Mais le fin du fin, c'est de renverser la vapeur : on se plaignait de ne pas trouver d'éditeur ? On revendique aujourd'hui de s'en libérer ! Comme dirait Dieudonné, l'éditeur, c'est le système ! Ainsi flatté dans le sens de son libéralisme, devenant un individu autonome et responsable, l'auteur se crée de lui-même : il s'auto-édite !

 

La presse se fait le relais de cette nouvelle pratique, elle apporte ainsi ses lettres de noblesse médiatique à l'auteur qui hésite à franchir le pas, à devenir l'entrepreneur créateur de lui-même. ActuaLitté titre : « Autoédition en France : moins de réticences qu'on ne le croit ». 46% des sondés n'auraient « pas d'a priori vis-à-vis de l'autoédition ». L'échantillon n'est pas significatif (seulement 326 réponses…) mais qu'importe : les chiffres, ça fait sérieux, scientifique ! Il arrive que l'information se dégrade en  propagande...

 

À qui profite la promotion ?

 

Aux officines qui se développent actuellement. Sachant que les Français produisent environ un million de manuscrits par an, et que la littérature est une valeur française, calculez le magot !

 

Hélas (ou heureusement, question de point de vue), les auto-auteurs sont rarement auto-maquettistes, auto-imprimeurs, auto-diffuseurs : ils ont besoin d'être conseillés, aidés, soutenus. Qu'à cela ne tienne ! Ils trouveront sur internet des entreprises à leur service. Et pour tous les services ! On peut relire, voire réécrire votre chef d'œuvre. Bien sûr ça se paye. Si vous ne maîtrisez pas les subtilités du PDF ou de l'e-pub, si vous n'êtes pas né maquettiste, on le fera pour vous, moyennant 300 euros pour la mise au format impression ; sans compter la correction : 400 euros pour une centaine de pages. Ne pas oublier la conception de la couverture : 100 euros au bas mot.

 

Habituellement, l'entreprise (avec laquelle, remarquez-le, vous n'avez que des rapports automatiques, c'est-à-dire virtuels) promet une diffusion – bien sûr sans engagement de vente. Pour une modeste somme : environ 100 euros. Ce qu'elle entend par là, c'est que votre titre apparaîtra sur son site comme ceux d'Amazon ou de la FNAC ; parfois sur Dilicom, ce qui fait sérieux – en omettant de dire que ce référencement est automatique dès qu'un dépôt légal est effectué. Un petit clic, et ça y est ! Ne reste plus qu'à trouver le lecteur… qui n'a pas entendu parler de votre livre, et n'a aucun moyen de dénicher votre aiguille dans le tas de foin des références amazoniennes.

 

L'auteur-éditeur peut aussi vendre par lui-même le livre imprimé … à condition de l'acheter à son prestataire de service. Comptez 1000 euros pour 100 exemplaires. Et pas franco de port ! Il va pouvoir tester la qualité de ses amitiés…

 

Comme on dit dans le monde de l'« auto », y a pas de mal à se faire plaisir ! Même si ce plaisir-là est un peu solitaire… 

 

Mathias Lair est écrivain. Dernière publication : Oublis d'ébloui, éd. L'Échappée belle. Chroniqueur pour la revue poétique Décharge. A toujours défendu le sort des écrivains, aujourd'hui à l'Union des poètes & Cie et à la SGDL

 

 

Note de la rédaction :

Il est bien entendu que notre sondage ne visait absolument pas à promouvoir l'édition à compte d'auteur. Nous avions par ailleurs pris soin de souligner que les résultats de ce sondage étaient soumis aux précautions de rigueur. Par ailleurs, les services d'autoédition en format numérique, tels que proposés par des sociétés américaines, sont proposés sans que l'auteur n'ait à payer quoi que ce soit. Ils permettent également de proposer la vente d'ouvrages avec impression à la demande.

 

Si en ce sens, l'autoédition numérique peut mettre un terme à l'édition à compte d'auteur, véritable fléau, alors oui, elle mérite d'être mieux connue.