Autrices, elles écrivent des contes avec une autre vision des femmes

Antoine Oury - 14.03.2019

Edition - Société - contes feministes - autrices foire livre londres - LBF 2019


LBF 2019 — Les contes constituent souvent les premiers textes littéraires auxquels nous sommes exposés : ils façonnent ainsi, dès le plus jeune âge, une certaine vision du monde. Trois autrices d'horizons différents, invitées à la Foire du Livre de Londres, ont révélé leurs motivations pour écrire des contes, pour les jeunes et les moins jeunes, qui mettent en avant d'autres voix, images et idées des femmes.

Clara Ng - London Book Fair 2019
Clara Ng, à la Foire du Livre de Londres (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 
Les contes de fées sont-ils dangereux pour les enfants ? Pas vraiment, c'est plutôt la manière dont on les raconte, dont on les adapte, qui peut conduire à des situations stéréotypées et figées. Ajoutez à cela un peu d'assimilation culturelle, à la façon de Disney avec les contes du monde entier, et l'on débouche facilement sur « des histoires où la fin heureuse se résume par une union hétérosexuelle », souligne Intan Paramaditha, autrice, à la Foire du Livre de Londres.

Autrice indonésienne installée à Sydney, Paramaditha a signé un recueil de nouvelles, Apple and Knife, dans lequel elle réécrit des contes, bien connus ou non, et en invente d'autres, avec un tour horrifique. Autre précision : ces contes sont centrés sur les femmes, leurs corps et identités. « Je suis intéressé par les corps qu'on démonise, les aspects que l'on juge sales ou impurs, monstrueux. Par tout ce que l'on réprime. »

Les contes, où les transformations, rituels magiques et créatures étranges sont légion, sont le terrain parfait pour de tels récits : ceux qu'invente Intan Paramaditha sont destinés aux adultes, mais sa collègue Clara Ng fait de même pour les enfants, en Indonésie. Sa rencontre avec les contes fut tardive, de son propre aveu, mais marquée par une révélation : « J'ai étudié une traduction en anglais du conte The Giving Tree, de Shel Silverstein, qui raconte l'amitié entre un arbre et un petit garçon. Cette traduction parlait de l'arbre comme d'un “il”, or, nous n'avons pas de pronom marqué par le genre en Indonésie. En Indonésie, le même pronom peut désigner il, elle, aucun des deux ou les deux », explique-t-elle.

Intan Paramaditha - London Book Fair 2019
Intan Paramaditha (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


C'est ce détail qui a fait réaliser à Clara Ng les biais qu'une traduction, qu'une interprétation ou tout simplement qu'une écriture pouvait introduire dans un conte. Elle s'est alors lancée dans l'écriture de ses propres contes, dans lesquels elle s'applique à proposer des personnages féminins forts et complexes. Et des histoires qui sortent des sentiers battus et rebattus. « En Indonésie, le marché du livre pour la jeunesse est obsédé par les manuels : manuel pour bien s'habiller, bien se maquiller. J'ai moi-même dû batailler, car la section marketing de mon éditeur voulait que je signe un livre plus proche du manuel », explique Clara Ng, qui a pu publier l'ouvrage pour la jeunesse Dru And Tale of Five Kingdoms.

Et pourtant, ces deux autrices n'ont pas eu de problème pour publier leurs livres en Indonésie, malgré quelques craintes à ce sujet. Kirsty Logan, écossaise, nourrissait elle aussi des inquiétudes par rapport à la réaction de son éditeur : « J'ai écrit une nouvelle horrifique très dure qui porte sur la grossesse et l'accouchement, deux événements corporels qui angoissent souvent les femmes. Et pourtant, c'est passé », explique-t-elle : par leur rareté, de tels textes peuvent retenir l'attention des éditeurs.

Kirsty Logan - London Book Fair 2019
Kirsty Logan (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Selon ces auteurs, « les récits sexistes perdurent, mais ils sont peut-être plus rapidement pointés du doigt. Après tout, même Disney, justement, se réforme, parce que des histoires modernes ont besoin de mettre en avant d'autres éléments », précise Intan Paramaditha. 

Le risque, pour ces autrices, est désormais de se voir étiqueter « autrices féministes », une nouvelle forme de mise à l'écart. « Moi, ça ne me dérange pas, cela correspond à mes idées. Mais “écrire féministe” ne se limite pas à mettre la femme au centre », précise Paramaditha. Seulement à ne pas colporter des idées reçues et préjugés vis-à-vis des femmes.
Si le mouvement #MeToo est le témoignage d'une ouverture de la parole, mais aussi d'une réalité encore difficile pour les femmes, les autrices sont optimistes : « De plus en plus d'hommes se rendent compte que le patriarcat est aussi dommageable pour eux que pour les femmes », assure Kirsty Logan.

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