Aux États-Unis, la guerre de l'accès ouvert a commencé

Antoine Oury - 21.01.2020

Edition - International - États-Unis acces ouvert - open access edition scientifique - acces ouvert articles


Aux États-Unis, la Maison-Blanche planche sur un projet de loi qui changerait considérablement le paysage de l'édition scientifique, en généralisant l'accès ouvert à tous les articles évoquant des résultats de la recherche financée par des budgets fédéraux. Une partie de l'édition a manifesté son opposition au projet, mais une autre coalition l'encourage, au contraire.

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(photo d'illustration, kate_harbison, CC BY-SA 2.0)


La fin de l'année 2019 a plongé une partie de l'édition scientifique américaine dans la tourmente : un mémo datant de l'administration Obama, tout de même, communiqué en 2013, proposait l'accès libre aux résultats des recherches publiques un an après leur publication. Or, il pourrait être remis au goût du jour, suggérant de les rendre accessibles immédiatement.

Autrement dit, la mise en œuvre d'un accès ouvert et direct aux résultats de la recherche financée sur des fonds publics, ce qui couperait l'herbe sous les pieds d'un certain nombre d'éditeurs commerciaux qui publient ces mêmes résultats.

Tandis que l'Union européenne s'investit dans un Plan S qui cherche à valoriser l'accès ouvert aux résultats de recherches dotées de fonds publics, les États-Unis auraient un projet similaire dans les cartons – sans aucun doute pour préserver leur place dans le paysage mondiale de la recherche et des sciences.

Dès la publication des premières informations sur le mémo, l'association des éditeurs américains (Association of American Publishers) avait réagi en publiant une lettre ouverte, signée par 135 maisons d'édition, diverses sociétés et la Chambre de commerce des États-Unis.

« Si ces propositions entraient en vigueur, non seulement elles anéantiraient un pan entier de notre économie, mais elles coûteraient également des milliards de dollars au gouvernement fédéral, saperaient la recherche scientifique et la capacité d'innovation de notre pays, tout en affaiblissant considérablement la position commerciale des États-Unis », pouvait-on notamment lire.
 

Le gouvernement fédéral reste libre de sa politique


Un autre courrier vient d'atterrir sur le bureau du président Trump et de ses conseillers, signé par des maisons d'édition, des bibliothèques et des associations professionnelles. Ces signataires entendent répondre à la lettre de l'AAP, tout en étayant d'arguments la proposition de la Maison-Blanche.

« Nos intérêts commerciaux sont importants, mais doivent être regardés à l'aune de la communauté et de l'industrie de la recherche qui collaborent au sein de la nation. Si émerge un changement important, qui profite aux contribuables américains, il revient aux parties prenantes de le soutenir, même s'il comporte des changements et des risques », indique le courrier.

Ainsi, l'accès ouvert des résultats de la recherche permettrait de diffuser plus largement ces derniers, sans qu'il ne soit nécessaire de payer un abonnement à une revue ou un accès payant sur un site web : le gouvernement fédéral ne verserait des fonds qu'une seule fois, pour financer la recherche.
 
« Il n'y a rien, dans la disponibilité immédiate des résultats de la recherche, qui empêche les sociétés d'édition — commerciales ou à but non lucratif — de continuer leurs activités si elles travaillent dur, innovent et collaborent » avec les autres parties, souligne encore la lettre. Laquelle insiste aussi sur le fait que l'AAP ne représente pas toute l'édition. Et de rappeler par ailleurs que « le gouvernement fédéral, en tant que financeur et acteur de la communauté de la recherche américaine, fait partie de ce marché et reste libre de sa politique ».

La lettre intégrale est accessible à cette adresse.


Commentaires
Ce serait une excellente chose, et il faudrait généraliser ce principe en France aussi (on a déjà beaucoup de ressources savantes en accès ouvert, HAL, Persée, etc. mais on peut faire encore mieux).
Il faut dire (et répéter) combien l'édition des journaux scientifiques est un marché de dupes. En effet, le chercheur :

- réalise des travaux de recherches financés par les contribuables

- réalise l'intégralité du travail éditorial réclamé par les différentes revues (textes, schémas, photos doivent suivre scrupuleusement les "instructions aux auteur")

- fait réaliser la traduction en anglais de son article, s'il ne maîtrise pas lui même à fond la langue.

- Paye des frais importants à la revue pour publier son article (même pratique que le bien connu "compte d'auteur", la sélection en plus)

- la revue envoie des copies de l'article à des "reviewver" (rapporteurs) qui la critiquent et decident, en fait, de son acceptation. Ces rapporteurs sont tous bénévoles et ne coutent donc rien à l'éditeur.

- L'article accepté, il est publié dans une revue vendue souvent à prix d'or, ou presque !



Résultats :

- Le chercheur, qui a fait tout le travail, se retrouve dépossédé de ce dernier :il ne peut accéder librement à son article, en version numérique par exemple (à moins que son labo ne paie un "abonnement" prohibitif à la revue).

- Les autres chercheurs doivent payer pour avoir accès aux articles (avec l'argent du contribuable, le même qui avait financé l'ensemble)

- Le quidam contribuable doit lui aussi payer s'il lui prend l'envie de lire un des articles publiés par les chercheurs ayant réalisé les travaux qu'il a contribué à financer...

- l'éditeur "scientifique" prospère, merci pour lui, et multiplie les revues confidentielles aux tarifs d'abonnement délirants.



En biologie, ce type de comportement a un nom : parasitisme.



A titre d'exemple, pour des revues parmi les moins chères (oui, les moins) :

The Lancet (médecine) : 255 € / an

Astrophysical journal : 2175 $ / an (frais pour un article : 32$ tous les 350 mots + 35$ par tableau + 35 $ par photo, supplément pour les légendes...)

JAMA (médecine) : 1300 $/ an
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