Sexe, vampires, magie et drogues : l'Amérique qui censure

Antoine Oury - 21.07.2015

Edition - International - États-Unis - censure - livres


Les informations fournies par les sondages ont une portée plutôt limitée, mais ils permettent au moins de jauger l'évolution des mœurs et des mentalités. Le cabinet Harris Poll a choisi d'interroger 2244 Américains majeurs au mois de mars dernier, pour recueillir leurs avis sur la censure des ouvrages et les thématiques qui les préoccupent le plus.

 

umpffgrr!!!! (against censorship!!)

(izarbeltza, CC BY-SA 2.0)

 

 

En 4 ans — depuis la dernière enquête sur le sujet menée par Harris Poll —, le pourcentage d'Américains susceptibles de soutenir la censure d'un ouvrage est passé de 18 à 28 % de la population. La moitié des interrogés (48 %), malgré tout, assure que la censure d'un quelconque ouvrage est inconcevable aux États-Unis. Harris Poll pousse le vice jusqu'à classer les opinions selon les familles politiques, et les Républicains sont deux fois plus partisans d'une censure que les Démocrates ou les Indépendants (42 %, contre 23 et 22 %).

 

Le niveau d'études a une influence considérable sur l'opinion d'un individu quant à la censure, assure Harris Poll : les adultes ayant terminé leur scolarité à la sortie du lycée ou avant sont plus susceptibles de tolérer la censure. Difficile d'accorder trop de crédits à un sondage de ce type, dans la mesure où les conditions de la censure ne sont pas précisées : est-ce une interdiction pure et simple, ou un simple avertissement sur l'ouvrage ?

 

Curieusement, le livre est toujours considéré comme l'élément culturel le plus subversif, devant les jeux vidéo, les films ou les programmes TV. Sept adultes sur dix considèrent d'ailleurs que les livres devraient faire apparaître un système de classification d'âge, comme ceux utilisés pour la musique, les films et les jeux vidéo. Pour le même pourcentage d'interrogés, les bibliothécaires doivent s'assurer que les enfants ne peuvent pas se procurer des ouvrages non adaptés pour leur âge. 63 % craignent d'ailleurs que le livre numérique, et les facilités pour se le procurer ou le cacher, ouvre les vannes.

 

Quand on en vient aux bibliothèques scolaires, c'est l'heure du grand ménage :

 

  • 60 % souhaitent réguler les livres qui contiennent un langage inapproprié
  • 48 % souhaitent réguler les livres qui contiennent de la violence
  • 44 % souhaitent réguler les livres qui font référence à la magie ou à la sorcellerie
  • 43 % souhaitent réguler les livres qui contiennent des éléments sexuels
  • 37 % souhaitent réguler les livres qui font référence à la drogue ou à l'alcool
  • 36 % souhaitent réguler les livres qui contiennent des vampires

 

Quand on touche à la religion, les chiffres sont un peu plus amusants — ou effarants. Harris Poll assure d'ailleurs que la Bible reste le livre préféré des Américains. À part les vampires, tous les éléments cités ci-dessus y sont pourtant présents...

 

  • 33 % des interrogés estiment que le Coran ne devrait pas être proposé dans les bibliothèques scolaires
  • 29 % estiment que la Torah et le Talmud ne devraient pas être proposés dans les bibliothèques scolaires
  • 26 % estiment que les livres remettant en cause l'existence d'une entité divine ne devraient pas être proposés dans les bibliothèques scolaires
  • 19 % estiment que les livres remettant en cause le créationnisme ne devraient pas être proposés dans les bibliothèques scolaires
  • 16 % estiment que les livres remettant en cause la théorie de l'évolution ne devraient pas être proposés dans les bibliothèques scolaires
  • 13 % estiment que la Bible ne devrait pas être proposée dans les bibliothèques scolaires

 

Malgré toutes ces précautions, si un livre est censuré, 40 % des Américains se déclarent plus susceptibles de le lire... Évidemment.