Aux États-Unis, les auteurs à plein temps “sont sur le point de disparaitre”

Antoine Oury - 08.01.2019

Edition - Economie - Etats-Unis auteurs - auteurs revenus rapport - authors guild rapport 2017


L'Authors Guild, la plus ancienne organisation d'auteurs américaine, a publié un rapport fouillé sur les revenus des écrivains américains, le plus complet depuis 2009. À l'aide des réponses fournies par 5067 participants, l'Authors Guild et d'autres organisations d'auteurs sont arrivés à la conclusion que la situation économique des auteurs s'était dégradée, en particulier pour les auteurs de romans.

Translator's revenge
(photo d'illustration, LaVladina, CC BY 2.0)


L'Authors Guild et 14 organisations d'auteurs américaines sonnent l'alarme : le revenu médian des écrivains a considérablement baissé entre 2009 et 2017. Il atteint en moyenne, pour toutes les activités relatives à l'écriture des auteurs publiés, 6080 $ par an, en diminution de 3 % par rapport à 2013. Le revenu médian lié strictement au livre, lui, chute de 3900 $ à 3100 $ par an, toutes catégories d'auteurs publiés confondues.

Les seules hausses de revenus relevées par le rapport de l'Authors Guild concernent les auteurs à plein temps, si l'on prend en compte toutes les activités liées à l'écriture : le revenu médian atteint 20.300 $, en hausse de 3 % par rapport à 2013, mais encore bien inférieur aux 25.000 $ de 2009, note l'AG. Les auteurs autopubliés s'en sortent aussi avec une hausse de 95 % de leurs revenus liés au livre entre 2013 et 2017.
 

La diversification forcée


Malgré ces observations, l'inquiétude reste de mise du côté des organisations d'auteurs : d'abord, parce que les revenus des auteurs autopubliés restent inférieurs à ceux des auteurs publiés de manière traditionnelle (une différence de 58 % a été relevée). Mais aussi parce que les auteurs de romans ont encaissé une baisse de leurs revenus liés au livre de 27 % en 4 ans, ce qui jette le trouble sur leur avenir, assure l'AG.

« De plus en plus d'auteurs de livres, même ceux qui se considèrent comme des écrivains à temps plein, sont obligés d'exercer plusieurs emplois pour gagner suffisamment d'argent pour vivre. Cela inclut les auteurs qui écrivent des livres depuis des décennies et qui ont pu vivre de leurs écrits par le passé », indique l'Authors Guild.

Le rapport a permis aux organisations d'observer un phénomène de diversification forcée des activités des auteurs : quand les écrivains à plein temps publiés pouvaient auparavant se contenter des avances et des droits d'auteurs, ils sont désormais contraints de multiplier les activités liées à l'écriture, comme les séminaires, les conférences, ou même la traduction.
Finalement, seuls 21 % des auteurs à plein temps tirent la totalité de leurs revenus de la publication de leurs ouvrages. Et les auteurs à plein temps, de romans ou d'ouvrages aux ventes moyennes, voient leur avenir particulièrement bouché.
 

Plus d'Amazon et de compétition


Pour expliquer ces baisses et cette diversification des sources de revenus, l'Authors Guild met d'abord en avant l'influence d'Amazon sur le marché du livre. Certes, la plateforme, en démocratisant l'autopublication, a facilité l'accès à l'écriture — multipliant ainsi la concurrence —, mais participe aussi à tirer les prix des livres vers le bas en usant de sa position monopolistique aux États-Unis.

« Dans notre enquête, 76 % des auteurs autopubliés ont utilisé des plateformes Amazon, notamment Kindle Direct, Create Space et ACX », note l'AG, qui souligne que les revenus de ces auteurs sont à la merci des conditions d'Amazon. Par ailleurs, la mise en œuvre de programmes d'abonnement comme Kindle Unlimited, qui offrent une lecture gratuite d'ouvrages en grande partie de l'autopublication, conduit un certain nombre de lecteurs à ne plus acheter de livres, autopubliés ou non.

Le développement de la vente de livres d'occasion, sur Amazon ou d'autres plateformes en ligne, est aussi avancé pour expliquer la baisse des revenus strictement liés au livre.

Tout n'est toutefois pas dû à des facteurs extérieurs : l'Authors Guild déplore certains choix faits par les éditeurs, comme la logique de « blockbuster » qui voit une grande partie des avances concentrée sur quelques auteurs seulement, ou des remises de plus en plus importantes sur les prix des livres. Par ailleurs, les 25 % de droits d'auteur généralement versés aux auteurs sur les ventes de livres numériques sont de nouveau jugés trop faibles par les organisations d'auteurs.
Mené auprès des membres des organisations d'auteurs, le sondage à l'origine du rapport aura sans doute quelques biais, et tendance à représenter la précédente génération d'écrivains, mais les résultats permettent de mesure l'évolution en cours outre-Atlantique et ses répercussions sur le quotidien de l'écrivain.

Le rapport complet est disponible ci-dessous ou à cette adresse.

 




Commentaires
Je vois de plus en plus d'auteurs et d'artistes Américains se lancer sur Patreon (plus facile pour les dessinateurs pour le coup) y compris chez les plus gros (ex Jim Zub). C'est très préoccupant et très difficile de faire du mécénat pour tous...
"Par ailleurs, les 25
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