Aux États-Unis, un projet de loi pour faciliter l’accès aux livres en prison

Camille Cado - 13.01.2020

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Entre les ouvrages censurés et les titres lourdement facturés, difficile pour les détenus américains de lire en paix. Les États du Maryland, du New Jersey et de Virginie s’attèlent à la rédaction d’un projet de loi mettant fin à cette tendance qu’ont les prisons de faire payer la lecture des livres numériques. Et ainsi garantir un accès facilité à la culture pour les personnes incarcérées.

ErikaWittlieb, pixabay license
 

Les législateurs de ces trois États américains ont décidé de prendre des mesures juridiques pour empêcher les prisons de facturer la lecture aux détenus. Une pratique qui s’est largement répandue depuis l’émergence des tablettes numériques.

En effet, certains centres pénitentiaires ont conclu des accords avec des sociétés de télécommunications privées pour se doter de tablettes et lisseuses. Et si cela semblait être une bonne chose de prime abord — favoriser un accès privilégié à des ressources éducatives et culturelles —, les prisons en profitent pour facturer la lecture à la minute aux détenus. 
 

En prison, payer pour lire...


Un des cas les plus scandaleux était celui des prisons dans l’État de Virginie-Occidentale. En vertu d’un contrat conclu entre le Département de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion de Virginie-Occidentale (WVDCR) et Global Tel Link (GTL), fournisseur de tablettes dans 10 prisons de l’État, la lecture d’ebooks était désormais facturée à la minute pour les détenus. Et ce, alors que les ouvrages étaient tous libres de droits...

Si pour certaines prisons, la lecture sur format numérique reste une option, pour d’autres, elle devient la seule opportunité pour les détenus d’avoir accès aux livres. Comme à Washington, à New York, ou encore en Pennsylvanie où l’administration pénitentiaire prévoit d’interdire l’envoi d’ouvrages imprimés, prétextant qu’ils alimentent le trafic de drogue.

Pour l’organisation PEN America, qui lutte pour la liberté d’expression et d’information aux États-Unis, il est important que l’accès à la littérature gratuite soit garanti à tous les citoyens. « Nous ne sommes pas contre le fait de donner différentes options aux personnes incarcérées. Nous craignons que les liseuses soient de plus en plus exclues comme option et réduisent ainsi l’accès à la littérature », a affirmé James Tager, chargé des questions relatives à la liberté d'expression au sein de l’association. 

Les livres numériques ne sont pas les seuls à être facturés à travers l’utilisation des tablettes, les appels en visio le sont également. The Guardian rappelle à ce titre que dans le Missouri, où les visites dans les prisons sont de plus en plus restreintes, les détenus doivent payer 7,50 $, soit plus d’un mois de salaire, pour passer un appel vidéo de 30 minutes. 


La lecture, essentielle pour la réinsertion post-carcérale


Avec ce projet de loi, les trois représentants des États, David Trone (Maryland), Mikie Sherrill (New Jersey) et Abigail Spanberger (Virginie) espèrent faire cesser cette pratique.  

« L’accès aux livres et autres matériels pédagogiques pour les détenus est tout à fait normal », rappelle David Trone. « Au lieu d’exploiter notre population carcérale, nous devons nous concentrer sur leur préparation à une réinsertion sur le marché du travail, dans les écoles ou tout simplement dans notre société. » 

Ils dénoncent notamment les coûts facturés pour des services — comme la lecture — auparavant gratuits, surtout en regard des salaires des détenus. En 2017, une étude de la Prison Policy Initiative a révélé que le salaire moyen des travailleurs incarcérés était de 86 cents pour une journée, contre 93 cents en 2001.

L’association Appalachian Prison Book Project qui offre des livres aux détenus expliquait d’ailleurs que, tenant compte de cette moyenne, un prisonnier aurait à travailler 66 heures afin de gagner suffisamment pour lire un livre comme 1984 de George Orwell.
 

Un dispositif inégalitaire alimenté par le profit
 

« Vous tirez profil des personnes les plus marginalisés et les plus pauvres de la société » a dénoncé à son tour David Fathi, de l’Union américaine pour les libertés civiles, qui défend et préserve les droits et libertés individuelles garantis par la Constitution américaine.
 

États-Unis : dans les prisons,
les livres n'échappent pas à la censure


« Ils n’ont littéralement aucune ressource financière. Il n’y a aucune justification pour facturer les gens qui ont envie de lire ou parler à leurs proches. La privatisation de l’incarcération et le motif du profit sont scandaleux. »

Le dispositif est d’autant plus injuste que selon une étude menée dans les années 2000 par l’Université du Texas, 80 % des détenus du pays sont analphabètes et 48 % sont dyslexiques. Les personnes incarcérées mettraient donc plus de temps pour lire, et la lecture facturée à la minute peut alors leur coûter très cher... 

Sans oublier que dans d’autres États, comme le Texas, l’Arkansas, l’Alabama et la Géorgie, les détenus ne sont pas rémunérés à proprement parler pour leur travail, bien que les autorités affirment qu’ils sont indemnisés d'une autre manière. Ces prisonniers ne peuvent donc tout simplement pas s’offrir le luxe qu’est devenue la lecture d’un livre numérique…




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