“Aux oubliées” : envoyer des livres personnalisés aux femmes détenues

Antoine Oury - 07.01.2020

Edition - Société - aux oubliees livres prison - lecture prison - bibliotheque prison


Bibliothèques vétustes, moyens limités, ouvrages défraichis... L'accès aux livres, dans les prisons de France, reste extrêmement difficile. Pour les femmes détenues, la situation est encore pire : les quartiers qui les accueillent sont plus isolés des services de la prison que ceux des hommes. Pour améliorer la situation, l'initiative « Aux oubliées » fait appel aux lecteurs, pour qu'ils fassent parvenir un ouvrage personnalisé, dédicacé, à une détenue.

Street-Art in Rennes #3
(photo d'illustration, Alexandre Dulaunoy, CC BY-SA 2.0)


L'initiative est simple, le geste l'est tout autant, mais il pourrait participer à changer une vie : « Aux oubliées » recouvre une opération de solidarité adressée à toutes les femmes détenues de France. Depuis quelques semaines, les lecteurs sont invités à envoyer des ouvrages, dédicacés par leur soin, qui seront ensuite envoyés à des centres pénitentiaires accueillant des femmes.

La première distribution de livres recueillis aura lieu le 9 mars 2020 à la prison de Fleury-Mérogis. D'ici là, les livres sont réunis, sans limite de volume ni restrictions quant au type de livres envoyés. « C’est tout l’enjeu de l’initiative. [N]ous sommes obligés de nous mettre, ne serait-ce qu’un instant, à la place de ces femmes en imaginant ce qu’elles aimeraient lire, ou du moins ce que nous aimerions lire si nous étions à leur place. Cette réponse vous transformera », indique l'initiative sur son site internet.
 


L'idée provient à l'origine de l'Espagne, sous l'impulsion de Maria Rufilanchas, cofondatrice du studio de design Molaría. Féministe convaincue, militante, elle a persuadé de nombreux lecteurs de partager leurs lectures avec une femme détenue grâce aux réseaux sociaux. Après la première distribution, à la prison Del Soto de Madrid, d'autres ont suivi...

Comme en Espagne, l'initiative française souhaite collecter un maximum de livres pour multiplier les distributions, après celle de Fleury-Mérogis.
 

Les messages au centre de l'initiative


« Aux oubliées » appelle tous les lecteurs à inscrire un message sur la première page du livre envoyé, assurant que ce geste « est le point central de la campagne ». Pour le reste, « [v]ous avez toutes les libertés, alors à vous de choisir… Un livre pour rire, ou bien un autre pour voyager ou pour inciter ces femmes à prendre des décisions importantes à leur sortie ? Fiction ou histoire ? Neuf ou d’occasion ? Essai ou biographie ? Court ou long ? C’est l’exercice de la liberté… Et les livres peuvent également être des livres étrangers, toutes les femmes détenues ne sont pas françaises. »

Le livre peut bien sûr être neuf ou d'occasion, tant qu'il est en bon état. Les livres qui ne seront pas distribués le 9 mars prochain resteront dans la course pour la distribution suivante : autrement dit, aucune limite ne doit être imposée à la générosité.
 


En France, l'opération « Aux oubliées » est coordonnée par Laure Gomez-Montoya, Debora Kahn-Sriber et Karine Vincent, à qui les livres peuvent être envoyés à l'adresse de L'iconoclaste, maison pour laquelle elle assure les relations presse.
 
Il est possible, avec le message de joindre une feuille blanche et ses coordonnées, si la personne qui réceptionne le livre souhaite entamer une correspondance.

Pour participer, les livres doivent être envoyés à l'adresse suivante :
 
Karine Vincent
L’Iconoclaste
c/o Aux oubliées
26 rue Jacob
75006 Paris



Commentaires
Ici, que des coeurs généreux comme tout bons français de souche, péro, des coeurs purs mais aussi naïfs! Je puis vous assurer que depuis des lustres les maisons d'éditions envoient des livres aux détenues et détenus. Parfois, souvent, trop, ils sont détounés. Mettez vous en relation avec une maison d'édition. Et vous saurez. J'ai été visiteur de prison pendant un temps certain, notemment à la santé
C'est passionnant de lire tous ces messages et commentaires. J'en reviens à la question du risque d'échec ou réussite qui accompagne toute action possible. Il y a toujours "les bons" et "les méchants", ceux qui aident à la réussite et ceux qui la font échouer. Ceux qui conduisent "les dons" à destination et ceux qui l'en détournent. C'est humain, tout simplement. Parier sur la réussite me paraît plus créatif. De plus, qui nous dit que tous les empêcheurs de tourner en rond ne puissent changer de stratégie, de sentiment ou d'intérêt? De plus, si l'envoi de livres est abondant, pourquoi une certaine quantité d'eux ne resteraient pas d'office "en prison", peut-être "grâce à la paresse" des magouilleurs, fatigués de les dévier à tous azimuts?



Comment faire pour savoir vraiment ce qui se passe? Qui pourrait nous expliquer et nous orienter sur la voie à suivre pour ne pas échouer. Il doit bien y avoir des gens honnêtes et de bon conseil quelque part, non?
Bonjour Jujube (en apparté est-ce toi le marin que je connais? sans précision!) Tu as bien formulé. A l'époque les bénévoles qui s'occupaient de gérer les bibliothèques étaient très honnètes. Ont-ils dérangés? Existent-t-il encore? Si oui, mettez vous en rapport avec eux. Nous parlons de livres et non de viande ou de roues de gruyère... Dans une manif, quand un toilette était cassé, c'était 600 ou plus qui étaient déclarés...
Bonjour Patrick, j'avais compris que cette démarche était un peu différente de celle des éditeurs qui donnent des livre invendus: ici le livre est offert à une personne (pas à la bibliothèque de la prison - il est à elle) et personnalisé par un petit mot. J'avais compris que la démarche était de créer un lien (même si il n'y a pas d'obligation de correspondance par la suite et que ce lien reste éphémère). Le livre est un prétexte en quelque sorte. Est ce que les autres ont compris la même chose que moi?
Ce post m'a interpellé, je vais envoyer un livre, et peu importe ce qui s'est déjà passé ou se passera, je suis certaine qu'il ira où il doit aller!
Réponse au message d'Aline du 11/02/20:



Oui j'ai compris la même chose que vous. Dès la première lecture: c'était simple et clair. Puis sont venues les dérives, les pertes du fil, les guéguerres et autres diversions pas toujours divertissantes. Bah! L'important est que des livres soient bien arrivés aux oubliées des prisons. C'était l'intention même de l'article.



Bien des lecteurs ont dû capter immédiatement le message. Tant mieux!
Bonjour Aline, je ne sais vraiment pas comment ce service va fonctionner. Je ne suis plus dans le circuit depuis des années. A l’époque pour déposer un livre ou sac de linge à un détenu il fallait une carte de visiteur délivrée par un juge. Impossible à l’époque de l’envoyer par la poste. Mais, je vous assure que les éditeurs ont envoyé régulièrement des caisses de très beaux livres neufs à toutes les prisons pendant des années. Et pas forcement des invendus. Je suis trop vieux et je vis trop loin pour participer. Je ne lis plus de livre papier depuis très longtemps. J’en suis à ma 4 eme liseuse. Je ne lis que des classiques ou autres gratuits sur internet. (ebooks libres et gratuits, par ex.) Strictement aucun sandwich des librairies. Cordialement. Patrick
Patrick, vous avez fait votre part (et surement bien plus que nous tous ici réunis) et je ne doute pas que vous ayez vu des dysfonctionnements ou abus etc... c'est certain. Mon livre est prêt à partir, je m'associe à cette démarche parce que le sort des femmes en prison m'a touchée, parce que les femmes sont souvent maltraitées et j'imagine bien qu'en prison c'est puissance 1000... C'est ma petite part à moi, comme à toutes celles qui participeront. C'est pas grand chose, ça ne va pas changer le sort de ces femmes, mais parfois les petits ruisseaux... grin
Bonsoir, à l'époque je visitais les détenus avec le Colonel Challand de Belval. Décédé, malheureusement. Un homme grand. Et vous ne pouvez pas vous imaginer la spoliation des détenus (es), à tous les niveaux. Je pourrais écrire un livre détaillé. Qu'auqu'un administratif me défie. Des fêtes dans des chateaux. Des chevaux loués pour les détenus bénéficiant de permission qui ne servent qu'aux enfants des surveillants, ça va jusque là... Liancourt.... entre autre.... A l'époque... Aujourd'hui je ne sais pas. Le systéme a-t-il empiré??????????????????????????????????? Les locs des télévisions payaient des voyages au bout du monde, pas au détenus...... A vomir! A la construction de Fleury, des camions de ciment et autre matériaux entraient par la porte et ressortaient par une autre. Les détenus pouvaient percer les murs pour communiquer entre cellules. Les barreaux retenus par rien...... Cassés avec des chaises .... L'humanitaire est un commerce au détriment de ceux qui en ont besoin! Responsable mais pas coupable, le sang contaminé. Et la diablesse directrice ensuite de la croix rouge. Balaise, non? A mon age et avec ma culture je ne crois pas à ceux qui me veulent du bien. Amicalement. Patrick.



Les guerres, les révolutions: les gens s'entretuent entre ceux qui ne se connaissent pas, au profit de ceux qui se connaissent mais qui ne s'entretuent pas. (si fautes, excusez je tape à dix doigts aussi vite que je pense sans me relire, pas envie. )
Amicalement, un petit truc mnémotechnique pour Patrick:



"Le tort tue, dit la torture. Le tord-boyaux aussi, dit ce dernier."
Cela fait deux fois que je viens avec des livres à l'adresse indiquée : portail verrouillé, aucune sonnette, boîte aux lettres trop petite pour y mettre un livre....Comment faire
Bonjour Catherine, en fouillant un peu je m'attendais un peu à ça....



Qui se cache derrière cette initiative ?

À l’origine de cette initiative, une femme fondatrice de la marque sociale espagnole « Teta y Teta » Maria Rufilanchas, responsable de produits féministes qui cherche à désexualiser les seins, à faire en sorte que leur représentation ne soit plus tabou. En France, cette initiative est portée par Laure Gomez-Montoya, Debora Kahn-Sriber et Karine Vincent des femmes engagées pour l’émancipation des femmes…

http://auxoubliees.org/



le site espagnol

https://alasolvidadas.org/



Sachez quand même que les prisons espagnoles ne sont pas les mouroirs français. Les parloirs sont totalement libres depuis des lustres pour les couples. Elles ne manquent pas de livres. Les cantines ne sont pas au triple du prix. Les détenus (es) achètent leur télévision, pas d'obligation de les louer à des prix prohibitifs.



Tapez donc les noms de ces dames, associations en tous genres avec appels aux dons... L'humanitaire ne profite jamais aux nécessiteux!
et si vous trouviez un libraire partenaire, on pourrait lui commander un livre avec un message joint à la commande et il vous le mettrait à disposition.

Deux heureux d'un coup ! grin
Y a t il un lieu à Lyon pour la même initiative ? J’ai de nombreux livres à donner.
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