Avec Clarice Lispector, Fanny Ardant devient envoûtement

Clément Solym - 20.04.2015

Edition - Les maisons - Fanny Ardant - Clarice Lispector - livre audio


Entendre la voix savoureuse de Fanny Ardant, c'est plonger dans un rêve chaleureux où les mots importent peu. La tessiture de sa voix suffit à provoquer la rencontre, le charme et l'extase, dans cet ordre ou un autre, qu'importe. Finalement, il n'y a que Tex Avery pour avoir capté dans une subtilité relative, certes, tout ce que cela peut provoquer.

 

 

 

Et l'on a du mal à patienter pour en parler. Les Éditions des Femmes, fondées par Antoinette Fouque publieront ce 4 mai un livre audio, recueil de lectures de textes de Clarice Lispector. Cette auteure brésilienne née le 10 décembre 1920 est décédée le 9 décembre 1977 à Rio de Janeiro. 

 

Antoinette Fouque avait fondé la collection La Bibliothèque des Voix sur l'idée de créer, à partir du son, une réponse. « La voix, porteuse de naissance et de réminiscence, la voix porteuse de jouissance. La voix qui est l'attente et l'espérance du texte. » Et voici que, parmi les personnalités qui se sont prêtées à ce jeu, surgit donc Fanny Ardant. 

 

Et la voix de Fanny Ardant, qui se marie si bien avec le sourire déconcertant qu'elle est capable de vous décocher. Il est quelque part entre la satisfaction espiègle, et un accomplissement personnel. D'ailleurs, même quand elle lit les textes de Lispector, on l'entend sourire, presque rire. 

 

Les différents ouvrages ont été publiés aux éditions Des femmes – fictions, nouvelles et chroniques de contes, tout cela se retrouve sélectionné habilement, pour emporter le lecteur-auditeur.

 

 

 

 

« Ce qui était arrivé à Ana avant d'avoir un foyer était à jamais hors de sa portée : une exaltation perturbée qui si souvent s'était confondue avec un bonheur insoutenable. En échange elle avait créé quelque chose d'enfin compréhensible, une vie d'adulte. Ainsi qu'elle l'avait voulu et choisi.

 

La seule précaution qu'elle devait prendre, c'était de faire attention à l'heure dangereuse de l'après-midi, quand la maison était vide et n'avait plus besoin d'elle, le soleil haut, chaque membre de la famille réparti selon ses fonctions. Regardant les meubles bien astiqués, elle avait le cœur serré d'un léger effroi, mais elle l'étouffait avec cette habileté même que lui avaient enseignée les travaux domestiques. » Clarice Lispector (Amour, dans Liens de famille)

 

On retrouvera donc les titres suivants : 

 

•  Mes chéries, Lettres à ses sœurs – 1940-1957 (2015, extraits) ;

•  Amour, in Liens de famille (1989, texte intégral) ;

•  Singes, in Corps séparés (1993, texte intégral) ;

•  La Belle et la bête, du recueil éponyme (1984, texte intégral)

 

« Le sentiment de l'exil, l'étrangeté au monde, la mélancolie, que Clarice Lispector exprimait dans les Lettres à ses sœurs, écrites de Berne où elle résidait dans les années 1940, sont la matière même de ses œuvres et se retrouvent dans les nouvelles lues par Fanny Ardant », assure l'éditeur. 

 

Et l'envoûtement est complet. C'est cela qu'il faut affirmer, avant toute chose. Notons que Fanny Ardant a pris part à plusieurs autres ouvrages reprenant des textes de Honoré de Balzac, Charlotte Brontë, ou encore Stefan Zweig.