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Avec Kickstarter, le financement participatif s'impose dans le monde du livre

Laurène Bertelle - 22.06.2017

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Kickstarter est bien connu pour être le site de référence de bon nombre de projets qui ont recours à un financement participatif. De la musique à l'artisanat en passant par la mode et les jeux, le site permet de promouvoir toutes sortes de projets. Mais il est un secteur qui rencontre un succès tout particulier: celui de l'édition. 


kickstarter

(portal gda, CC BY-NC-SA 2.0)

 

17.435, c’est le nombre de projets financés sur Kickstarter dans le secteur de l’édition, de la bande dessinée et du journalisme depuis sa création en 2009. Petit à petit, le site de financement participatif a réussi à se positionner comme un poids lourd dans le monde de l’écrit en influençant de manière significative l’éventail des ouvrages publiés chaque année.

 

Un poids lourd de l’édition

 

Bien sûr, Kickstarter ne se mêle pas directement au marché de l’édition, mais s’impose comme un acteur principal dans le financement de projets éditoriaux. L’édition est d’ailleurs le troisième plus grand secteur du site, derrière la musique et la catégorie cinéma et vidéo, avec 11.330 projets financés depuis la création en 2009, peut-on lire sur les statistiques officielles du site. En 2016, le site atteignait d’ailleurs les 100 millions de dollars de financement dans sa catégorie édition. 

 

Selon un article du Guardian de septembre 2016, Kickstarter avait financé en 2015 quelque 1.973 projets dans la catégorie édition et 994 projets de bande dessinée, soit un total de 2.967 projets. Un chiffre qui plaçait le site de financement participatif au même niveau que certaines des plus grandes maisons d’édition du monde. En comparaison, Simon & Schuster sort environ 2.000 titres par an, selon Publishers Weekly.

 

En 2016, les chiffres ont légèrement baissé, mais restent tout à fait honorables. Selon Publishers Weekly encore, en 2016, 32,6 % des 5.617 projets d’édition ont atteint leur budget, amassant environ 20 millions $ (contre 22 millions de 2015). Dans la catégorie BD, c’est 58,7 % des 1.087 projets qui ont atteint le financement nécessaire, soit 12 millions de dollars (contre 13 millions en 2015).

 

Une solution alternative aux maisons d’édition « mainstream »

 

Margot Atwell, qui s'occupe des pôles édition, bande dessinée et journalisme chez Kickstarter, est toutefois formelle : le site ne remplace en aucun cas le rôle d’un éditeur. « C’est simplement un outil de plus qu’un auteur ou un éditeur peut utiliser pour créer un lien avec les auteurs et promouvoir leurs livres », déclarait-elle en septembre 2016 pour The Guardian


Le choix du financement participatif attire le plus souvent des projets originaux, décalés, et très divers. ActuaLitté avait déjà récemment mis en lumière un projet de livre de recettes partagées par des réfugiés, qui a amassé en avril dernier plus de 97.000 $, ou encore une anthologie de science-fiction en hommage à George Orwell, qui a réussi à obtenir plus de 22.000 £ alors qu’elle n’en demandait que... 2.500.

Mais la Palme revient à Good Night Stories for Rebel Girls, un livre pour enfants regroupant les histoires de 100 femmes inspirantes, qui avait réussi, en 2015, à amasser 1 million de dollars en l'espace de quatre mois, se plaçant à l'époque comme le meilleur projet éditorial de l'histoire du site. Pas moins de 20 000 contributeurs, venus de 71 pays différents, avaient apporté leur participation. 
 

Le monde manque d'empathie aujourd'hui, et je crois vraiment que la littérature a le pouvoir de la ranimer


Alors, pourquoi un tel succès? Le constat de Margot Atwell est que Kickstarter permet de soutenir et de faire entendre des voix sous-représentées par les maisons d'édition dites "mainstream". Selon elle, Kickstarter permet aux personnes « de tout horizon possible d’avoir l’opportunité de partager leurs histoires, et de trouver des histoires qui leur parlent », rapportait Publishers Weekly.

 

Et d’ajouter: « Je pense que c’est important pour les gens de rechercher des histoires qui leur semblent différentes, peu familières, pour qu’ainsi ils puissent mieux comprendre et avoir de l’empathie pour les autres. Le monde manque d’empathie aujourd’hui, et je crois vraiment que la littérature a le pouvoir de la ranimer. »