Avec la guerre des salons Turin-Milan, “nous risquons une honte internationale”

Nicolas Gary - 12.09.2016

Edition - International - Italie Dario Franceschini - salons Turin Milan - éditeurs manifestation littéraire


La tentative de conciliation entre les éditeurs et organisateurs des salons de Milan et de Turin doit intervenir sous peu. Le ministre de la Culture, Dario Franceschini, a une lourde tâche : trouver un terrain d’entente, alors que la guerre est déclarée...

 

Dario Franceschini - Frankfurt Buch Fair

Dario Franceschini (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

D’un côté, Turin, salon historique. De l’autre, Milan, regroupant les grands groupes et les éditeurs de poids – et porté par l’AIE, Associazione Italiana Editori. Rapidement, l’affaire a tourné à l’affrontement entre les éditeurs indépendants, pour qui Turin est salutaire, et les groupes éditoriaux, soucieux de s’offrir leur propre manifestation. Et comme pour s’assurer d’enterrer Turin, Milan a présenté des dates pour le mois d’avril, plutôt ennuyeuses

 

Alors voilà : pour protéger Turin, un groupe s’est créé, une association décidée à faire perdurer l’événement. « Nous ne sommes pas des dissidents, mais uniquement des éditeurs. Nous ne nous opposons pas à l’AIE ni à la foire de Milan », explique Gaspare Bona de Instar Libri et Blu Editore. « Mais nous soutenons le Salon de Turin. » Car le risque, que chacun souligne, est de voir deux événements organisés à peu de temps d’intervalle, cannibaliser les forces d’une édition italienne pas vraiment au top de sa forme. 

 

D’ailleurs, l’Alliance internationale des éditeurs indépendants avait fait part de ses craintes, justement, pour les petites maisons. « Les collectifs d’éditeurs indépendants, FIDARE et l’ODEI, pour qui Turin est un salon phare dans l’année, appellent les organisateurs de la future manifestation milanaise à ne pas venir concurrencer le salon de Turin, à préserver la bibliodiversité en Italie. »

 

La Fabbrica del Libro, société organisatrice du Salon de MIlan

 

On ignore encore comment l’affaire tournera à l’avenir, mais d’ores et déjà, Dario Franceschini redoute cette cohabitation. « Nous sommes parmi les pays qui lisent le moins en Europe, avec un marché petit et fragile, en regard de ceux des autres pays. Un marché que l’on doit élargir, ce qui a été jusqu’à présent notre travail. Unir, plutôt que diviser, faire front commun. La dernière étape fut d’entrer comme participants à la Fondation de Turin du Salon du livre, en février dernier. Un signal d’investissements publics, avec le financement privé, pour le livre et la promotion de la lecture. »

 

Un projet commun à Milan et Turin ?

 

Sauf que les gros éditeurs, en ouvrant leur propre salon, mettent à mal cette perspective de développement. Dario Franceschini tentera de porter le projet, auprès des deux organisations, « d’une grande Foire qui combine Milan et Turin, avec la même gouvernance et donc la même société. [...] Et les deux ministères pourraient également apporter un engagement financier plus important », précise-t-il. Comprendre : celui de la Culture et celui de l’Éducation.

 

Car pour l’heure, ce qui a été présenté de Milan n’est pas convaincant. « L’AIE n’a pas fait preuve de la plus grande politesse envers les institutions. [Les deux ministères] sont entrés dans la Fondazione en février. Peu de temps après, l’AIE annonce vouloir ouvrir une foire à Milan » observe-t-il. « Nous risquons une immense honte internationale », avec des conséquences à plus long terme.

 

« Quelle importance avons-nous, par rapport à la Foire de Francfort ou celle de Londres ? Nous avions un Salon certes plus modeste, mais qui depuis 30 ans jouit d’une bonne réputation en Europe. Une marque nationale reconnue, qui se trouve maintenant affaiblie par la naissance d’une autre foire, opérée 4 semaines plus tôt, et à 150 km de distance. »

 

Que pourraient comprendre les autres professionnels européens ? « Si l’on regarde de l’extérieur, qu'est-ce qu’ils voient ? Un petit marché, fragile, incroyablement divisé entre deux salons et en compétition l’un avec l’autre. »

 

La médiation de ce 12 septembre sera importante, réunissant à huis-clos les deux ministres, Dario Franceschini et Stefania Giannini, avec le président de l’AIE, Federico Motta, les maires de Turin et Milan, Chiara Appendino et Giuseppe Sala — ainsi que les présidents des régions du Piémont et de Lombardie.  

 

via La Repubblica