Avec la littérature jeunesse, Versant Sud s'est amusé à filer Les Pétoches

La rédaction - 31.01.2017

Edition - Les maisons - littérature jeunesse peur - éditions Versant Sud - collection Les Pétoches enfants


La maison belge Versant Sud avait ouvert sa filiale jeunesse en 2001, à l’initiative d’Élisabeth Jongen. Immédiatement, la collection Les Pétoches affirme une identité forte, tournée bien entendu autour de la peur. Mais avant tout pour apprendre comment apprivoiser cette émotion. Seize ans plus tard, la maison a parfaitement pris ses marques...

 

 

La valise d'Osvadlo, par Alessandra Vitelli d'après histoire d'Emma Anticoli Borza.

 

 

Quinze ans après sa création, la maison d’édition Versant Sud se lance en littérature de jeunesse et met en avant des univers artistiques riches et variés pour le plaisir des petits et des grands. Voyage au cœur de trois albums observant cette démarche esthétique avec laquelle les lecteurs devront désormais compter. 

 

Ainsi, dans la collection “Les Pétoches !”, parcourons deux albums : Clac, la trappe du Français résidant en Belgique Loïc Gaume et L’histoire de Maître Oiseau et des villes en fuite du Russe Arseniy Lapin.

 

Malgré ses intentions avouées de “foutre les jetons”, la collection ne nous emporte pas ici dans une atmosphère effrayante, mais plutôt mystérieuse et surprenante. Avec Clac, la trappe, Loïc Gaume nous propose une histoire amusante rythmée par une comptine qui claque et qui swingue et qui nous annonce la disparition successive des personnages dans le grenier… au fond du grenier, une fête bien orchestrée ! Premier album de l’auteur, nous y découvrons un graphisme épuré et expressif, qui rappelle parfois quelques trois brigands bien connus en littérature de jeunesse.

 

Arsenyi Lapin, d’abord actif dans le milieu du dessin animé, nous propose quant à lui une histoire assez convenue de conquête du monde que quelques héros s’apprêtent à contrer. Si le scénario peut sembler banal, c’est sans compter une imagination débordante qui nous emmène à la rencontre de baleines cultivatrices, de villes qui se mettent à marcher, de sirènes qui nagent et qui volent…

 

Pas de morale rébarbative, mais de la poésie et de l’innovation, que nous retrouvons également dans l’album hors-série signé Kitty Crowther que nous ne présentons plus. Avec Jan Toorop, le chant du temps, l’auteure et illustratrice confirmée nous dresse un incroyable portrait du peintre hollandais d’origine indonésienne Jan Toorop (1858-1928), maillon entre les mouvements picturaux tels que le symbolisme, l’orientalisme et l’art nouveau.

 

 

 

Il est incroyable de découvrir la manière dont l’illustratrice s’est imprégnée de l’œuvre du peintre pour illustrer cette vie entre Asie du Sud Est et Europe du Nord. Les citations de l’œuvre de Toorop sont nombreuses et sans équivoque et force est de constater que le style pictural du Hollandais convient parfaitement à la patte crowthérienne.

 

Lignes courbes multiples et parallèles, visages expressifs, végétation luxuriante sont autant de points communs. Symbolisme et onirisme se mêlent aux confins du rêve et de la réalité, et à l’instar d’œuvres de Toorop comme Les trois fiancées ou La nouvelle génération, certaines illustrations de Kitty Crowther conservent cet hermétisme mystérieux propice à l’interprétation multiple. « Un dessin, c’est comme un horizon : il y a toujours quelque chose derrière. » 

 

Au fil des pages, nous découvrons de grands et larges paysages, des portraits imbriqués, des couleurs tantôt vives et très présentes, tantôt réduites à quelques dominantes de ton… Les explorations intérieures du peintre par Kitty Crowther confirment la volonté de Versant Sud d’offrir aux jeunes et moins jeunes lecteurs, un accès au “beau”.

 

Si l’album de Kitty Crowther s’adresse à tout âge, l’album de Loïc Gaume conviendra aux petits dès 4 ans, et celui de Lapin dès 6 ans. Il ne nous reste qu’à espérer que la diffusion encore fort limitée de ce “nouvel” éditeur pour la jeunesse, ira croissant.

 

Natacha Wallez

 

Avec Le Carnet et les instants