Avec les critiques de livres en vidéo, Youtube offre un espace privilégié

Clément Solym - 30.06.2016

Edition - Société - critique livres vidéo - Youtube Booktubers interneta - conseils lecture livres


Les booktubeurs incarnent la tendance nouvelle : suivant le mouvement global de chaînes et d’émissions sur le réseau Youtube, les critiques de livres 2.0 sont sur internet. Et ils se filment en train de parler de leurs lectures, donner des conseils, et ainsi de suite. Les réunir en communauté avait donc du sens : depuis un an, Youboox Network les réunit pour mieux faire profiter des conseils et recommandations.

 

 

 

Selon une étude sur les jeunes (7 à 19 ans) et la lecture, le rôle des booktubeurs serait encore à la marge, mais se détecte malgré tout. 5 % des 1500 répondants interrogés par le Centre national du livre reconnaissent avoir consulté une vidéo de booktubeurs. Leur apparition découle de ce que le support blog commençait à être délaissé. Mais ils coïncident également avec l’apparition des chaînes Youtube – la filiale vidéo de Google. Des blogs littéraires aux chaînes de critiques, l’évolution semble compréhensible. 

 

Si la télévision place des livres partout dans ses émissions, et négligeait donc la littérature, internet occupe assez facilement les espaces laissés vacants. Les impératifs d’audimat, pour les internautes produisant leurs contenus, ne sont pas ceux des chaînes publiques ou privées.

 

L'évidence de Youtube

 

Or, voilà quelque temps qu’un mouvement semble gagner l’édition : l’engouement pour les booktubers. À l’instar des blogueurs qui furent un temps brandis comme les maillons salutaires (et gratuits...) de la communication, les temps ont donc changé : le blogueur maintenant réclame à être payé, pour faire la pub d’un livre, et de toute manière, on préfère la pub en vidéo. D’ailleurs, la mention « Vu sur Youtube » ne manque pas de faire son apparition dans les plans de communication...

 

Bruce Benamran, scientifique et auteur de L’écrivain youtubeur (Marabout), anime sa chaîne depuis des années. « Le recours à Youtube, c’était une évidence pour être suivi, développer une communauté », expliquait-il à lors du Salon du livre de Genève, en avril dernier. Youtubeur décidé à faire aimer les sciences aux internautes, le choix de l’outil était évident. « Il n’y a pas de communauté à développer sur Dailymotion : ce que l’on cherche avant tout, c’est parler aux internautes. »

 

La société Youboox, qui propose une formule de lecture par abonnement, compte aujourd’hui une quarantaine de Booktubers au sein de son réseau. « Il s’agit de permettre aux abonnés de l’application Youboox de découvrir l’avis des lecteurs confirmés et ainsi de tisser un véritable réseau autour de la passion du livre », assure Hélène Merillon, fondatrice. 

 

En montant ce partenariat avec les Booktubeurs, Youboox met par ailleurs en place des accords spécifiques, comme un accompagnement dans la professionnalisation. « Cela passe autant par des conseils sur le contenu de leurs publications que par une aide juridique lors des signatures de contrats. » 

 

Rappelons que le Syndicat national de l’édition avait lui-même regardé avec bienveillance l’éclosion de cette critique vidéo en ligne : « Le caractère amateur de ces vidéos a toute son importance. Il est garant de la simplicité du message et de la sincérité du lecteur, mais aussi du partage intime de son amour pour les livres. Souvent, d’ailleurs, les vidéos sont tournées dans le lieu de lecture qu’est la chambre. »

 

Pour autant, personne ne s’y trompe : « Les blogueurs littéraires furent une manne pour le livre, voilà quelques années. Les Booktubeurs leur succèdent logiquement. On aura bientôt les Snapchateurs, on aurait pu avoir les Tumblreurs ou les Facebookeurs, et ainsi de suite », observe un professionnel. 

 

Si la télévision est encore très sollicitée par les jeunes, sur internet, ils retrouvent les codes télévisuels, à travers les émissions brèves que les Youtubeurs proposent. Les Booktubeurs sont à rapprocher des pastilles livres dédiées, que la télévision n’a plus le temps de diffuser – ou les moyens. Une simple translation dans les usages, en somme.