Avec les mooks, "nous sommes assis sur un trésor" Adrien Bosc (revue Feuilleton)

Claire Darfeuille - 12.04.2014

Edition - Société - mooks - magazines - littérature


On ne leur reproche que leur nom… Les Mooks, ces revues à mi-chemin entre le livre et le magazine, sont les invités incontournables du festival Littérature & journalisme qui se déroule actuellement et jusqu'à dimanche à Metz. Feuilleton, Desports, France Culture Papier, 24h01 et la Revue dessinée répondent à une même urgence : prendre le temps !

 

 

Street Fighter III 3rd Strike Mook
Sklathill, CC BY SA 2.0

 

 

Le dernier né est belge et se porte bien. 24h01 lancé il y a six mois est un succès colossal à l'échelle du territoire belge. 3 700 exemplaires du 1er numéro ont été écoulés pour une population francophone de 4,5 millions d'autochtones. Ses heureux parents envisageraient même « d'exporter la belgitude en France », confie le directeur de la publication Olivier Haugslutaine. A condition de trouver un diffuseur qui leur offre « un modèle soutenable pour une petite maison » et non un tirage de 6 000 exemplaires dont les invendus partiraient au pilon comme il leur a déjà été proposé…

 

Un mook classieux tinté d'humeur belge

 

«Notre histoire est romantique et rebelle », raconte Olivier Haugslutaine, celle de dix copains autour d'un barbecue qui constatent que plus aucun d'entre eux n'est abonné à un titre, pas même au quotidien Le soir. Ils rassemblent les bonnes volontés et via un crowd funding 10 000 euros, l'imprimeur offre le premier millier d'exemplaires à prix coûtant, un partenariat est conclu entre l'équipe de professionnels à l'initiative du projet et une école de journalisme pour embarquer les meilleurs étudiants.

 

Leur challenge sur 200 pages sans pub, lutter contre « l'infobésité », leur mot d'ordre un proverbe catalan « Après une inondation, ce qui manque le plus, c'est l'eau potable », leur ton « teinté d'humeur belge ». L'accueil est fulgurant. A Paris, il est en vente à la librairie Wallonie Bruxelles, comme il se doit.

 

Play boy publie les meilleures feuilles de Mme Bovary

 

Autre histoire, même élan dans les sous-sols de la maison d'édition Allia qui publie tout d'abord une collection de grands reportages traduits à 3 euros, puis s'inspire de la prestigieuse revue anglaise Granta pour créer Feuilleton en 2011. La revue abrite les reportages de grandes plumes, trop longs pour les journaux, trop courts pour un livre, ainsi que des nouvelles. Hunter Thompson, Norman Mailer, Alice Munro… Un réservoir inépuisable de grands textes à faire découvrir en France.

 

«Nous sommes assis sur un trésor !» se réjouit Adrien Bosc, directeur de la publication, qui rappelle que les journaux US ont été un laboratoire du roman américain et que le décloisonnement a du bon : «Play boy a par exemple publié les meilleures feuilles d'une traduction de Mme Bovary...», note-t-il. Un tiers des articles est par ailleurs confié à des auteurs contemporains, dont le regard est «nécessaire pour comprendre le réel».

 

Books, un magazine cher et un mook pas cher

 

Les fondateurs de Books ne le contrediront pas, eux qui ont pris le parti de « parler du livre pour parler de tout ». Vendu en librairie et en kiosque, Books traite l'information à travers l'actualité éditoriale internationale. Son équipe de journalistes traducteurs s'appuie autant sur les essais que sur les romans pour « aider à comprendre le monde qui nous entoure ». Avec 15 000 numéros écoulés chaque mois, dont 6 000 abonnements et 2 000 ventes à l'export, le magazine que son éditeur Louis Dumoulin définit comme un « magazine cher et un mook par cher » (9,80 euros) semble avoir trouvé son public.

 

France culture papier est né d'une défaillance technique

 

C'est en échouant à podcaster une prise de bec entre Michel Houellebecq et Alain Finkielkraut -l'un assure à l'autre que Picasso est un "mauvais peintre"- que Jean-Michel Dijan à l'idée de transformer France Culture en journal « pour ceux qui n'ont pas le temps de l'entendre ». Sa "fulgurance" s'avère un modèle efficace.  « Nos lecteurs ne sont pas forcément nos auditeurs », constate ainsi le rédacteur en chef de France Culture Papier qui cumule les bonnes surprises.

 

La version papier, qui puise dans les 2 200 heures d'émission par trimestre de France Culture, a séduit 20 000 lecteurs et connaît une croissance de ses abonnements de 30 % à chaque nouvelle parution. Diffusée en kiosque et en librairie (par Bayard), elle bénéficie de la publicité sur les ondes de la radio mère, mais sait aussi trouver des sujets originaux comme "la polyandrie en Inde", propose des interviews en avant-première (avant leur diffusion sur France Culture) et une prolongation multimédia des articles sous forme de flash code.

 

De l'info toute en bulles

 

Montée par un collectif d'auteurs de BD, la Revue dessinée qui paraît depuis cet automne, vise à «raconter le monde à travers le dessin». Elle entend aussi prendre le temps, celui nécessaire au dessin et à l'enquête. L'association entre journalistes exigeants et dessinateurs comble les attentes d'un lectorat attaché au graphisme et soucieux d'un traitement plus approfondi de l'actualité. 

 

Le premier numéro s'est écoulé à  20 000 exemplaires et elle compte 2 000 abonnements. Elle est déjà impatiemment attendue, comme l'atteste le journaliste Sylvain Lapoix qui a travaillé avec le dessinateur Daniel Blancou sur les gaz de schiste : «A peine achevées les 200 pages, les lecteurs me demandaient quand sortait la suite». Tout dépendra de l'indispensable équilibre économique, car produire de la BD coûte cher…

 

Du sport et des méninges

 

Loin d'être échaudés par leur coup d'essai, certains poursuivent l'aventure du mook. Ainsi, Adrien Bosc explique la naissance de Desports, revue sportive au format livre et dont l'élégance est un "pieds de nez» à ceux qui n'envisagent le récit sportif que dans une feuille de chou, «après le n° 2 de Feuilleton, nous n'étions pas ruinés, alors nous avons sorti Desports, le premier magazine de sport à lire avec un marque-page, et nous ne sommes toujours pas ruinés ! ».