Avec les promotions, “on est en train de tuer le marché du livre numérique”

Clément Solym - 27.11.2017

Edition - Les maisons - abonnement numeriklivres livres - Club livres lecture - campagnes promotion ebooks


Plus de 500 livres en polar, thriller, romance, jeunesse, science-fiction ou fantasy, sont présents dans le catalogue des éditions Numeriklivres. Pour accroître son champ d’action, l’éditeur décide de mettre en place une offre d’abonnement, sans engagement, pour découvrir l’ensemble des auteurs et de leurs livres.



 

 

L’abonnement a fait grand bruit en France, lorsqu’un certain Kindle Unlimited a décidé de se lancer. À l’époque, la présence de livres Harry Potter met notamment le feu aux poudres : comment une offre d’abonnement avec lecture illimitée peut-être être compatible avec le prix unique du livre numérique ? Réponse : elle ne l’est pas. 

 

Une grande médiation débutera, menée par Laurence Engel, alors Médiatrice du livre, pour aboutir à une conclusion simple. Les solutions d’abonnements peuvent exister, mais les éditeurs doivent fixer un prix de « vente » à la page, dans le cas où l’offre réunit plusieurs maisons : c’est la fin de l’illimité pour l’ebook. 

 

Si en revanche l’on a affaire à une offre portée par un éditeur seul, alors aucune difficulté : le prix de l’offre d’abonnement est bien établi par l’éditeur, dans le respect de la loi.

 

Les bouquets d’ebooks : les acteurs ont enterré l’illimité
au profit de l’abonnement

 

Or, dans le même temps, les opérateurs américains qui avaient porté l’offre illimitée sont largement revenus de leur projet. Difficilement rentable, cette solution a été repensée par ceux qui n’avaient pas les moyens de se lancer dans un dumping féroce. Moralité, l’abonnement a commencé à se structurer autour de packs où les clients disposent alors d’un nombre limité de livres numériques, audio et comics, à consulter chaque mois.

 

Étonnamment, c’est donc le modèle décidé en France qui s’impose : la société Scribd, connue pour son offre illimitée concurrente de Kindle Unlimited, se replie sur des crédits de lecture – économiquement plus viable.

 

Un abonnement maison
 

C’est dans ce contexte que les éditions Numérilklivres dévoilent le Club NL, qui propose, pour 5,99 € durant 3 mois, puis 7,99 €, leur abonnement. Le Club propose de recevoir :
 

• 2 ebooks (format EPUB et Kindle) de votre choix tous les mois y compris les nouveautés dès le premier mois de l’abonnement,

• 1 livre au format papier de son choix, y compris les nouveautés à s’offrir ou à offrir tous les trois mois dès le troisième mois de l’abonnement 

• Un code promo associé à votre adresse email vous donnant droit à 5 % de remise en permanence sur l’achat de livres au format papier depuis le site

 

Bien entendu, des informations en avant-première seront communiquées, mais également des invitations envoyées pour des rencontres, dédicaces, et autres événements. 

 

Vendre des livres numériques :
le marketing à l’épreuve des balles

 

L’éditeur Jean-François Gayrard assure qu’avec cette nouvelle solution, « rien ne changera pour Numériklivres : nous maintenons nos titres chez les acteurs de l’abonnement – à l’exclusion de Kindle Abonnement, dont nous sommes absents volontairement. Il s’agit ici de remercier nos lecteurs les plus fidèles et de focaliser l’attention sur notre offre ».

 

Le danger de la remise pour l'édition numérique
 

Loin des solutions de financement participatif « qui servent souvent à compenser des pertes de trésorerie, c’est une manière de soutenir un éditeur indépendant, alors que la manie des ebooks en promotion se généralise ».

 

Pas vraiment la première fois que la maison tente d’alerter sur ce qui devient un véritable problème. « Nos livres sont vendus à 5,99 €, un tarif média pour payer les auteurs, l’entretien du site, l’édition, la relecture, etc. Si l’on vend à 99 centimes, ou 1,49 €, il faut écouler de dizaines de milliers d’exemplaires pour s’en sortir. Et sans un auteur phare, c’est impossible ».

 

Les campagnes de réductions qui se multiplient « participent de la dévalorisation du prix de vente des ebooks, et du format par conséquent », insiste Jean-François Gayrard. « Elles font d’ailleurs disparaître toute forme de médiation sur les œuvres : les opérations promotionnelles prennent l’ascendant sur l’éditorialisation sur les sites de vente. Mais il ne faut pas confondre être téléchargé et être lu. Avec un ebook à 99 centimes, on achète, et l’on oublie trois mois plus tard, sans l’avoir ouvert ».

 

De quoi constater, avec une certaine tristesse, « que l’on est en train de tuer le marché. Les éditeurs historiques et l’autopublication ont grandement participé à cela. Les premiers parce qu’ils ne se sentent pas vraiment concernés, les seconds parce que leur impératif est de figurer en première place dans les classements d’Amazon... pour espérer souvent trouver une place chez un éditeur traditionnel. »

 

"Il y a un danger à continuer
de tirer les prix des ebooks vers le bas"

 

Pour les éditeurs 100 % numériques, l’impression à la demande fut déjà l’une des conséquences directes de cette situation, avec l’obligation d’élargir le modèle économique. « Cela ne suffira pas forcément : beaucoup d’éditeurs fermeront à cause de ce piège de la promotion. »