Avec Millenium, Stieg Larsson empoisonne Hollywood

Clément Solym - 27.07.2009

Edition - Société - Millenium - Stieg - Larsson


La trilogie de l'auteur suédois ne fait pas encore de vagues dans le paysage éditorial d'outre-Atlantique, simplement parce que les critères du roman noir y sont clairement définis : le privé, avec son chapeau et son imper, son whisky au petit matin, des cigarettes et des cafés en guise de repas... Tout le contraire de ce que l'on trouve dans Millenium. Car Stieg s'est ancré dans une modernité époustouflante, et sa Lisbeth tient plus du cyberpunk que du Colombo.

Noir, c'est noir, mais un petit espoir

Alors que le second volume sort cet été aux États-Unis, preuve que tout de même ça ne va pas trop mal, la rumeur d'un rachat des droits pour une version hollywoodienne continue son bonhomme de chemin. On a parlé de Brad Pitt - ce dernier convoitant le rôle de Mikael Blomkvist, évidemment - on y ajoutera désormais George Clooney ou Johnny Depp, mais les réalisateurs ne sont pas de reste, puisque Tarantino, Ridely Scott (le papa des Aliens) ou... Martin Scorsese feraient des appels du pied à Søren Stærmose, le Danois qui détient pour le moment les droits de l'adaptation cinématographique.

Avec 12 millions d'exemplaires vendus dans le monde, le potentiel hollywoodien n'échappe donc pas aux grosses pointures. Et dans les semaines qui viennent, on risque d'assister à une recrudescence de stars qui potasseront Millenium comme un scénario plus que potentiel. Durant la Foire du livre de Francfort, les félicitations ont fusé, et la célébrité du film s'est définitivement installée.

Un potentiel... mais quid des références ?

Pourtant, le Guardian pointe deux éléments qui empêchent, ou empêcheraient, le bon déroulement de cette opération nécessairement juteuse. D'abord... le livre n'est pas encore aussi célèbre outre-Atlantique qu'en Europe ; ce ne n'être qu'une question de temps... autant que la mayonnaise pourrait ne jamais prendre. Du reste, le titre du premier tome, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, devenu The Girl With the Dragon Tattoo en anglais entame déjà une trahison de traducteur. Le risque de perdre les fans est grand. Ensuite... les livres sont ancrés dans un contexte européen du nord assez peu connu pour les États-Unis : sauf cas rare, l'Amérique s'ennuiera assez vite...

Mais l'autre point, c'est la mort soudaine de Stieg, et les difficultés qu'elle engendre, justement dans la gestion des droits : son père et son frère ont hérité de tout, au détriment d'Eva Gabrielsson qui partageait sa vie. Et protégée qu'elle fut des ennemis que Stieg se faisait, elle est aujourd'hui quelque peu démunie, aucune preuve ne subsistant de leur vie commune. Même les testaments jouent contre elle. L'affaire a divisé le pays et le reste de l'Europe, sans parler de cette affaire de quatrième manuscrit, inextricable. Un livre qui serait « tout aussi difficile à finir aujourd'hui que de terminer un tableau de Picasso », estimait Eva : c'est oublier que les faussaires se comptent par milliers peut-être.

Eva fait sa mauvaise tête

Des choses que l'on sait, et qui reviennent indéfiniment, autant que les cigarettes et le café qu'absorbait Stieg, véritable drogué du travail. Si la famille Larsson attend qu'Eva prenne part avec eux aux décisions d'adaptations, pour le moment, cette dernière serait « noyée dans sa colère », clament père et fils. Alors que des millions de fans attendent de revoir Lisbeth, celle-ci serait alors suspendue aux lèvres d'une femme qui n'aime pas ces hommes.