Marina Berlusconi particulièrement fière de posséder Mondazzoli

Nicolas Gary - 12.10.2015

Edition - International - Marina Berlusconi - RCS Libri - Italie édition


L’annonce d’un accord entre RCS MediaGroup et Mondadori pour la vente de la filiale RCS Libri a fait l’effet d’une bombe. Laquelle a mis du temps à frapper le sol italien, puisque les négociations avaient débuté en début d’année. Pour 127,5 millions €, Marina Berlusconi, patronne de Mondadori, s'offre le groupe concurrent, au point de détenir 40 % de l’édition italienne. Une transaction qui la satisfait plutôt.

 

Marina Berlusconi

 

 

« Nous sommes particulièrement fiers de cette opération », assure la fille aînée du Cavaliere, présidente de Mondadori et de la holding familiale, Fininvest. « C’est un investissement majeur dans un secteur noble et tout particulier. » 

 

Le ministre de la Culture italien, Dario Franceschini, publié chez Bompiani [maison qui fait partie du groupe ECS Libri], a pour sa part réitéré ses inquiétudes. Cette transaction représente « un risque pour un marché du livre sensible », répète-t-il, tout en assurant que le gouvernement n’interviendra pas dans cette affaire. 

 

Mais ces préoccupations n’y changent rien : Marina Berlusconi est devenue la vedette de la presse italienne, et soudainement une grande spécialiste du secteur éditorial. « Mondadori, dont ma famille est propriétaire depuis 25 ans, reprend une optique de développement, et opère une étape cruciale vers une plus grande stabilité », poursuit-elle. Et d’évoquer une concentration nécessaire alors qu’en Italie « les opérateurs sont beaucoup plus petits que dans les autres grands pays ».

 

De fait, si le regroupement Mondadori/RCS Libri représentera 40 % du secteur de l’édition, le chiffre d’affaires de 2014, pour l’ensemble du marché, était de 1,2 milliard €. Le nouveau géant a même été baptisé Mondazzoli dans la presse, en référence à la maison Rizzoli, figure de proue de RCS Libri.

 

Pour la présidente, l’industrie va disposer d’un socle plus solide et plus compétitif, avec de nouvelles ressources à même de renforcer la position face à des groupes étrangers. Et même contre des acteurs « particulièrement agressifs, comme Amazon ». 

 

"Une nécessité [...] un acte de foi dans le livre"

 

Face à elle, un certain Umberto Eco, publié chez Bompiani, n’était pas vraiment de cet avis. Lui avait plutôt à l’esprit la constitution d’un redoutable monopole. « Notre modèle est celui d’une fédération des éditeurs, très différents les uns des autres, chacun avec son indépendance éditoriale, et liés par l’utilisation de services communs », se défend Marina Berlusconi.

 

Et de rappeler que la tendance est identique, partout dans le monde, avec la fusion de Penguin Random House à travers le monde, ou encore Gallimard, qui, en France, a racheté Flammarion. « Aujourd’hui, vous devez vous concentrer sur le travail que vous faites le mieux. Et les livres, Mondadori sait les faire très bien, c’est une activité qui a fait sa fortune, la plus ancienne et la plus solide. »

 

Marina Berlusconi matraque : « Nous sommes éditeurs, chez Mondadori, pas depuis hier, mais depuis 25 ans, et je pense que cette longue histoire démontre clairement quel type d’éditeurs nous sommes et le respect, le plus grand respect, que nous avons toujours eu pour le droit d’auteur, la liberté et le pluralisme. »  

 

« Une nécessité », donc, voire, « un acte de foi dans le livre, mais aussi en l’Italie, en la créativité, l’intelligence et le désir d’apprendre et de s’émouvoir des Italiens », embraye la présidente. 

 

Elle aura beau tenter de rassurer, le marché italien ne semble pas même lui donner raison : en 2014, six Italiens sur dix n’avaient pas lu de livre. Et pour beaucoup d’observateurs, ce mariage n’aurait pas dû, et ne devrait pas, avoir lieu. Après avoir progressivement dominé les chaînes de télévision et une grande partie de la presse, la famille Berlusconi prend ici un ascendant évident sur le secteur de l’édition.

 

On parle d’ailleurs d’un « dimanche maudit », en allusion au 4 octobre, où l’accord a fini par être obtenu. Dans un secteur qui chaque année perd non seulement des lecteurs, mais par conséquent des revenus, cette concentration ne rassure personne. 

 

(via Economia Finanza, Huffington post, Il manifesto)