Avec ses écrivains et journalistes, la Chine prend le parti du contrôle

Clément Solym - 14.05.2012

Edition - International - Murong Xuecun - Sina Weibo - Chine


Les autorités chinoises font toujours référence en matière de contrôle de l'information et de l'expression. Non contente de barrer régulièrement l'accès aux micro-blogs de la plate-forme Sina Weibo, très populaire en Chine, le comité de censure de Li Changchun s'est octroyé les colonnes du Beijing Daily, un journal national. Un comportement dénoncé par la rédaction, et bon nombre d'écrivains dissidents, dont Murong Xuecun. 

 

Le 4 mai dernier, les Chinois ont assisté une nouvelle fois à un bel exercice de désinformation : le Beijing Daily, un journal national, a publié un éditorial incendiaire consacré au comportement des États-Unis dans l'affaire Chen Guangchen. Toujours en attente d'un passeport, cet avocat aveugle a échappé aux griffes des censeurs au cours d'une évasion digne d'un Daredevil en grande forme. 

 

 

À minuit, le lendemain, le Beijing News, un autre journal régulièrement utilisé malgré lui par la propagande communiste, a publié sur Sina Weibo la photo d'un clown triste, suivie de la phrase « Dans le silence d'une nuit profonde, nous enlevons le masque de l'insincérité et nous disons à nos moi véritables « Je suis désolé ». Bonne nuit. » Celle-ci, pour sûr, risque d'être agitée.

 

Le site Sina Weibo, une sorte de réseau social, reste l'un des derniers bastions, constamment attaqué, de la liberté d'expression et de la critique du système politique. Il y a à peine une semaine, le compte de l'écrivain Murong Xuecun, de son vrai nom Hao Qun, a été tout simplement suspendu malgré ses 1,8 millions d'abonnés. « Je n'ai encore jamais été "invité à boire le thé" par la police. Et ils ne sont jamais venus chez moi. Mais nous ne pouvons pas y échapper, donc il faut que chacun, ensemble, nous partagions la peur » explique franchement l'écrivain dans un entretien au Monde

 

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Murong Xuecun, qui a déjà signé une bonne dizaine d'ouvrages, n'hésite pas à parler d'une « crise morale » du pays, où le zèle des autorités est stimulé par le nouveau support à l'expression que constitue Internet. Quel dénouement pour cette construction d'une autre Muraille de Chine ?

 

Là encore, l'écrivain est pessimiste : « Nous sommes à un moment de basculement. Il y a un sentiment d'humiliation qui se répand, d'être aussi mal traités. Mais on ne sait pas quand ça va basculer. Ni de quel côté. Ça peut verser vers quelque chose de mieux. Ou de pire, comme une dictature militaire. »

 

L'appellation pourrait déjà s'appliquer à la politique du gouvernement chinois vis-à-vis des médias, mis en cage comme des bêtes dangereuses : d'après les termes du nouveau contrat d'utilisation de Sina Weibo, toute publication qui « révèle des secrets nationaux », « répand des rumeurs », « rompt l'ordre social » ou « contient tout autre matériel interdit par la loi » reste susceptible d'être caviardée. Ce qui représente une masse assez considérable, aux yeux des autorités.