Avec son Dictionnaire en ligne, l'Académie française veut “dire l'usage”

Camille Cado - 08.02.2019

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Jeudi 7 février, Académiciens, membres de la Commission du dictionnaire et journalistes se sont rassemblés pour l'inauguration du nouveau portail numérique du Dictionnaire de l'Académie française. Si la 8e et la 9e éditions sont pour l'instant disponibles, ce nouveau portail donnera bientôt accès, pour la première fois, à l’ensemble de l’entreprise lexicographique menée par l’Académie depuis 1694. Une refonte majeure donc, mais pour quels enjeux ? 



 
Ce n'est pas la première fois que le Dictionnaire fait son apparition en ligne : un précédent portail, conçu avec l’Analyse et Traitement Informatique de la Langue Français (ATILF, au CNRS - Université de Lorraine), permettait déjà de découvrir les définitions de termes, jusqu'à la lettre S pour la neuvième édition.

Néanmoins, cette première édition numérique connaissait de nombreux défauts : notamment la lenteur des outils, et le regret de ne pas avoir accès aux précédentes éditions. Cette première numérisation n'avait pas eu de grande diffusion, un « impact décevant » pour Yves Pouliquen, membre de la Commission du Dictionnaire et responsable du projet d’édition numérique du Dictionnaire, qui a cependant motivé ce nouveau projet de numérisation. 

Les critiques ont été prises en compte par la Commission du Dictionnaire : cette nouvelle numérisation « répond à toutes les attentes et en prévient d'autres », affirme Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française. 
 

Un outil du quotidien 


Accessible sur tablette, mobile ou encore ordinateur, le nouveau portail du Dictionnaire de l'Académie française a pour ambition de devenir un dispositif quotidien, une habitude, pour chaque francophone. 

Structure modulable, nomenclature développée, navigation hypertexte, « Difficile de faire plus simple » pour Laurent Catach, expert en édition numérique et chargé de mission auprès de l’Académie française.

La plateforme comprend déjà la numérisation totale de la 8e édition et partielle de la 9e, qui n'est pas encore finalisée. En effet, la Comission du Dictionnaire a affirmé avoir traité les mots jusqu'à « Savoir ». Dans les mois à venir, les autres éditions devront se retrouver aussi sur le portail, offrant alors une profondeur historique du corpus lexical. 

Doublement du nombre de signes, ajout de l'étymologie, introduction de la métalangue ou encore modernisation de l'orthographe, cette nouvelle numérisation du Dictionnaire intègre aussi toutes sortes de compléments : indices, fiches, et tableaux de conjugaison. Une plateforme très fonctionnelle qui recense tout ce dont les utilisateurs ont besoin sur un seul et même espace

Soucieuse de suivre les évolutions de l’usage, l’Académie française a souhaité que son nouveau Dictionnaire en ligne ouvre, pour la première fois, des passerelles vers d’autres types de contenus. Elle propose ainsi l’accès à diverses ressources internes comme les rubriques « Dire, ne pas dire » et « Questions de langue », déjà présentes sur le site de l’Académie.

Et des liens permettant d’accéder à des ressources externes, comme la base de données FranceTerme, qui recense les mots scientifiques et techniques officiellement recommandés dans le cadre du dispositif d’enrichissement de la langue française, ou la Base de données lexicographiques panfrancophone (B.D.L.P.)

Cela permet aussi à l'Institution de mieux faire connaître l'ensemble de son travail, auparavant éparpillé sur différentes plateformes. 
 

 

Changer de stratégie pour un même objectif


Avec ce nouveau portail, l'Académie s'inscrit ainsi dans l'air du temps, mais n'en reste pas moins au plus près de ses objectifs : « Redonner à chacun un socle de langue commune ».

Déjà en 1762, lors de la parution de la 4e édition du dictionnaire, l'Académie avait su déceler les besoins de ces contemporains. L'institution avait inséré en effet les mots des arts et des sciences dans cette édition, désormais partie prenante de la langue commune, alors même que la préface de la première le blâmait, en 1694 : : « L'Académie a jugé qu’elle ne devait pas y mettre les vieux mots qui sont entièrement hors d’usage, ni les termes des Arts & des Sciences qui entrent rarement dans le Discours. »



Des dictionnaires qui évoluent, à l'instar du monde qu'ils décrivent, comme aime à le rappeler Hélène Carrère d’Encausse : « L'Académie française est restée fidèle à elle-même. Avec ces dictionnaires, elle veut décrire le monde. Et le monde, lui, a changé. »

Une version moderne, avec un accroissement de mots sans précédent. On compte plus de 25 000 mots nouveaux qui nous séparent de la 8e édition. La prise en compte inédite de ces termes du langage commun ancre l'Académie dans son ambition historique d'être utile au plus grand nombre. « C'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source », indique encore Hélène Carrère d'Encausse en reprenant les mots de Jean Jaurès. 
 

Une volonté « d'ouvrir le dictionnaire »


Afin de rendre facilement accessible son Dictionnaire au plus grand nombre, l’Académie française a souhaité en développer une nouvelle édition numérique, désormais consultable librement et gratuitement sur l’internet via une interface de consultation entièrement modernisée et évolutive.

« Les premières éditions (du dictionnaire) étaient, il faut le reconnaître, peu accessibles », a admis la Secrétaire perpétuel de l'Académie. Et pour cause, les premières éditions, publiées en faible nombre, étaient d'abord réservées à une petite élite. 
 

« Pour toucher le plus grand nombre, il fallait changer nos modes de diffusion, le papier ne suffisait plus », a-t-elle ajouté en souhaitant que cet outil devienne « une nouvelle référence en matière de dictionnaires dans l'espace numérique francophone ».

« Ce projet, c'est avant tout la mise à disposition gratuite du dictionnaire pour les 300 millions de francophones et pour tous les apprenants du français dispersés dans le monde », insiste Yves Pouliquen. Une dématérialisation était donc nécessaire.

D'ailleurs, autre fonctionnalité, un ensemble de 10 000 liens pointent vers la base France Terme, base de données terminologiques de la DGLFLF (Délégation générale à la langue française et aux langues de France). De même, une passerelle a été établie vers la BDLP, la Base de données lexicographiques panfrancophone. Cette base de données linguistique regroupe un certain nombre d’inventaires des variétés lexicales du français (hors de France) dans plusieurs régions de la francophonie (Algérie, Belgique, Suisse, Québec, Tchad...).

Le nouveau portail du Dictionnaire aura donc vocation d'être au service de la large communauté des francophones, et d'accompagner les usages. Un enjeu majeur pour l'avenir puisqu’à l'horizon de 2070 on comptera entre 480 et 750 millions de francophones.

Le nouveau dictionnaire en ligne de l'Académie est accessible à cette adresse.


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L'inauguration du nouveau portail numérique du Dictionnaire de l'Académie française devait être aussi l'occasion pour l'Institution de rendre ses conclusions sur la féminisation des titres et fonctions. Le sujet n'a cependant pas été abordé, le débat repoussé..

D’ailleurs, si l'on recherche le mot « ministre » sur le portail numérique du Dictionnaire, celui-ci nous indique que c’est un nom masculin. Une fenêtre « remarque » nous signale même que « L’emploi du féminin dans La ministre, et dans Madame la ministre, qui est apparu en 1997, constitue une faute d’accord résultant de la confusion de la personne et de la fonction. »
 



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