Avec son embargo sur les prêts en bibliothèques, Macmillan perd de l'argent

Antoine Oury - 21.01.2020

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Depuis le mois de novembre 2019, le groupe éditorial américain Macmillan a décidé d'appliquer des conditions drastiques au prêt de ses livres numériques dans les bibliothèques des États-Unis. Avec, notamment, un embargo de deux mois sur les nouveautés du catalogue, et des conditions tarifaires qui déplaisent fortement aux professionnels, lesquels ont entamé un boycott des livres numériques de la maison. Avec des conséquences qu'il est difficile d'ignorer.

Macmillan - Foire du Livre de Londres 2019
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


L'embargo sur les nouveautés imposé par le groupe Macmillan se justifiait, selon le PDG, par une cannibalisation des ventes que les prêts des livres numériques faisaient planer sur les revenus. Une justification loin de convaincre les bibliothécaires américains, qui y voient plutôt un moyen détourné de gonfler les prix d'achat des livres numériques du catalogue.

En effet, l'embargo de Macmillan impose huit semaines de délai sur les nouveautés, pendant lesquelles ces dernières sont proposées pour 30 $ l'exemplaire numérique, avec une limitation d'un seul exemplaire par établissement. Une fois ces deux mois écoulés, chaque exemplaire supplémentaire sera alors facturé 60 $. Pour les finances des bibliothèques, la formule est salée.

ReadersFirst, organisation réunissant 300 bibliothèques du monde entier pour effectuer un travail de lobbying visant à faciliter le prêt de livres numériques, fait le bilan du boycott appliqué par un bon nombre de bibliothèques.

D'après les chiffres de ReadersFirst, 79 réseaux de bibliothèques publiques appliquent le boycott, à travers 28 États du pays. Et le mouvement est pleinement justifié, selon l'organisation. En effet, sous le modèle pré-embargo, la Fairfax County Public Library a dépensé quelque 2010 $ pour acheter 67 exemplaires numériques du livre de Liane Moriarty, Nine Perfect Strangers, en novembre 2018, pour pouvoir répondre aux attentes de quelque 400 lecteurs désireux de le lire.

Si le livre avait été publié un an plus tard, en novembre 2019, l'embargo se serait donc appliqué : d'après les estimations de Macmillan, 8 % des lecteurs se tourneraient vers l'achat, pour ne pas attendre, soit 32 personnes. Pour 368 lecteurs restants, la bibliothèque achète 62 exemplaires numériques, pour un total de 1845 $. En y ajoutant le montant des achats réalisés par les 32 autres lecteurs, soit 336 $, on obtient 2181 $.

L'embargo aura donc permis une légère hausse de revenus pour Macmillan, de 81 $ exactement. « Mais la Fairfax County Public Library n'achète plus les livres numériques de Macmillan et le groupe a donc troqué 2010 $ de ventes aux bibliothèques pour 336 $ de ventes aux lecteurs. »
 
ReadersFirst estime que 8,5 % des bibliothèques effectuant des achats de livres numériques ont suivi le mouvement de boycott : c'est peu, mais bientôt suffisant (à partir du palier de 10 %, selon les estimations) pour que la décision de Macmillan ne leur coûte plus d'argent que les gains obtenus. L'initiative se poursuit donc...


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