Avignon : la librairie spécialisée polar Lignes noires en sursis

Clément Solym - 28.12.2012

Edition - Librairies - Librairie Lignes Noires - Avignon


Depuis plus d'un an, la Cité des Papes goûte aux subtilités du polar et du café grâce à la librairie/salon de thé Lignes noires, à proximité des universités de la ville. Son propriétaire, Mohamed Benabed, annonce toutefois la fermeture de la boutique via Facebook, la faute à un loyer trop élevé pour les marges trop faibles du livre.

 

 

 

 

L'ouverture de Lignes noires, en mai 2011, revenait à boucler la boucle pour Mohamed Benabed : « Je suis né au 72, rue Pasteur, et la librairie est au 1 », souligne celui qui est entré dans le métier en 1999, en tant que salarié de la chaîne de grande surface culturelle Extrapol. Grand amateur de polar et de personnages au caractère bien trempé, il se tourne vers la librairie indépendante Goyard, à Nîmes, participe au lancement du magazine XXI, avant de se consacrer à sa librairie.

 

Passé par les grandes surfaces culturelles, le libraire ne les éreinte pas pour autant : « Ce n'est pas le fait de la concurrence locale : ces magasins vendent des choses que je n'ai pas, je vends des livres qu'ils n'ont pas » analyse-t-il. Le marché du livre est visiblement assez vaste pour tout le monde, à Avignon : 2 librairies généralistes, une spécialisée jeunesse, une autre plutôt BD et encore un ésotérisme, compte Mohamed Benabed.

 

Évidemment, il y a la concurrence de la vente en ligne, malgré un ancrage local très fort : avec l'annonce de la fermeture, les messages de soutien se sont multipliés. « Le site de la librairie propose bien de la vente en ligne, mais sans la remise de 5 %, ni la gratuité des frais de port, que je ne peux pas me permettre » : le temps sont durs, et aucun salaire n'est tombé pour le libraire depuis l'ouverture. Le libraire s'est tourné vers le CNL, qui n'a pas donné suite à sa demande d'aide : une décision qu'il comprend, à la différence de ses collègues de la Courneuve, plus remontées contre le Centre.

 

Les subventions et autres aides s'avèrent délicates à obtenir : la librairie est spécialisée, et le nombre de ses références réduites. Les emprunts à taux 0 disponibles ne peuvent plus retarder les échéances de janvier, et les remboursements attendent toujours à la sortie. « Le loyer plombe les comptes de la librairie. Je devais déménager, mais mes marges de manoeuvre sont insuffisantes. » Titulaire d'un bail 3-6-9, Mohamed Benabed doit trouver un remplaçant pour éviter que le propriétaire ne soit lésé. Mais personne ne se bouscule : « Les ventes de Noël ont été décevantes pour tout le monde. »

 

Le libraire avait pourtant anticipé la survie d'un commerce où les marges commerciales sont plutôt faibles : « À l'époque où je travaillais chez Extrapol, un café occupait le centre de la boutique. Les gens apprécient l'association des deux, et les boissons permettent des marges beaucoup plus élevées sans faire grimper les prix. » Son expertise en la matière était connue, reconnue, notamment par des déplacements du libraire dans les lycées et collèges, ou encore au festival du polar de Villeneuve-lez-Avignon.

 

Où il sera toujours possible de croiser le libraire : « S'il y a la moindre occasion de continuer à faire mon métier, je ne la manquerai pas. »