Bagdad : les bulldozers détruisent des librairies de rue

Clément Solym - 24.09.2012

Edition - International - Bagdad - rue des libraires - bulldozers


C'est dans un quartier particulièrement connu de Bagdad que la police a effectué une descente fulgurante. Une trace supplémentaire de l'action gouvernementale pour réprimer l'activité culturelle dans le pays. Et cette fois, le marché au livre de la rue Moutanabi en a fait les frais, le 17 septembre, dans une prise d'assaut qui avait de vilains relents militaires. 

 

 

 

 

Les vendeurs n'avaient pas même reçu d'avertissement pour évacuer cet espace de vente, rapporte Al Monitor. Et quand les bulldozers ont pris position, avec des soldats armés pour les garder, ils ont compris. Au lendemain, la municipalité de Bagdad a diffusé un communiqué pour expliquer son geste : une simple action pour éradiquer les violations du droit qui s'organisent dans la rue. L'exposition et la vente de livres ne seraient pas légales, car ces vendeurs n'auraient pas l'autorisation de travailler de la sorte le vendredi. 

 

Mais ce raid a violemment frappé les intellectuels. Une vague de plainte s'est levée sur le net et les réseaux sociaux ont colporté la parole indignée des auteurs. On dénonce « l'attitude hostile » des forces de l'ordre contre les commerçants d'une rue qui jouissent d'un statut privilégié, mais également d'une mythique influence auprès des Irakiens. Et bien entendu, après le sac de leur activité, certains libraires de rue se sont réunis pour réclamer des dommages-intérêts, suite aux dommages causés par la municipalité. 

 

Or, sous prétexte de faire respecter la loi et l'ordre dans le pays, le gouvernement irakien a déjà pris plusieurs mesures similaires. Plusieurs activités culturelles et sociales à Bagdad ont été annulées, tout simplement.  

 

Dans la rue des libraires, le raid a provoqué une grande colère, avec un renforcement de la sécurité sur place. Et l'on s'attend clairement à ce qu'une augmentation de la pression sur les activités culturelles se fasse jour. Sous couvert de protection et de respect de la loi, le gouvernement cherche à prendre le contrôle de différents pôles culturels de Bagdad.

 

La rue Moutanabi, où l'on trouve des ouvrages étrangers et en arabe, voit, chaque semaine, des manifestations culturelles organisées. Le gouvernement n'y exerce aucune influence - ce qui exacerbe plus encore la colère gouvernementale. 

 

« Si cette histoire que la municipalité avance, de faire respecter la loi et l'ordre dans la rue Moutanabi est vraie, je pense qu'il y a plein d'autres manifestations violentes dans la ville, et pas spécialement dans cette rue », explique l'un des libraires.