Bagdad : la bibliothèque numérise ses manuscrits pour contrer l’État islamique

Julie Torterolo - 05.08.2015

Edition - International - Bibliothèque nationale d'Irak - Menaces Etat islamique - Numérisation


Le 22 février dernier, l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL, ISIS en anglais) bombardait la bibliothèque de la ville de Mossoul, au nord de Bagdad, détruisant ainsi près de 8000 manuscrits et livres rares. C’est désormais la bibliothèque nationale de Bagdad qui doit faire face aux menaces. L’État islamique souhaite en effet détruire toutes traces de l’histoire et de la culture de l’Irak, rapporte l’AP. Fort de la volonté de préserver son patrimoine, l’établissement s'est lancé dans un projet ambitieux : numériser l’ensemble de ses œuvres. 

 

Bagdad, Irak (Fight Doha - Geneva)

Bagdad (Marc Desbordes, CC BY-NC 2.0)

 

 

Les manuscrits irakiens ne cessent d’être malmenés. Le 20 mars 2003, l’armée américaine est intervenue en Irak. Une invasion qui avait valu un incendie pour la bibliothèque nationale située à Bagdad, construite en 1920. Selon l’AP, 25 % de ses livres et près 60 % de ses archives comptant des documents de la période ottomane d’une grande valeur ont été réduits en cendres.

 

« Nous avions un site alternatif, lors de l’invasion, pour les livres les plus importants et les documents du ministère du Tourisme », a expliqué Jamal Abdel-Majeed Abdulkareem, directeur par intérim des bibliothèques et des archives de Bagdad. « Puis les livres et les documents importants ont été exposés à l’eau, parce que les chars américains ont détruit les canalisations. »

 

Face à ces dégâts, la construction d’un nouvel écrin pour les documents du pays avait été validée. Toujours en travaux, la nouvelle bibliothèque, dessinée par le cabinet londonien AMBS Architects, abritera 2,8 millions de documents, et disposera de la plus grande salle de lecture au monde.

 

En attendant, l’établissement n’a qu’une priorité : sauver ses manuscrits, témoins d’une histoire. Les employés ont d’ores et déjà commencé à photographier quelques-uns des manuscrits dans des chambres noires. Mazin Ibrahim Ismail, le chef du département microfilms, précise que des tests sur les documents du ministère de l’Intérieur datant du dernier monarque de l’Irak, Faisal II, qui a régné de 1939 à 1958, sont actuellement en cours. 

 

 

Une grosse partie du travail consiste également à restaurer des documents avant toute numérisation ou photographie. « Une fois que la restauration de certains des anciens documents de l’époque ottomane, âgés de 200 à 250 ans, est terminée, nous pouvons commencer à les photographier sur microfilm », a déclaré Ismail. « Parfois, nous sommes en mesure de sauver ces livres et ensuite d'appliquer d’autres techniques de restauration, mais avec d’autres, les dommages sont irréversibles », a précisé une employée, Fatma Khudair.

 

Les documents numérisés ne sont toujours pas disponibles pour le public, le but étant avant tout de les préserver de toutes menaces. Dans cette optique, la bibliothèque nationale a fait don de plus de 2500 livres aux établissements de la province de Diyala, désormais protégée par les forces irakiennes. Pour les employés de Bagdad, le partage de l’art et de la littérature est la clé de voûte de la lutte contre le terrorisme. 

 

 « Dès qu’une zone est libérée, nous leur envoyons des livres afin de reconstituer tout ce qui a été volé ou détruit, mais aussi, pour que les Irakiens aient accès à ces documents afin qu’ils puissent se sentir fiers de leur riche histoire », termine Abdulkareem.

 

 

 

Jusqu’au 24 août, les Dominicains organisent à Paris une exposition, « Mésopotamie, carrefour des cultures : grandes heures des manuscrits irakiens », où il sera possible de retrouver les ouvrages préservés du couvent de Mossoul, dans le nord de l’Irak. L'expo se déroule à l'hotel de Soubise, aux Archives nationales. Dans le même temps, une souscription a été mise en place pour apporter des fonds à ce travail de préservation, avec un livre, Grandes heures des manuscrits irakiens, de 350 pages.

 

Il est ainsi possible de participer à hauteur de 30 €, pour un exemplaire du livre, ou de soutenir également l'exposition, pour 50 €.