Bagdad : Un statut de centre culturel à reconquérir

Julien Helmlinger - 09.04.2014

Edition - International - Bagdad - Irak - Patrimoine


Faire renouer Bagdad avec son héritage culturel et une existence « plus civilisée », est l'ambition qui anime Ali Makhzomy, un Irakien âgé de 26 ans qu'emploie le ministère de la Culture local. Tandis que la dernière guerre aurait provoqué une vague d'émigration, qui voit ses habitants se détourner de la capitale, le jeune homme nourrit l'espoir de redonner à la ville son statut de centre de la connaissance aux yeux de ses compatriotes. Un combat qu'il entend bien mener à renfort de livres ainsi que d'une bibliothèque de fortune.

 

 Ali Al Makhzomy via Facebook

 

 

Si l'on a coutume d'admettre que l'écriture serait apparue quelque part entre le Tigre et l'Euphrate, dans la Mésopotamie des environs de 3500 ans avant Jésus Christ, il s'agit de l'actuel territoire irakien. Et bien que le marché aux livres de sa capitale Bagdad ait acquis une renommée internationale, la zone militarisée qu'est devenue la ville aurait connu une baisse significative de son taux d'alphabétisation. Les libraires locaux en peineraient désormais à trouver leurs clientèles.

 

Il y a sept ans, un bombardement frappait la mythique rue al-Mutanabbi, haut lieu du livre réputé pour ses marchands d'occasions, ses lectures publiques et autres manifestations culturelles. Même si le quartier a été remis en état, certains prétendent qu'on trouverait plus facilement les jeunes agglutinés autour des vendeurs de lunettes de soleil de contrefaçon qu'auprès des fournisseurs de livres.

 

Si nombre de ses amis se seraient laissés convaincre de fuir la capitale, pour retrouver une existence plus confortable, Ali Makhzomy préfère croire en la reconstruction culturelle de Bagdad. Vous trouvez beaucoup de jeunes gens qui prétendent juste vouloir quitter l'Irak. Ils voient la violence partout, aucun respect pour la loi, les embouteillages... mais quand nous entretenons ces activités culturelles, nous lions le patrimoine de l'Irak à leurs coeurs.

 

Le jeune défenseur du patrimoine culturel s'est donc trouvé un quartier général, la maison al-Atrakchi, un café que son patron s'est attaché à doter de l'atmosphère du Bagdad historique. Au deuxième étage a notamment été installée une bibliothèque informelle, proposant aux clients un accès à quelque 800 ouvrages. Ali Makhzomy y aura placé ses propres bouquins, mais aussi d'autres récoltés par un professeur de la Virginia Commonwealth University. Une initiative que complètent en outre des efforts visant à réhabiliter les lieux historiques et convaincre la jeunesse de passer plus de temps dans les livres et les musées.