Baisse du niveau de lecture des écoliers français : quid d'une dictée quotidienne ?

Laure Besnier - 06.12.2017

Edition - Société - Enquête PIRLS - Jean-Michel Blanquer - Education Nationale


Le résultat de l’enquête Pirls n’est pas très flatteur : le niveau de lecture des élèves de CM1 est en baisse et la France est reléguée à la 34e place du classement sur 50 pays ayant participé à l’étude. C'est un bilan inquiétant pour les écoliers français mais aussi pour Jean-Michel Blanquer qui prescrit une dictée quotidienne comme remède. 

 

The Scotland Street School Museum (Glasgow)
Reconstitution d'une salle de classe de la période 1939-1945, Jean-Pierre Dalbéra, CC BY 2.0



L’Enquête Progress in International Reading Literacy Study (PIRLS), ou Programme international de recherche en lecture scolaire en français, rassemble 50 pays. Elle évalue les performances en compréhension de l’écrit des élèves en 4e année de scolarité obligatoire (CM1). Elle a été réalisée en 2016 et publiée le 5 décembre. 

 

La France, qui fait office de cancre, se trouve loin derrière la Russie, Singapour et Hong-Kong, premiers bons élèves du classement. Depuis la dernière étude, en 2011, la France a encore perdu des places : elle obtient seulement 511 points qui lui valent la 34e place au classement. 

 

De surcroît, le score des jeunes élèves françaises est de 515 points tandis que les garçons obtiennent 507 points. Cet écart entre les genres n’est pas une spécificité française - il est même assez peu marqué par rapport à la moyenne européenne : 13 points d’écart ou encore à la moyenne internationale avec 19 points - et se retrouve dans tous les pays, à l’exception du Portugal.

 

Pour cette étude, des élèves des 50 pays ont lu 12 textes courts, histoires ou articles, adaptés à leur âge, devant des chercheurs qui ont évalué leur niveau de lecture, de compréhension et d’interprétation. Les élèves français rencontrent notamment des difficultés à comprendre et s’approprier un texte long. 
 

Que faut-il pour que la France devienne “un pays de lecteurs” ?

 

L’étude montre que les environnements familiaux doivent soutenir l’effort et l’apprentissage de la lecture pour que l’enfant devienne un « bon lecteur ». C’est très tôt qu’il leur faut communiquer le goût de lire, à travers des livres, des appareils numériques par exemple. 

 

Blanquer dictera quotidiennement la ligne ?
 

Des résultats qui ont fait bondir le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Lors d'une conférence de presse, il s'insurge : « Nous ne pouvons pas accepter ces chiffres, car derrière la froideur de ces chiffres, il y a des trajectoires humaines, il y a des inégalités sociales, il y a en réalité l'échec des plus modestes, car la difficulté à lire et à écrire à l'entrée au collège signifie le décrochage scolaire et, in fine, le chômage des jeunes. On ne peut donc pas s'y résoudre ».

Ce dernier pense donc avoir trouvé la solution : imposer une dictée par jour dans les écoles primaires. Cette idée avait déjà été avancée, en 2015, par la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Critiquée par les syndicats d’enseignants, elle ne l’avait jamais mis en place.

Et, bien sûr, les mêmes remarques resurgissent aujourd'hui. Par exemple, Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp FSU, premier syndicat du primaire, explique à L'Express : « Pirls révèle que les élèves français savent décoder, c'est-à-dire qu'ils savent que les lettres font certains sons, mais ils ont du mal à comprendre un texte, à prendre une information et à la restituer, à faire le lien entre la langue écrite et parlée. » La dictée n'est donc pas, selon elle, l'exercice approprié : « Elle améliore l'orthographe et la grammaire, mais pas la compréhension et la lecture ».  

D'autres arguments sont avancés par les différents syndicats : les élèves font déjà des dictées de mots tous les jours ou encore il faudrait plutôt s'interroger sur les problèmes plus généraux liés au manque de formation des enseignants et aux réformes des classes qui empêchent une bonne éducation à la lecture. 

 

Mais Jean-Michel Blanquer entend s'y tenir. Tout cela en plus de la promesse d’accélérer le dédoublement des classes de CP et de CE1 de l’éducation prioritaire. De même, cette année, le ministre prévoit de renouveler l’opération « Un livre pour les vacances » pour 800 000 élèves de CM2. Il soutiendra aussi les associations qui développent la pratique de la lecture. En vue : une réflexion sur les bibliothèques scolaires et un plan de formation en lecture pour les professeurs des écoles. 

 

Via France Info