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Bal tragique à Canal+ : Planète polars, victime du droit des marques

Nicolas Gary - 11.10.2013

Edition - Société - blog littéraire - polar - Philippe Lemaire


Le monde du polar qui assiste à un meurtre, c'est commun. Mais il est rare que l'arme du crime soit... le droit des marques. D'ailleurs, on peut dire ‘le monde du polar', et surtout pas ‘la planète polars', parce que le service juridique de Canal + est prompt à dégainer, façon Far West. « Cela fait un an que ça dure », explique Philippe Lemaire, journaliste au Parisien et animateur du blog Chroniques polars, récemment rebpatisé.

 

 

 

 

En marge de ses articles pour le quotidien, Philippe Lemaire pratiquait le blog et le polar, sans faire de tort à personne - sinon à quelques ouvrages un peu étrillés - sous l'appellation Planète Polars. Voilà qu'il décide de protéger le nom de son blog, « pas dans l'idée d'en faire une multinationale », plaisante-t-il et sollicite l'INPI. Il dépose la marque ‘Planète Polars', fier comme un détective privé devant son premier contrat et... reçoit un courrier du service juridique de Canal+.

 

C'est que le groupe détient les droits commerciaux du terme Planete, du fait de sa chaîne Planète+, spécialisée dans le documentaire. Le service juridique de Canal+ et son cabinet d'avocats, sans aucune considération pour les chroniques régulières de Philippe Lemaire, et son apport au monde du noir, demandent simplement que le mot Planète disparaisse du titre du blog. 

 

Une année durant, les échanges entre les juristes et le journaliste s'intensifient. « J'ai tenté d'argumenter, de leur expliquer que je n'avais pas de vocation à leur faire la moindre concurrence. J'étais prêt à signer des accords pour leur certifier. » 

 

Chroniques d'une planète : le polar

 

Des recommandés à répétition, et Philippe concède un premier geste : Planète Polars devient Chroniques Polars. « Ils ont obtenu de l'INPI que mon dépôt de marque soit annulé. Mon blog et Canal+ sont dans des domaines voisins, les médias. Et dans ce cadre, il est interdit de créer un support avec le terme ‘Planète' dans le titre. » Fin des hostilités ? Pas vraiment...

 

Mais cela ne suffit pas. « Ils m'ont demandé en plus de faire en sorte que toutes les URLs du site soient modifiées, ce qui revenait d'abord à une entreprise manuelle longue et fastidieuse. Mais surtout, c'était le déréférencement assuré, et le retour à zéro. » Avec 487 articles publiés depuis le 17 septembre 2008, Planète polars devenu Chroniques polars aurait facilement retrouvé à se reloger sur le net, mais la nouvelle adresse aurait été rapidement perdue au milieu du grand tout.

 

« Le droit des marques l'emporte par K.O., je baisse définitivement le rideau, non sans saluer une dernière fois mes visiteurs sans cesse plus nombreux (environ 86.000 en 2012, plus de 71.000 déjà cette année), mais aussi les éditeurs et les auteurs qui m'ont toujours soutenu. Ca m'a un peu miné cette histoire, mais avec le temps, je me suis fait une raison », explique-t-il. 

 

Et de conclure : « Je n'en veux pas au groupe Canal+. C'est un service juridique zélé qui tire facilement, et je ne pense pas que la direction du groupe ait conscience de ce genre de choses. C'est une machine, juste une triste machine. Tout cela est un peu désolé, parce que je n'avais pas l'impression d'être une menace pour la marque Canal+. » Pas l'impression... ou pas conscience ?