Ballainvilliers : Editis veut “aboutir à des résolutions sociales satisfaisantes”

Nicolas Gary - 01.10.2020

Edition - Société - Ballainvilliers entrepôt Editis - Editis Média Participations - salariés entrepôt distribution


La grève déclenchée ce 29 septembre par les salariés d’Editis-Interforum n’a étonné personne. « Depuis des mois et des mois, nous sommes baladés par la DRH, il fallait que ça explose », nous assurent des sources syndicales. 24 heures après le débrayage, un accord est trouvé avec la direction, et l’intervention de Jean Spiri, secrétaire général d’Editis.


 

« C’est la plus grosse semaine de l’année, avec un énorme stock d’offices qui arrivent à l’entrepôt », nous confirme-t-on. « Le calendrier établi fait que nous sommes en période de très forte activité. » Un très gros volume qui s'explique par le rattrapage de titres du premier semestre, qui ont été reportés – à l'instar du dernier ouvrage de Marc Levy. Et dans le même temps, s'effectue, dès le mois d'octobre, le remplissage de l'entrepôt afin de préparer les rayons de fin d'année.
 

Résoudre le conflit


Dans un premier temps, la direction avait suggéré l’idée d’une charte, balayée rapidement : « Nous avions déjà signé une charte avec Pierre Conte [alors directeur général d’Editis], suite à une grève le 11 juin 2019, devant le siège d’Interforum. Mais elle n’a servi à rien : suite au départ de Conte, elle a été rendue caduque. »

Les salariés étaient d’ailleurs prêts à poursuivre la grève ce 30 septembre — ce qui fut le cas, durant la matinée. « Les représentants l’affirmaient : ce serait une grosse crise industrielle de reprendre. » D’autant qu’une série d’accords avait été signée par la direction, avec des engagements fermes et écrits. « Nous aurions tout perdu, si la grève s’était prolongée, par principe… », note un représentant syndical. 
 

Le poids de l'héritage


À l’abri des micros, on nous explique que tout découle d’une situation farfelue : « Le rachat de Volumen et Loglibris [filiale de diffusion/distribution du groupe Le Seuil —La Martinière] s’est opéré avec une certaine absence de bon sens. » En mars 2015, Alain Kouck, alors à la tête du groupe Editis, formule une lettre pour le rachat des deux structures. Un investissement qui devait précéder le rachat des maisons d’édition de La Martinière Groupe. 

Mais un différend entre personnes provoque l’inattendu : Média-Participations finit par mettre la main sur le groupe éditorial, tandis qu’Editis se retrouve à absorber des structures de diffusion/distribution, dont les éditeurs finiront par partir. « À partir de là, il aurait été intelligent de recourir à l’article 1224-1 du Code du Travail, et concentrer sur Ballainvilliers toute l’activité des maisons de La Martinière Groupe. »

Et pour cause : l’entrepôt appartient à LMG, pas à Editis, donc, avec le rachat, propriété de Média-Participations. « En regroupant toute l’activité LMG sur place, il aurait été plus simple de faire jouer l’article 1224-1. » Lequel indique qu’en cas de changement de situation juridique pour l’employeur, « tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l’entreprise ».

L’option n’a, on ignore pourquoi, pas été retenue : voici donc que les nouveaux responsables d’Editis se retrouvent dans une position inconfortable et difficile à résoudre. « C’est déplorable pour les salariés — de toute manière, c’est toujours déplorable pour les personnes, ces cas de figure », glisse-t-on chez Editis.
 

Un accord et des négociations


L’accord obtenu succède à une première garantie : celle du prolongement de l’activité jusqu’en 2021. Cette fois, on pose l’hypothèse d’un projet de « nouvelles localisation et organisation (externalisation ou internalisation de l’activité sur un autre site entre 2022 et 2024) ». La direction d’Editis-Interforum s’engage alors à faciliter le départ de salariés suivant différents critères : localisation du site au-delà du département, retraite proche, critères familiaux et sociaux spécifiques, qui restent à définir. 

En parallèle, des réunions interviendront tous les 8 jours jusqu’à rédaction d’un accord complet. La direction s’engage également à rémunérer la journée de grève du 29, ainsi que la matinée du 30. Un volontariat sera demandé pour le 3 octobre en contrepartie. 

Joint par téléphone, Jean Spiri, secrétaire général, insiste sur la volonté de la direction de trouver des solutions. « MDS, devenu propriétaire de l’entrepôt appartenant à LGM, il n’est pas illogique qu’ils souhaitent récupérer leur espace. C’est ce sur quoi nous travaillons, en fonction des différents scénarios envisagés, de fin 2021 ou 2024. » 
 

Discours de vérité, parfois difficile à entendre


Reste que la perte d’activité engendrée par la fin de la diffusion/distribution ne signifie en rien qu’il n’y aura plus d’activité, insiste-t-il. « Toute la difficulté réside dans les options qui s’offrent : reporter les salariés sur Malesherbes a été écarté, d’autant que l’entrepôt bénéficiera prochainement de transformations. Soit nous trouvons un espace à proximité avec continuité de l’activité, soit il nous faut examiner dans le détail les situations de chacun. »

Depuis plusieurs mois que le sujet est sur la table, la réponse apportée suscitait « plus d’inquiétude que de résultats, parce que nous sommes sur des hypothèses, uniquement, et pas des réponses définitives », note le secrétaire général. Ce qui n’empêche en rien de mesurer et comprendre les préoccupations exprimées. 

« Le discours de vérité consiste aujourd’hui à dire que la solution idéale n’a pas encore été trouvée. Nous allons accélérer cette phase de réflexion, alors qu’en parallèle, se finalisent les échanges avec MDS. Mais personne chez Editis n’entend évincer les importantes questions sociales que Ballainvilliers soulève. »

Au cours des prochaines semaines, les négociations se poursuivront, suivant les critères établis. Et si par le passé, les salariés ont pu éprouver un sentiment de trahison — ou en vivre véritablement — la direction se montre claire : « Tout cela demande un examen des positions et d’aboutir à des résolutions sociales satisfaisantes. »

photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.