Bangladesh : éditeurs et auteurs, cibles d'attaques meurtrières

Clément Solym - 02.11.2015

Edition - International - Bangladesh meurtre - éditeur auteurs - assassinat islamisme


L’éditeur d’un écrivain athée a été retrouvé mort ce 31 octobre, dans son bureau, situé à Dacca, capitale du Bangladesh. Selon les forces de police, il s’agit clairement d’un assassinat, qui met encore l’éclairage sur la situation dans le pays. Le même jour, deux écrivains et un autre éditeur ont été poignardés : ils sont hospitalisés, dans un état critique.

 

L'éditeur assassiné, Faisal Arefin Dipan

 

 

Faisal Arefin Dipan, directeur de la maison d’édition Jagriti Prakashani, âgé de 45 ans, avait commis l’erreur de faire paraître le livre d’Avijit Roy, Biswaiser Virus, un ouvrage devenu particulièrement populaire auprès des intellectuels et libres penseurs du pays. Mais le livre a également provoqué la colère des islamistes radicaux, fortement soupçonnés d’être impliqués dans ce qui a tout du meurtre.

 

L’écrivain Avijit Roy avait lui-même été assassiné par des tueurs armés de machettes, sur l’université de Dacca, en février dernier, alors que se déroulait la Foire du livre de Amar Ekushey. Citoyen américain, doté d’un clair franc-parler, l’auteur et blogueur s’exprimait régulièrement sur le rationalisme et la science. 

 

Pour l’heure, aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité de cet assassinat, qui fait sordidement écho à trois autres morts survenues le même jour. Cette fois, c’est dans la maison d’édition Shudhdhoswar, toujours à Dacca, que l’éditeur Ahmed Rahim Tutul et deux écrivains, Ranadeep Basu et Tareque Rahim, ont été poignardés.

 

Leurs agresseurs les avaient séquestrés et laissés pour morts dans les bureaux de la maison – laquelle avait ensuite été verrouillée. Les forces de police ont dû briser la serrure pour arriver à entrer. Rapidement transportés à l’hôpital, les hommes sont dans un état grave, mais Tutul plus particulièrement encore.

 

Le Bangladesh en proie aux violences, démultipliées

 

À l’annonce de leur prise en charge médicale, une manifestation a éclaté devant l’établissement, pour réclamer que le gouvernement bangladais cesse de protéger les auteurs laïcs du pays. Dans le même temps, le Premier ministre Sheikh Hasina est une fois de plus visé par les organisations de défense des droits de l’Homme. On lui reproche de ne rien faire pour protéger des personnes qui constituent des cibles évidentes pour les fanatiques religieux. 

 

En septembre dernier, le Premier ministre avait assuré que son gouvernement menait des enquêtes sur des meurtres de blogueurs, survenus dans le courant de l’année. Il avait également réitéré son engagement pour que le Bangladesh puisse devenir un état de tolérance pour chacun.

 

Pourtant, dans le cas d’Avijit Roy, son jugement est bien plus lourd : il lui a ouvertement reproché de revendiquer son athéisme. « Personnellement, je ne supporte pas et n’accepte pas. Pourquoi ? Vous devez avoir une foi. Si quelqu’un pense qu’il n’a pas de religion, d’accord, c’est son point de vue personnel. Mais il n’a pas le droit d’écrire ni de parler contre aucune religion. » 

 

C’est manifestement une branche d’Al-Qaïda locale qui a agi, et revendiqué ces tentatives de meurtre. Dans une déclaration qu’a traduite l’AFP, l’organisation dénonce que les auteurs et l’éditeur ont « outragé l’honneur du prophète et se sont moqués de l’islam ».  

 

Les librairies de la ville ont décidé d’une grève de 6 heures, en signe tant de solidarité que de protestation.

 

 

 

De son côté, le père de l’éditeur Faisal Arefin Dipan a annoncé qu’il n’engagerait pas de poursuites. « Tout cela est clair. Les personnes impliquées dans l’attaque de Lalmatia [la maison de Avijit Roy, NdR] sont les mêmes qui ont tué Dipan. Avijit était un ami de Dipan. Dipan avait publié son livre », note-t-il. « Je sais que réclamer la justice n’apportera rien de bon », poursuit le père.

 

(via IB Times, Prothom)