Bangladesh : peur d'une violence islamiste dans le monde du livre

Camille Cornu - 05.11.2015

Edition - International - bangladesh - attentats éditeurs - livres brûlés


Des éditeurs bangladais ont improvisé un autodafé dans les rues de la capitale pour protester contre l’inaction du gouvernement. Aucune mesure n’a en effet été prise suite aux attentats de samedi, visant deux éditeurs et deux auteurs. Un des éditeurs a trouvé la mort, et alors que ce meurtre s’inscrit dans une série d’attaques et de meurtres de blogueurs, d’auteurs et d’éditeurs, un climat de peur s’installe dans le pays et s’immisce en particulier dans le monde du livre. 

 

(photo d'illustration, Raphaël Labbé, CC BY-SA 2.0)

 

 

Samedi, un gang suspecté d’être islamiste et armé de machettes a tué un éditeur, Faisal Arefin Dipan, à Dhaka, dans sa maison d’édition de livres athées. Quelques heures plus tôt, deux écrivains ainsi que l’éditeur Ahmed Rahim Tutul ont été attaqués dans une autre maison d’édition. Depuis le début de l'année, six intellectuels ont trouvé la mort et une dizaine d'autres ont reçu des menaces de mort. 

 

« Ce n’est pas un accident isolé. Ils ont d’abord commencé à tuer des auteurs, puis des blogueurs, et maintenant des éditeurs », a commenté Mustafa Selim, à la tête de la Société des Éditeurs créatifs du Bangladesh. Quatre blogueurs athées ont déjà été assassinés dans le pays cette année, ce qui avait déjà participé à l’accroissement d’un climat de peur d’une extrême violence islamiste parmi les intellectuels.

 

Des centaines de personnes, dont des écrivains, des éditeurs ou des libraires, ont pris les rues de Dhaka lundi pour protester contre l’inaction du gouvernement face à ces meurtres. Dans les rues, ils ont symboliquement mis le feu à des livres. Des rassemblements ont également eu lieu dans d’autres villes, réclamant que les éditeurs, écrivains et blogueurs soient mieux protégés. Certains d’entre eux ont préféré fuir le pays ou aller se cacher. 

 

« Les victimes des attaques sont des têtes pensantes, de ceux qui croient en la liberté d’expression et en la laïcité. Une série de meurtres a eu lieu, mais maintenant les éditeurs sont devenus la cible… Je suis vraiment traumatisé », a confié Mohiuddin Ahmed, un éditeur de Dhaka. 

 

Les deux éditeurs avaient publié des livres d'Avijit Roy, un citoyen américain né au Bangladesh et écrivain athée, assassiné en février sur le campus de l'université de Dhaka alors qu'il marchait avec sa femme. 

 

Plus de 150 écrivains, dont Salman Rushdie et Margaret Attwood, ont signé une lettre condamnant la série de meurtres et appelant le gouvernement à s’assurer que ce type d’événements tragiques ne se reproduise plus, afin de protéger la liberté d'expression. 

 

Si l’attentat a été revendiqué par AQIS (Al-Qaida dans le Sous-continent Indien) qui aurait qualifié les victimes d’athées et de blasphémateurs, la police suspecte plutôt un groupe local islamiste, Ansarullah Bangla.

 

(via The Guardian)