Barcelone : capitale espagnole du polar

Julien Helmlinger - 24.03.2013

Edition - International - Polar - Roman noir - Littérature catalane


Ce samedi au Salon du livre, autour de la scène jouxtant le Café Barcelone, dans les tasses du public se reflétait le noir de la littérature policière espagnole et plus principalement celle puisant ses arômes et son caractère dans l'atmosphère propre à la capitale administrative de Catalogne. Le genre était représenté par les auteurs de langue catalane, Alicia Gimenez Bartlett, Eduardo Mendoza ainsi que Marc Pastor, tous 3 interrogés par le rédacteur en chef de la revue spécialisée Alibi, le passionné Marc Fernandez.

 

 

 

 

Outre l'occasion de présenter les derniers ouvrages publiés par les trois auteurs invités, La grande embrouille de  Eduardo Mendoza, Le silence des cloîtres de Alicia Gimenez Bartlett, et La mauvaise femme de Marc Pastor, la conférence constituait également celle de présenter au public les spécificités au travers desquelles se distingue le polar catalan.

 

Barcelone, un décor pertinent

 

Pour Eduardo Mendoza, Barcelone constituerait une véritable capitale du roman noir espagnol, un registre littéraire né dans les années 1930, en pleine période franquiste. Une ville aux dimensions restreintes, avec de faibles perspectives d'extension contenues par la mer et les montagnes, un lieu où tout le monde se connaît et n'ignore pas les misères des autres.

 

Ces diverses particularités feraient de Barcelone un décor idéal pour une intrigue policière, et notamment le port local qui constituerait à lui seul un microcosme au sein même de la ville, un personnage à part entière. Alicia Gimenez Bartlett décrit la ville comme une sorte de pyramide sociale, avec des quartiers bien délimités. Une aubaine pour les huis clos, comme les dépaysements.

 

Comme le rapporte Eduardo Mendoza, qui a exercé près de 3 ans en tant que membre de la police scientifique, et a eu en conséquence l'opportunité de parcourir en long et en large la cité, ces quartiers barcelonais ne connaîtraient que très peu de mixité sociale. Il admet que la ville évolue sans cesse.

 

Mais ce dernier détail ne constituerait pas un obstacle pour l'écrivain qui se plaît à se souvenir les mots d'un de ses anciens professeurs, citation qui veut que la géographie soit les yeux de l'histoire. Il a d'ailleurs écrit deux romans sur Barcelone, deux récits séparés par un siècle d'histoire, situés en 1912 et 2012.

 

La recette qui fait un véritable polar

 

Le registre du roman policier, bien que de fiction, ne s'éloigne jamais bien loin du réel. Il constituerait une forme de témoignage, selon Alicia Gimenez Bartlett, tandis que Marc Pastor ajoute que le polar est un moyen qui permet à l'auteur de rebondir sur l'actualité, à chaud, évoquant une « littérature fast food ».

 

Car pour lui, le roman policier n'est pas à comparer à la littérature classique. le faire serait néfaste aux deux registres, comme l'on ne confonds pas une sonate avec un opéra. Pour l'écrivain, ces deux catégories sont régies par des structures et des règles fondamentalement différentes.

 

Une expression-choc, « littérature fast food », qui éveille quelques réactions de la part de ses pairs, en raison d'une certaine connotation péjorative. Gimenez Bartlett estime en effet que la distinction n'est pas si évidente et que si on situait par exemple toute littérature classique comme supérieure au polar d'un point de vue qualitatif, le lecteur d'une mauvaise littérature se ferait « prendre pour un con », 

 

Eduardo Mendoza est d'accord avec elle, et regrette d'ailleurs qu'en Espagne, les polars se retrouvent le plus souvent recalés au fond de la librairie. « Quelque part à côté des toilettes », comme le précise l'écrivaine non sans humour. Et finalement, s'il utilisait une expression-choc, Marc Pastor les rejoint en précisant qu'il sait apprécier le fast food, que ce n'est pas une question de qualité, mais de style qui sépare le roman policier de la littérature classique.

 

Parmi les grands thèmes fétiches du roman policier contemporain, on retrouverait le plus souvent la jalousie, la spéculation immobilière. Les crimes changent avec le temps, depuis les années 1930, mais pour l'ex-flic Eduardo Mendoza les motifs du crime resteraient les mêmes, à savoir le sexe et l'argent. Un stéréotype que n'apprécie pas trop l'écrivaine, qui s'attache beaucoup à la complexité et les singularités des psychologies de criminels.

 

L'Espagne, divisée entre deux traditions linguistiques

 

Selon Eduardo Mendoza, « il faut écrire dans la langue dans laquelle on pense ». Et avec la division du pays en deux traditions linguistiques, l'auteur souligne que celles-ci ne se mélangent pas ou difficilement, que ce soit en terme de Prix littéraires ou même de rencontres culturelles.

 

Et pourtant le catalan et le castillan s'influencent mutuellement, précise Marc Pastor, et la plupart des traductions seraient faites à Barcelone. Eduardo Mendoza, quant à lui, explique que si les criminels ont coutume de parler un argot, un jargon, qui leur est propre, celui-ci n'existe pas en catalan. 

 

Et l'ancien policier de revendiquer, avant que le modérateur de conférence ne classe le dossier, le droit de se faire braquer en catalan !