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Barnes & Noble : Amazon “nous a tuer”, mais on l'ignore encore

Nicolas Gary - 30.05.2017

Edition - Librairies - librairies Barnes & Noble - Demos Parneros PDG - Amazon boutiques physiques


Demos Parneros a pris la tête des librairies Barnes & Noble en avril dernier, pour tenter de rendre aux établissements leur lustre d’antan. Selon lui, l’ouverture des librairies physiques d’Amazon est la preuve que l’appétit des clients pour les boutiques réelles est toujours vivace. 


Barnes & Noble - West Park Mall
Mike Kalasnik, CC BY SA 2.0
 

 

C’est une chaîne de 634 librairies, avec des ventes en ligne qui ont progressé de 2,2 % sur l’année passée, que dirige Demos Parneros. Mais cette croissance ne suffit pas pour compenser les baisses de ventes physiques. Alors, crise, ou mauvaise conjonction ? Voilà sept ans, Barnes & Noble représentaient 720 établissements. Mais les défis, eux, ne changent pas : coût des loyers, frais du personnel, magasins vieillissants... 

 

La relance du site web l’an passé n’a pas permis d’opérer une meilleure bascule, juste de pouvoir sauver le navire. Mais la confiance du PDG dans le monde physique semble inébranlable. Les ouvertures de boutiques Amazon l’encouragent à croire que cette richesse qu’incarne le monde physique a encore de beaux jours. D’ailleurs, ces lieux « n’ont pas la richesse et les années d’expérience de personnes qui comprennent le marché », assure-t-il.

 

Pourtant, il faut sans cesse réaliser des économies pour rendre l’ensemble de la structure rentable – Parneros jure cependant que seuls quelques magasins ne sont pas rentables à ce jour. « Nous cherchons évidemment à ne pas réduire les heures d’ouverture, parce que nous avons un problème de fréquentation et de ventes. Nous n’avons pas d’autre choix que de travailler dur », indique le PDG.

 

D’autre part, le groupe a tenté d’expérimenter plusieurs nouvelles approches : cinq grands établissements ont été ouverts, avec un grand café et un espace de vente de livres relativement restreint en regard des autres librairies. « Nous les appelons laboratoires. Ce sont cinq niveaux d’expérimentation dont nous espérons qu’ils nous apprendront quelque chose. »

 

Apprendre ? Compliqué : pour le premier trimestre, les ventes à données comparables ont diminué de 8,3 % pour cette année, et la flotte de librairies disponible ne semble pas en mesure d’enrayer quoi que ce soit. Alors entendre que « les librairies physiques d’Amazon est une confirmation que nous avons un bon marché, et c’est tout ce qui importe »... 
 

Quelles sont les véritables victimes de la vente de livres par Amazon ?


Comment dire ? Si les chances de Barnes & Noble se mesurent à l’aune de ce qu’Amazon ouvre des boutiques également, alors autant dire que le PDG confirme l’agonie lente – voire douloureuse – de l’enseigne. En effet, Amazon n’ouvre pas pour d’autres raisons que de s’offrir une présence physique qui prolonge prudemment son site marchand. Le cœur du métier reste la vente en ligne et le stockage. 

 

Parneros se retrouve dans l’une des plus misérables situations : celle de confirmer que, oui madame la marquise, tout va très bien. « On déplore un tout petit rien : Un incident, une bêtise, La mort de votre jument grise », chantait Ray Ventura. Et comme souvent, la mort de la jument n’est que l’arbre qui cache la forêt : impossible pour un PDG de dire que tout va mal, et que personne ne trouve la bonne solution...  

 

via Fortune