Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Barnes & Noble applique les mêmes méthodes de blocus qu'Amazon

Antoine Oury - 12.06.2014

Edition - Economie - Amazon - Barnes & Noble - blocus


Dans le monde de l'édition, Amazon est devenu un peu plus la bête noire depuis l'application d'un blocus sur les livres de Hachette Book Group, afin d'obtenir de meilleures marges sur les ventes de livres. Cependant, il serait faux de croire que seul le ecommerçant a recours à ces méthodes pour le moins critiquables : le libraire Barnes & Noble fait désormais de même pour les livres... édités par Amazon.

 


Madrid on fire

L'édition on fire (Montecruz Foto, CC BY-SA 2.0)

 

 

La loi du talion appliquée au monde de l'édition ? Après tout, le blocus de Barnes & Noble, qui refuse de vendre les livres édités par Amazon dans ses librairies, semble légitime : le ecommerçant n'a eu de cesse de surveiller les prix appliqués par la chaîne de librairies, pour s'empresser d'en proposer de plus compétitifs. Quant au blocus que la firme de Seattle applique sur les livres de Hachette, il est clairement perçu comme néfaste par toute la chaîne du livre.

 

Cependant, Kodi Scheer, auteure, profite d'une tribune dans le Huffington Post pour exposer une autre réalité : celle de l'écrivain publié chez Amazon. La filiale d'Amazon Publishing, New Harvest, vient de publier Incendiary Girls, un recueil de nouvelles fantastiques. « Les termes de mon contrat étaient habituels, et, dans certaines sections, plutôt généreux. Alors, comment Amazon traite-t-il les auteurs ? Plutôt bien, selon mon expérience », assure-t-elle. 

 

La petite équipe de Little A, une filiale d'Amazon qui publie une dizaine de titres par an, s'est emparée de son manuscrit - qu'elle décrit comme « risqué » - pour l'améliorer avec l'auteure, qui en est visiblement sortie indemne. Scheer a pris la plume pour cette tribune, afin de souligner qu'il est « malhonnête de prétendre que les librairies indépendantes sont "le meilleur choix pour les auteurs", dans le contexte éditorial actuel ».

 

D'autant plus que, si le blocus d'Amazon s'étend sur plusieurs semaines, désormais, celui des libraires indépendants sur les livres d'Amazon court sur plusieurs années. Certes, Amazon ne comptait pas trop sur leur collaboration, mais les auteurs ayant pris le risque de confier leurs ouvrages à une filiale éditoriale du commerçant se heurtent à un refus borné.

 

Et le blocus avait bien pour objectif de dissuader les auteurs de publier chez Amazon : « Sans affichage de premier plan dans les librairies, les auteurs ne vont pas obtenir le type d'exposition qu'ils veulent », déclarait Becky Anderson, alors présidente de l'American Booksellers Association, organisation des libraires indépendants, en novembre 2012. « Si j'étais un auteur, je réfléchirais à deux fois», ajoutait-elle à propos de signer chez Amazon...

 

Le ecommerçant sait, par ailleurs, qu'il faut s'adjoindre l'aide de libraires physiques pour assurer le succès des ouvrages qu'il publie : il avait finalement ouvert en mars 2012 la commercialisation de ses livres au format numérique aux autres revendeurs, même s'il n'y avait pas évidemment pas foule pour relayer les créations éditoriales d'Amazon...