Baudelaire hanterait l'arrière-plan d'une photographie inédite

Julien Helmlinger - 24.11.2013

Edition - International - Charles Baudelaire - Photographie - Poésie


Un portrait photographique datant du XIXe siècle, ayant fraîchement émergé du lot de bricoles échangées lors d'un marché aux puces, est à première vue bien centré sur la moustache flaubertienne d'un certain monsieur Arnauldet. Mais pour son acquéreur Serge Plantureux, marchand de photos basé à Paris, la silhouette en arrière plan, à demi cachée derrière un rideau, ne serait autre que celle du poète Charles Baudelaire. Une théorie qu'il n'est pas aisé de vérifier, mais qui conférerait à la pièce inédite une grande valeur.

 

 

Un air de ressemblance avec une

célèbre photo par Carjat ?

 

 

Depuis le XIXe siècle, une seule photographie retrouvée aurait été authentifiée comme représentant effectivement Charles Baudelaire. Si cette nouvelle relique du passé représente bien le poète, ses quelques 13 centimètres sur 18 de papier jauni pourraient bien valoir dans les 50.000 à 75.000 euros. Voilà donc deux mois que l'expert Serge Plantureux mène son enquête. Dés le départ, il savait qu'il s'agisssait d'une épreuve albuminée d'après un négatif verre au collodion, une technique utilisée entre 1851 et 1880, et pouvait constater le nom apposé en bas de photo, celui de monsieur Arnauldet.

 

Il a alors regardé s'il était fait mention à ce patronyme dans l'oeuvre baudelairienne, sans en trouver aucune que ce soit dans les correspondances du poète ou ses biographies. Cependant, il a fini par flairer une piste. Jean Adhémar, conservateur à la Bibliothèque nationale et contributeur à l'exposition du centenaire des Fleurs du mal, en 1957, mentionnait : « Arnauldet sera quelque temps bibliothécaire au cabinet des Estampes de la BNF (1858-1869); ami de Monselet et de Baudelaire, fin gastronome et ironiste, il écrira dans La Gazette des beaux-arts un bon article sur les caricatures... »

 

En multipliant ses recherches, écumant les archives du cabinet des estampes ainsi que celles de la Bibliothèque de l'Arsenal et de Gallica, l'expert a retrouvé d'autres traces de monsieur Arnauldet. Il en a trouvé deux en lien avec le poète. Thomas, un bon vivant pas bien riche, spécialiste en caricatures et autres gravures, qui vivait néanmoins « dans un petit monde de jouisseurs délicats » selon une description issue du Journal des frères Goncourt, qui aurait partagé avec Baudelaire un certain amour du bizarre. 

 

Serge Plantureux admet qu'il n'a pas en sa possession de véritables preuves ADN, mais il a regroupé des indices loin d'être anodins. Le frère dudit Arnauldet, Paul, aura également laissé la trace d'un bibliophile averti, tandis que le catalogue de sa collection de livres rares et romantiques, revendue à Drouot en 1878, comprenait notamment une édition originale des Fleurs du mal, avec glissée à l'intérieur une lettre manuscrite de l'éditeur Poulet-Malassis. Les livres de cette collection portant son ex-libris dessiné par un célèbre portraitiste de Baudelaire, Bracquemont... pas de preuve, donc, mais des indices plutôt troublants.

 

(via L'Express)