Bayeux, une boite à livre saccagée

Fred Ricou - 14.05.2018

Edition - Bibliothèques - boite à livre - dégradation bayeux - Fahrenheit 451


De plus en plus de dégradations dans les bibliothèques et autres boites à livres. Dans la nuit du samedi 12 mai, une boite à livre à Bayeux a été mise à sac avec une extrême violence. C’est la première fois que depuis qu’elles ont été installées que ce phénomène arrive dans cette ville.

 

Une boite à livre à Nevers : @mapillary.com CC BY-SA 4.0
 

Fin octobre 2016, le Lions Club, la ville de Bayeux et le conseil des sages étaient fiers d’installer cinq boites à livres dans Bayeux dans un souci de développement de la lecture et de l’accès aux livres pour tous. Cinq points dans la ville où chacun peut se servir et mettre des livres pour ainsi les proposer au plus grand nombre.

 

Dans la nuit du 12 mai, c’est avec force que la boite aux livres de la Place de Gaulle a été saccagée à coups de pied. L’adjoint au maire à la culture à fermement condamné cet acte de vandalisme en affirmant au journal local, la Renaissance : « Les boîtes à livres sont installées depuis plus de deux ans et n’avaient jusqu’alors pas subi de dégradation. Les Bayeusains y sont attachés et ça fonctionne bien. Les livres sont comme des briques qui construisent la culture et le bien-vivre ensemble. La destruction de cette boîte est un geste désolant. Nous oeuvrons pour rendre la ville agréable et comme souvent, une infime minorité dégrade le bien commun. Un geste irréfléchi et regrettable. ». Les Bayeusains, choqués par ce geste, ont remis les livres dispersés dans la boite en attendant que celle-ci soit remise sur pied.

 

Une affaire qui nous rappelle bien entendu celle d’il y a quelques semaines où le 13 avril dernier à Nancy, la petite bibliothèque gratuite « Dylan Pelot » et son contenu périssait sous les flammes d’autres vandales. Michel Rabot, le président de l’association  « La passerelle : une voix d’eau dans le quartier » s’était attristé sur l’antenne de France Info : « Plus que la valeur matérielle, c’est le symbole de la culture gratuite, conviviale et populaire qui a été détruit... ».

 

Interrogé par Actualitté, le sociologue Denis Merklen auteur du livre Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ? affirmait lors de l’incendie criminel d’une bibliothèque du quartier de La Duchère à Lyon en mars dernier : « Les incendies liés au livre peuvent être des autodafés : dans ce cas, l'incendie est motivé par des raisons religieuses ou politiques, et vise des livres identifiés pour un contenu spécifique. »
 

Bibliothèques incendiées :
“Il faut interroger l'acte, lui accorder un intérêt politique”

 

Le fait de brûler des livres nous rappelle forcément le roman Fahrenheit 451, le roman de science-fiction dystopique de Ray Bradbury où une société future bannissait l’écrit et brûlait toute culture…


Commentaires

Et pourquoi donc, d'après vous, M. Rabot : « Plus que la valeur matérielle, c’est le symbole de la culture gratuite, conviviale et populaire qui a été détruit... » ?

Ne serait-ce pas le sentiment d'humiliation ressenti par une population délaissée, discriminée, montrée du doigt et bannie de l'activité économique et du "rêve français d'émancipation" depuis des générations qui miroite devant eux comme un mirage... à qui l'on ne proposerait que quelques livres en papier en compensation de cette frustration quotidienne et de ce mépris silencieux affiché en contraste par toute notre société triomphante et de croissance à leur égard. Humiliation, mépris, sentiment d'injustice, haine, abandon ne constitueraient-ils pas le ferment de cette violence ? Et que ce ne soit le fait que de quelques jeunes qui auraient voulu se défouler, casser comme des punks dont l'avenir serait barré, remet-il en cause cette opinion sur le ressentiment mêlé ? Quand un expat arrive en pays conquis et distribue à tout va des bonbons et des postes de boys, construit des écoles et des dispensaires, que croyez-vous qu'il se passe dans le coeur de la population affamée ? Comment le prendriez-vous à leur place ? Lire le ventre plein est plus agréable et plus fertile.
On peut tout imaginer des motivations du ou des auteurs de cet acte de vandalisme. Il peut tout aussi bien s'agir de l'expression du vide intellectuel qui gagne du terrain chez nos concitoyens, pour qui le livre est un objet aussi insolite qu'inutile et qui en devient menaçant dans ce qu'il pourrait receler de remise en cause de la bêtise générale.



Ou bien serait-ce la réaction de quelques populations ne tolérant plus la culture de notre pays et qui, sous couvert d'une prétendue lutte contre un système dominant, en profite pour se défouler, en se réfugiant dans un sentiment de victimisation qui lui est si facile et qui lui est si généreusement proposée par les idiots utiles de notre époque.



Les authentiques amoureux de littérature savent que celle-ci est un besoin vital, qu'elle exprime plus que la vie, pour paraphraser Pessoa, et qu'une invocation à l'injustice de la société n'expliquera ni n'excusera la destruction de livres.
Ce n'est pas un jugement moral, mais juste l'observation du réel. On peut vouloir détruire les livres pour quelque chose qui n'a rien à voir avec l'amour ou la haine des livres. On peut par exemple vouloir détruire à travers eux le mépris et l'orgueil des classes dominantes. C'est très anarchiste comme attitude. La haine et la violence n'ont pas forcément pour objet l'objet auxquels elle portent atteinte. C'est plutôt un crachat, un cri de révolte, un subterfuge, un tremplin.

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