Beigbeder, Kundera, même combat... mais les pirates ne s'y trompent pas

Clément Solym - 24.08.2012

Edition - Société - Frédéric Beigbeder - livre numérique - peur


L'homme qui avait promis « sa main dans la gueule » au premier petit malin qui piraterait son dernier livre, et en ferait une version numérique disponible sur les réseaux, n'a rien fichu de l'année. Sinon intervenir dans L'Express pour cracher tout ce qu'il savait et pouvait - bien peu, dans les deux cas - sur Twitter. Or, à l'occasion d'un entretien accordé à Sud Ouest, il revient sur sa défense du papier, campant ferme sur ses positions.

 

Car le numérique, le Beig en a horreur. Et il le sait, l'assume, et le revendiquerait presque : « je passe pour le vieux con de service en défendant l'idée du livre, du papier, des vieilles librairies ; le numérique me fait peur, Facebook, c'est le nouvel opium du peuple. » Mais l'idée est nouvelle : le Beig avoue enfin son ignorance crasse - mais pas condamnable pour autant - de la res numerica, qui provoque donc sa levée de boucliers immédiate. 

 

 

 

 

« Si tout le monde m'imitait, Twitter cesserait d'exister en deux heures. Cela nous laisserait du temps pour lire des textes profonds », expliquait-il en juillet dernier. (voir notre actualitté) Mais à l'époque, Beig brandissait fièrement sa hache de guerre, tentant de convaincre avec un discours mal assuré. En fait, c'est la peur, due à une méconnaissance, qui le pousse à agir de la sorte. 

 

 Interrogé par ActuaLitté, Maxime Rouquet, président du Parti pirate, avait eu cette analyste plutôt évidente : « Frédéric Beigbeder ne veut pas comprendre les enjeux liés à la dématérialisation. Il a une réaction humaine et compréhensible : le monde change, il ressent de la peur et de la colère. Contrairement à ce qu'il craint, le livre n'est pas amené à disparaître. Le secteur va évoluer, mais de la même manière qu'on voit le marché du vinyle réapparaître, il y aura toujours un public, et notamment des passionnés et des collectionneurs pour acheter des livres au format papier. » (voir notre actualitté)

 

Sauf que... ce que l'on ne connaît pas, la moindre des choses, c'est de tenter de le comprendre, de s'y intéresser. Très loin de la position du romancier : « Je n'ai pas envie d'apprendre tous ces nouveaux trucs, pas le temps, pas envie de me forcer. Internet, c'est l'empire de la méchanceté, de la bêtise ; n'importe quel abruti a droit au chapitre» Probablement "Voix" au chapitre, voulait-il dire...

 

Il promet à ce titre qu'il n'est à l'aise que dans sa bibliothèque, à Guéthary, entouré de papier. Et de déplorer qu'aujourd'hui, on ne lui demande plus de signer de petits bouts de papier, mais plutôt de poser pour une photo, qui sera sur Facebook, quelques secondes plus tard. Douloureuse déception pour l'ego, c'est certain.

 

Mieux : il s'inscrit dans les propos récents de Kundera, qui disait refuser que ses livres soient numérisés. Et lui, Beig, c'est tout pareil : pas question, enfin, plus question de voir ses livres en version numérique.

 

À une différence près, toutefois. Une salutaire différence. 

 

C'est que les livres de Kundera, qu'il refuse de voir en version numérique, on les trouve sur la toile avec une certaine facilité, voire une simplicité déconcertante. Dans des versions pirates, des contrefaçons, bien entendu. Mais le livre de Beig, Premier bilan après l'apocalypse, pas une seule trace, nulle part, et même en cherchant bien. Pas l'ombre d'un PDF mal OCRisé...

 

Alors, question : c'est la menace de la baffe qui a fait réfléchir les pirates... ou simplement la différence qualitative des textes, entre les deux auteurs ?

 



Beigbeder : "Je me bats pour la... par Europe1fr