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Beigbeder : le livre numérique, une catastrophe qui se profile

Clément Solym - 07.03.2011

Edition - Société - beigbeder - ebook - numerique


On le sait assez peu chaud à l'égard du livre numérique, le père Beigbeder. A deux reprises, déjà, il a publié son avis sur la question dans le magazine Lire, faisant plutôt preuve d'un conservatisme suranné que de la vocation première de l'écrivain : explorer.

« O mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise les champs du possible », clamait Pïndare qui n'avait pas d'avis sur le livre numérique, mais une verve assez fantastique. Qu'aurait-il pensé du conservatisme auquel aspire Frédéric Beigbeder, qui, drapé de son vêtement de croisé, lutte en bon dilettante contre l'arrivée de l'ebook ?

Vive les conservateurs (et les édulcorants?)

Dans une interview accordée au journal des aréoports de Paris, l'écrivain récidive : « Une nouvelle catastrophe se profile, le livre numérique, qui menace l’existence de l’objet livre, celui-là même inventé par Johannes Gutenberg il y a six siècles. Bret Easton Ellis prédit que le livre n’a plus que cinq ans d’existence devant lui. J’espère qu’il se trompe et qu’il y aura toujours des vieux réactionnaires pour collectionner les livres en papier. »

Assurant qu'il n'a rien contre la lecture sur écran qui permet de « vivre une véritable expérience de lecture multimédia » (les textes ne sont pas encore au rendez-vous...), autant que l'essor du numérique « donnera sans doute naissance à de nouvelles formes de littérature », Beigbeder confirme que c'est bien le changement qui le tétanise mollement. Prenant l'exemple de Don Quichotte ou de Proust, il estime que la lecture de ces oeuvres n'est pas possible sur iPad, par exemple. « Il n’y a que sur papier que l’on peut avancer, au bénéfice des pages qui se tournent, dans cette conscience enchevêtrée qui dissèque l’amour de façon si maniaque. »

Doit-on argumenter ? Probablement pas. Libre à chacun de faire son expérience de la lecture numérique et de l'adopter, en complément ou en substitut de la lecture sur papier, ou de la rejeter complètement. Et puis, liberté d'expression, et toutes ces sortes de choses, évidemment.

Mais il est amusant de constater combien les propos du Beig sont proches de ceux qui défendent ardemment la lecture numérique, tentant de faire en sorte qu'il leur soit possible de lire comme bon leur semble.

Droit de lire comme je veux ?

« Depuis toujours, je suis fasciné par la littérature, car le fait de lire donne accès, dans un effort de solitude, de silence, à quelque chose de supérieur que ne fournissent pas la consommation, l’immédiateté, la vitesse. Je persiste à penser que la littérature peut sauver le monde », précise Frédéric.

C'est là que le bât blesse : s'il n'y a pas d'extrémisme dans la lecture numérique (pas encore ?), il existe une levée de boucliers notable contre elle. Et alors même que dans un cas comme dans l'autre, on parle de littérature, il semble presque patent pour ses détracteurs que la seule véritable soit celle qui jouit de l'imprimé. Plutôt que d'entretenir le clivage - et avec, les inimitiés - ne serait-il pas préférable de permettre à chacun de lire comme bon lui semble ?

Parce que d'ici quelques années, en dépit des croyances de Frédéric Beigbder, le livre numérique occupera une place première. Et l'on découvrira toujours des livres.

Mais au fait... les livres de Beigbeder disponibles en ePub, cela ne le choque pas ? Ou est-ce à dire que ses livres ne sont pas de cette littérature ?

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